Ratonnade, mafia ou Ku Klux Klan ?

Ce qui vient de se passer à Rosarno (15 000 habitants), en Calabre, pourrait bien préfigurer ce qui nous attend un peu partout en Europe. Jeudi soir 7 janvier, des travailleurs immigrés togolais, employés comme journaliers dans la plaine de Gioia Tauro à la récolte des mandarines, rentraient des champs. Une voiture, qui venait de les doubler sur le chemin, fait demi-tour. Une vitre se baisse, une carabine pointe, quelques coups de feu claquent. Ayiva Saibou s’écroule touché aux jambes…

Jusque là, il paraît, selon les braves gens du pays, que c’est un incident sans gravité. Que les agressions sont courantes. Que l’an dernier, “on” leur avait déjà tiré dessus. Et même “qu’on” avait mis le feu aux galetas dans lesquels il vivent, à l’intérieur d’une usine désaffectée. 

Et puis jeudi soir, les immigrés – “on” se demande pourquoi – ont pris un coup de sang. Une centaine d’entre eux sont descendus en ville, ont cassé des vitrines, fait flamber des poubelles et quelques bagnoles, comme de vulgaires petits jeunes de banlieue. Mais le Calabrais, qui plie volontiers devant les parrains de la N’drangheta – variante de la mafia sicilienne ou de la camorra napolitaine, au choix – n’est pas du genre à se laisser manger la soupe sur la tête par des nègres !

De vendredi matin à la nuit tombante, les braves gens de Rosarno ont pris les choses en main. “On” a fait la chasse aux nègres ; à coups de gourdins, “on” a rossé une trentaine d’immigrés. Et encore, la police a-t-elle empêché que ces honnêtes citoyens ne recourent aux fusils de chasse et aux bidons d’essence qu’ils avaient sortis des placards pour terminer la ratonnade en feu d’artifice !

Ce lundi, l’ordre règne à Rosarno (Italie). Tous les travailleurs africains (un bon millier) ont été évacués  en bus sous la protection des carabiniers, ou ont fui en prenant leurs jambes à leur cou. Payés à la tâche (1€ par cageot de mandarines, tout de même!), ils auraient eu tort de se plaindre. Autrefois, les esclavagistes lâchaient les chiens sur les esclaves marrons ! Les braves gens se contentent de s’assurer que les envahisseurs ont déguerpi : "Ils ont eu ce qu’ils méritaient, lâchent-ils. On a dû défendre femmes et enfants. Nous les avons accueillis, nourris, et voilà comment ils nous ont remerciés, en incendiant notre ville." (Le Monde 12/01). Ce même jour, les bulldozers finissaient de raser les gourbis où “habitaient” les immigrés.

Hier dimanche, le pape Benoît XVI a rappelé, en récitant l’Angelus, que "l’immigré est un être humain à respecter". Amen.

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