Quand les flics “font des crânes” ou la “politique du chiffre”

Au moment où l’assemblée nationale vote en urgence la loi “sur les bandes”, nième loi répressive des gouvernements UMP, probablement pire que la loi “anti-casseurs de 1970”, il n’est pas inutile de revenir sur la “politique du chiffre” érigée en principe par SARKOZY depuis qu’il fut ministre de l’intérieur. On lira avec profit, parmi tant d’autres, ce témoignage d’un ancien Officier de Police Judiciaire qui date de 2005 ; écœuré par l’inefficacité et le danger d’une telle perversion de la loi, il a décidé d’abandonner la police pour devenir enseignant : http://regardeavue.com/index.php/2006/05/21/10-sans-casque-ni-bouclier-temoignage-dun-ex-officier-de-police. Son explication est tout à fait limpide, de même que celle plus récente (mai 2009) d’un gardien de la paix, délégué syndical FO (les policiers ordinaires ne peuvent s’exprimer) : http://lesdessousdelapolicenationale.blogs.nouvelobs.com/archive/2009/05/13/police-la-politique-du-chiffre-fait-des-ravages-la-hierarchi.html.

Mais si l’on parle des dangers de la “politique du chiffre”, c’est que la perversion peut aller très loin dans des pays où la culture démocratique est plus superficielle qu’en France. Ainsi en Colombie, le président URIBE avait renforcé sa politique sécuritaire en offrant des récompenses pécuniaires pour venir à bout de la guérilla. On vient de découvrir qu’il existait une circulaire secrète du Ministère de la Défense (n° 29), datant de 2005, qui fixait le prix des renseignements donnés par les indics : 1,5 million de pesos pour un ordinateur portable, 2 millions pour un fusil AK47, mais 3,8 millions (environ 1500€) pour un guérillero capturé ou tué au combat.

Les militaires, à qui la circulaire n’interdisait pas de prétendre à leur part du gâteau, ont tout de suite compris le parti qu’ils pouvaient tirer de cette “politique du chiffre”, en partageant la récompense avec des indics qui leur servaient de rabatteurs. Et comme les chiffres n’étaient pas suffisants pour étayer la propagande gouvernementale, les culottes de peau ont décidé d’en rajouter. Rien de plus simple pour les chasseurs de primes :

  1. Repérer dans les quartiers insalubres des grandes villes ou dans des zones rurales reculées un jeune marginal, chômeur, et camé si possible.
  2. Lui promettre un boulot bien payé, s’il accepte de rencontrer son futur employeur sans poser trop de questions.
  3. L’exécuter à bout portant dans un cul de basse fosse et faire ensuite passer son cadavre, quelques jours après, pour celui d’un “guérillero tué au combat”, ce qu’on appelle un “positif” en jargon militaire.

Mais la machine à sous semble prise de hoquet. On a découvert tellement de “faux positifs” – il y a actuellement 1200 enquêtes judiciaires ouvertes en Colombie – que l’inoxydable popularité d’URIBE (60% d’opinions favorables après 7 ans de pouvoir* !) pourrait s’en ressentir, malgré ses dénégations outrées : ce ne serait là, à part quelques “cas isolés”, que “de fausses accusations” lancées par des avocats “à la solde d’ONG internationales”. En résumé, des fouille-merdes apatrides contre les vrais patriotes ! Mais ça commence à sentir le roussi : URIBE a dû faire la part du feu en démettant de leur fonctions 51 militaires, dont 3 généraux, ce qui fait déjà pas mal de “cas”. Des familles de jeunes victimes, assassinées pour “faire des crânes” – comme on dirait en France –, se sont regroupées en association, malgré les menaces. L’ONU s’est saisie du problème et a envoyé un “rapporteur”. Tout ça commence à faire désordre. D’autant que les USA, avec les fonds du “plan Colombie”, ont peut-être financé à leur insu ces exécutions sommaires : la circulaire n° 29 précisait en effet que les “récompenses” seraient payées aussi bien sur le budget national qu’avec les crédits de la “coopération internationale”.

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