Mémé au Panthéon : Pawol se van !

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Aimé Césaire, familièrement appelé “Mémé” en Martinique, aura donc sa plaque au Panthéon. Il a reçu l’hommage du président Sarkozy pour lequel il avait fort peu de considération, et qui le lui rendait bien. Le petit Nicolas n’a pourtant pas hésité à renier son fameux discours de Dakar (2007) et à citer Césaire (1956) : “Nous sommes là pour dire et réclamer : laissez entrer les peuples noirs sur la grande scène de l’Histoire » .

De voir et d’entendre tous les ténors de la droite entonner en procession les hymnes de requiem pour Césaire, m’a laissé pantois : In paradisum deducant te angeli… Eux que j’ai entendus, békés et chabins réunis, en Martinique, dire pis que pendre du “nègre” Césaire… Eux qui ont voté un texte de loi, finalement effacé par Chirac, vantant les mérites de la  colonisation1; eux qui ont organisé ces mois-ci une grande exposition sur l’Outre-mer financée par le groupe Hayot –béké – au Jardin d’Acclimatation, à l’endroit même où l’on avait mis en cage, il y a exactement 80 ans, dans un “zoo humain”, quelques “kanaks cannibales2” que visitaient, avec des frissons dans le dos, les jeunes filles de bonne famille !

Citant les exploits sanglants des colonisateurs français dans son “Discours sur le Colonialisme” (1950), Césaire écrivait : “Ils prouvent que la colonisation, je le répète, déshumanise l’homme même le plus civilisé ; que l’action coloniale, l’entreprise coloniale, la conquête coloniale, fondée sur le mépris de l’homme indigène et justifiée par ce mé­pris, tend inévitablement à modifier celui qui l’entreprend ; que le colonisateur, qui, pour se donner bonne conscience, s’habitue à voir dans l’autre la bête, s’entraîne à le traiter en bête, tend objectivement à se transformer lui-­même en bête. C’est cette action, ce choc en retour de la colonisation qu’il importait de signaler. »

J’ai étudié autrefois ce texte avec mes élèves, de même que “Cahier d’un retour au pays natal” . On aura compris que j’éprouve toujours la plus vive admiration pour l’œuvre et pour l’homme. J’ai vécu et travaillé huit ans en Martinique. J’ai eu des amis proches de Césaire. Je n’ai jamais osé leur demander de me permettre de le rencontrer. J’aurais pourtant aimé éclaircir des malentendus, et parfois des légendes. A commencer par sa rencontre avec André BRETON en 1941. La belle histoire que celui-ci a racontée sur sa découverte du “Cahier” et de la revue “Tropiques”, en allant “acheter un ruban pour sa fille” dans une mercerie, est une fable. C’est René Ménil, l’un des camarades de Césaire, qui a organisé la rencontre, comme me l’ont confirmé des amis martiniquais qui ont bien connu l’histoire vraie. Mais c’est la légende qui a prévalu : tellement plus fabuleuse !

Flics et flicaillons

Verbalisez la grande trahison loufoque, le grand défi mabraque et l’impulsion satanique et l’insolente dérive nostalgique de lunes rousses, de feux verts, de fièvres jaunes…

Parce que nous vous haïssons, vous et votre raison, nous nous réclamons de la démence précoce, de la folie flambante, du cannibalisme tenace.3

Voilà Césaire, le nègre, et sa poésie rebelle qui vient d’entrer au Panthéon !

1Aimé CESAIRE avait d’ailleurs refusé de recevoir à Fort-de-France SARKOZY, ministre de l’Intérieur en 2005, après cet exploit de l’UMP.

2 Parmi eux se trouvait le grand-père de Christian KAREMBEU, l’un des “bleus” champions du monde de football en 1998.

3 “En guise de manifeste littéraire” Texte publié dans la fameuse revue “Tropiques” qu’aurait découvert par hasard Breton en 1941

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