Les 4 caporaux de SOUAIN

Théophile Maupas, né à Montgardon (Manche), 41 ans, instituteur, père de deux enfants ; Lucien Lechat, né au Ferré (Ille-et-Vilaine), 24 ans, garçon de café ; Louis Girard, né à Blainville-sur-Mer (Manche), 29 ans, un enfant, horloger ; Louis Lefoulon, né à Condé-sur-Vire (Manche), 31 ans, un enfant, profession non connue.

Ce sont les noms des quatre fusillés du moulin de SOUAIN, tirés au sort par le conseil de guerre spécial, condamnés à mort le 16 mars 1915 et exécutés dès le lendemain pour éviter qu’il puissent bénéficier d’une mesure qui aurait commué leur peine. Ils font partie des 600 “fusillés pour l’exemple” par l’armée française entre 1914 et 1918. Au total, il y eut 3000 condamnations à mort par les cours martiales pour divers prétextes : mutilation prétendument volontaire, désertion supposée, refus d’obéissance, etc.

Le film diffusé hier sur FRANCE 2 reprend l’histoire de l’institutrice Blanche MAUPAS, qui s’est battue pendant 19 ans pour obtenir la réhabilitation de son mari et de ses trois camarades, avec l’aide du syndicat des instituteurs, de la Ligue des Droits de l’homme et du Grand Orient de France. Elle est morte en 1962, après avoir créé des “comités Maupas” pour obtenir la réhabilitation de tous les “fusillés pour l’exemple”. En vain jusqu’à aujourd’hui, près d’un siècle après ! Seul “Le Canard Enchaîné” fit l’éloge funèbre de Blanche MAUPAS : “Blanche Maupas n’aura été rien qu’une veuve, mais quelle veuve ! Elle était d’une trempe admirable, elle s’insurgea farouchement ! Si nous savons aujourd’hui ce que recelait le dossier le plus secret, le plus sale, le plus consternant de la gloire militaire, c’est d’abord à la petite institutrice du Chefresne, à Madame Blanche Maupas que nous le devons. Il serait injuste, n’est-ce pas ? que la courageuse vieille dame s’en allât sans notre affectueux regret, vers un monde où, s’il est meilleur que le nôtre, le sieur Réveilhac (1) doit passer un drôle de quart d’heure !” Il est vrai que, quelques mois après la signature des accords d’Evian qui mettaient fin à la guerre d’Algérie, il n’était pas de bon ton pour la presse de rendre hommage à une femme qui avait consacré sa vie à dénoncer les crimes de l’armée française !

Les temps changent-ils ? Aujourd’hui des familles de soldats tués en Afghanistan viennent de porter plainte “pour mise en danger délibérée de la vie d’autrui”, provoquant un certain émoi parmi nos galonnés. Il n’est pas sûr d’ailleurs que faire appel au talent médiatique du fameux Me COLLARD soit la meilleure façon de savoir la vérité  ! Il convient en effet de rappeler que la “grande muette” a gardé le silence jusqu’à ces dernières années sur tous les crimes commis, et en particulier sur ce qu’il faut bien appeler des exécutions sommaires.

Cf. ci-dessous quelques exemples de fusillés pour l’exemple dont s’est inspiré Stanley KUBRICK pour “Les Sentiers de la Gloire”, film tourné en 1957 en Allemagne, et proscrit en France jusqu’en 1972 : http://moulindelangladure.typepad.fr/monumentsauxmortspacif/histoires_de_16_fusills_pour_lexemple/

(1) Général qui ordonna l’exécution des 4 caporaux tirés au sort…

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