Jouissez en silence !

Les braves gens ont toujours la même réponse aux protestations des défenseurs des libertés : “vous n’avez rien à craindre si vous n’avez rien à vous reprocher!”

Rien de moins sûr. Et encore, malgré la multiplication des caméras de vidéo-surveillance, on n’a peut-être encore rien vu… Déjà, outre les caméras qui surveillent l’espace dit “public”, certains songent à en truffer leur maison ou leur appartement. Quoi de plus commode et rassurant que de fliquer la bonne, la nourrice, voire sa propre femme si elle reste au foyer ?

Et là, une idée m’est venue : si on couplait les deux ? Non, ce n’est pas une plaisanterie de mauvais goût. La vie privée, en dehors de tout acte délictueux, pourrait désormais être l’objet de sanctions pénales. C’est la lecture d’un entrefilet dans “Courrier International” qui a attiré mon attention…

M. et Mme Cartwright sont mariés. Et apparemment Caroline et Steve ont une vie sexuelle très remplie. Jusque là tout va bien. Mais des voisins ont déposé contre eux  une plainte pour tapage nocturne. Caroline jouissait, paraît-il, un peu fort. Accusée de trouble à l’ordre public, elle risque désormais la prison ferme en cas de récidive. Elle a pourtant invoqué l’article 8 de la loi sur les droits de l’homme pour demander le “respect de [sa] vie privée et familiale”. Rien n’y a fait. Première décision du tribunal : une injonction d’y aller mollo dans les galipettes. Mais apparemment, ça n’avait pas convaincu Caroline de mettre une sourdine. Deuxième jugement du tribunal : une ordonnance pour trouble à l’ordre public [ASBO].  Caroline est allée en appel  pour faire annuler l’ASBO  . Des témoins, dûment convoqués, ont qualifié les ébats des deux époux d’“anormaux” : il paraît qu’ils étaient quotidiens, couvraient même le son de la télévision, et que les cris pouvaient laisser redouter un assassinat. La municipalité de Sunderland avait d’ailleurs installé, dans l’appartement d’un voisin, un appareil de mesure qui  a enregistré des pointes à 47 décibels ! “Je veux bien être compréhensive, mais je ne fais pas exprès.” a déclaré Caroline.
Caroline Cartwright a été évidemment déboutée en appel. Elle avait reconnu avoir enfreint l’ASBO à trois reprises en décembre ! Elle est retournée en compagnie de son mari à la Crown Court [équivalent de la cour d’assises] de Newcastle pour entendre la sentence : la juge Beatrice Bolton l’a condamnée à huit semaines de prison avec sursis.

Vous allez me dire que tout ça est fort réjouissant, et témoigne d’une belle santé. Et puis de toute façon, ça se passe dans la procédurière et puritaine Angleterre. Et d’ailleurs Caroline est au chômage : si elle bossait un peu plus, elle songerait un peu moins à s’envoyer en l’air, non ?

Certes, certes… Il n’empêche : quand les juges et les policiers auront accès à toutes les caméras de vidéosurveillance, publiques ou privées – la nouvelle loi LOPSSI prévoit bien de pirater, comme de vulgaires hackers, les ordinateurs personnels ! – Big Brother aura définitivement gagné. A ce moment-là, vous rigolerez moins : vous serez devenus impuissants, si j’ose dire.

à propos de l’efficacité supposée des caméras de surveillance, lire ici

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