Il n’est pas toujours honorable d’être décoré comme un sapin de Noël…

C’est en lisant un article sur Maurice AUDIN, ce mathématicien torturé et assassiné par l’armée française à ALGER en 1957 (1), que j’ai découvert que sa fille avait refusé la légion d’honneur que lui offrait le président SARKOZY. En cette période propice aux décorations – il y aura une nouvelle fournée au premier de l’an – il n’est pas inutile de lire sa lettre qui, parmi d’autres qui ne sont pas légion, nous rappelle que l’honneur n’est pas une vertu qui s’accroche à la boutonnière…

 Lettre (ouverte) à Monsieur le Président de la République
Monsieur le Président,
Par une lettre datée du 30 décembre 2008, vous m’informez de votre décision de me décerner, sur la réserve présidentielle, le grade de chevalier de la Légion d’honneur.
Je suis très heureuse, Monsieur le Président, de cet intérêt montré à ma contribution à la recherche fondamentale en mathématiques et à la popularisation de cette discipline et je vous en remercie.
Monsieur le Président, il y a un an et demi, vous receviez une lettre (ouverte) envoyée par ma mère, Josette Audin, qui vous demandait de contribuer à faire la vérité sur la disparition de mon père, Maurice Audin, mathématicien lui aussi, et disparu depuis le 21 juin 1957 alors qu’il était sous la responsabilité de l’armée française.
A ce jour, vous n’avez pas donné suite à cette demande. Vous n’avez d’ailleurs même pas répondu à cette lettre. Cette distinction décernée par vous est incompatible avec cette non-réponse de votre part. Vous me voyez donc au regret de vous informer que je ne souhaite pas recevoir cette décoration.
Je vous prie de croire, Monsieur le Président, à l’expression de mon respect,
à Strasbourg, le 1er janvier 2009. Michèle Audin, mathématicienne.

On ne peut s’empêcher de penser à quelques autres refus célèbres, comme celui du peintre COURBET en juin 1870, qui en bon jurassien, avait eu ces mots terribles qui devraient pousser à la réflexion tous ces artistes qui sont gavés d’honneurs indus :

“si le hasard vous appelait à la foire d’Ornans, vous observeriez que tous les plus beaux moutons de la foire sont marqués d’un coup de craie rouge sur le dos. Les gens naïfs et bien intentionnés qui ignorent les lois de l’agriculture et des arts s’imaginent, dans leur simplicité et leur candeur pastorale, que c’est un hommage qu’on rend à leur beauté. Mais, hélas! Ils ne savent pas que le boucher les a marqués pour les tuer!!!!"

(1) Aujourd’hui encore, alors que le nom des assassins est connu et que la responsabilité de l’armée française est établie, la justice française campe toujours sur le non-lieu prononcé après les accords d’Evian. Les deux lieutenants CHARBONNIER et ERULIN, sous les ordres du tristement célèbre AUSSARESSES, qui ont arrêté et torturé AUDIN et ALLEG (auteur de “La Question”), ont fini leur carrière avec le grade de Colonel, et ont été élevés tous les deux à la “dignité” de Commandeur de la Légion d’Honneur. Sans commentaire.

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