On n’arrête pas le progrès !

British Airways, la compagnie aérienne britannique, vient de proposer à ses salariés de travailler… gratis pro deo ! C’est pour “sauver l’entreprise”, paraît-il, plombée par un déficit de plus de 400 millions d’euros en 2008. Et ça ne va pas s’arranger en 2009.

Je fais amende honorable. J’avais tort de penser que le patronat souhaitait revenir au dix-neuvième siècle et remettre en cause le code du travail. Certains rêvent désormais tout haut du dix-huitième siècle et du rétablissement de l’esclavage ! Encore le maître était-il tenu d’assurer à son esclave l’habit, le gîte et le couvert. Rien de tout ça aujourd’hui. Les “restos du cœur” et les “petits frères des pauvres” s’en chargeront. Gratis pro deo ! Et puis, la Grande-Bretagne, c’est le jardin d’Eden, et comme chacun sait, Adam et Eve s’y promenaient à poil !

C’est la moindre des choses, les deux patrons de l’entreprise vont donner l’exemple et renoncer à leur salaire du mois de juillet ; mais on peut supposer qu’ils avaient les moyens de voir venir, et de ranger quelques pennies dans leur tirelire avant de mettre tous les salariés au pain sec et à l’eau.

Je parlais récemment du vrai visage du paternalisme teuton. Voici celui du libéralisme anglo-saxon : nous a-t-on assez bassinés avec la flexibilité du modèle britannique, et l’archaïsme des lois sociales en France ! J’entendais encore hier, sur France5, dans un intéressant documentaire (“Fortunes et infortunes des familles du Nord”), un héritier d’une famille de gros industriels lainiers, accessoirement gaullistes invétérés, les Dewavrin,  affirmer sans sourciller : “Autrefois, le patron avait quasiment droit de vie et de mort sur ses ouvriers ; mais aujourd’hui, c’est l’inverse, ce sont les syndicats qui ont le pouvoir : ils ont tous les droits !” Ces messieurs pourraient-ils se permettre de raconter de tels bobards après avoir “délocalisé” leurs entreprises en Bulgarie, puis en Chine, s’ils ne sentaient le moment venu d’achever le syndicalisme ouvrier presque moribond, contraint de se battre le dos au mur pour préserver les lois sociales, accusé en outre de ne pas en faire assez pour les employés précaires et leurs contrats de travail “flexibles” ?

En tout cas, ça devrait donner des idées aux “réformateurs sarkozistes” : plutôt que de repousser la retraite à 67 ans, comme ils commencent à le suggérer, pourquoi ne pas proposer aux futurs pensionnés de renoncer à leur pension – gratis pro deo – le temps de combler le déficit budgétaire qui ne représente guère pour cette année que 72 milliards d’euros ? Evidemment, ça risque de durer un peu pour boucher le trou… Mais les vieux, à cet âge, ça bouffe tellement peu !

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