MLADIC et ASSAD : des criminels de bonne compagnie ?

mladic_srebrenicaAlors qu’on vient d’arrêter l’ex-général Ratko MLADIC, l’exécuteur des basses œuvres du gouvernement MILOSEVIC, l’ordonnateur de “l’épuration ethnique” de l’état serbe fantoche de KARADZIC, l’homme qui bombarda SARAJEVO  pendant presque quatre ans et ordonna l’exécution sommaire de tous les hommes de SREBRENICA en 1995, il faut bien s’interroger sur l’étrange impunité dont a bénéficié cet assassin pendant seize ans. On oublie trop aisément que, après les massacres de SREBRENICA, fin 1995, il avait exigé et obtenu une rencontre avec le Chef d’Etat-Major de l’armée française, le général d’aviation Jean-Philippe DOUIN(1), auquel il avait ostensiblement serré la main sous les caméras de toutes les télévisions du monde. JUPPE, premier ministre, et CHIRAC,1600125483 président de la République à l’époque, ne peuvent l’avoir oublié : c’était le prix à payer pour obtenir la libération de deux pilotes français (2)de l’OTAN, dont le Mirage 2000 avait été abattu au-dessus de la Serbie. Après les accords de DAYTON qui consacraient l’indépendance de la BOSNIE, tout était bon pour assurer une pacification du pays, même de fermer les yeux sur l’un des pires criminels de guerre de l’histoire moderne.

En 2003, après la chute du régime de MILOSEVIC, le nouveau premier ministre serbe, Zoran DJINDJIC avait été assassiné après avoir déféré ledit MILOSEVIC au tribunal pénal international de La Haye. La leçon a porté. Son successeur, KOSTUNICA, s’est gardé d’en faire autant. Il avait  deux fers au feu : la justice serbe poursuivait officiellement KARADZIC, MLADIC et consorts, les services secrets les planquaient. Et que faisait l’OTAN chargée d’assurer l’application des accords de DAYTON ? Rien. Il ne fallait pas mettre en péril le fragile équilibre en contrariant les nationalistes serbes, aux yeux desquels MLADIC est toujours un héros national.

En 2008, KARADZIC, le cinglé qui avait présidé l’Etat bosno-serbe fantoche, est arrêté. Pour le nouveau président serbe Boris TADIC, du parti démocrate, lui-même né à SARAJEVO, c’est le prix à payer par la Serbie pour obtenir un rapprochement avec l’Union Européenne. Il vient de régler le solde en faisant arrêter MLADIC. On va traîner un vieillard semi-gâteux devant le Tribunal Pénal International. La Serbie va pouvoir négocier son adhésion à l’Europe. Les apparences sont sauves, les choses rentrent dans l’ordre(3).

assad2008Pourquoi ce parallèle saugrenu avec ASSAD, actuel dirigeant de la Syrie ? Tout simplement parce qu’on y retrouve les mêmes ingrédients rances de la cuisine politique, où le cynisme le plus sordide le dispute au moralisme le plus démagogique. Le parti BAAS, soi-disant socialiste et “panarabe”, est au pouvoir depuis 1970, à la suite d’un coup d’état. Le fils, Bachar EL-ASSAD a succédé au père, Hafez, en 2000, comme dans une vulgaire monarchie du Golfe persique. Toute opposition a été réprimée dans le sang depuis plus de quarante ans. Après avoir été mis à l’index pour son rôle dans l’occupation du Liban, et sans doute dans l’assassinat de Rafic HARIRI – un ancien premier ministre, ami et peut-être financier de CHIRAC – le régime syrien est revenu en odeur de sainteté auprès des Occidentaux, en particulier grâce à Nicolas SARKOZY qui a fait d’ASSAD un invité d’honneur du défilé du 14 juillet 2008 à PARIS. Depuis le 15 mars de cette année, début des manifestations, chaque jour ou presque, des dizaines de Syriens sont tués par l’armée, des centaines de citoyens sont arrêtés par la police. Rien n’y fait. Les Occidentaux demandent timidement à ASSAD “d’engager des réformes ou de se retirer”. Et le régime se hâte de promettre des réformes, ça ne mange pas de pain ! En attendant, son pouvoir reste inébranlable. C’est que la Syrie joue un rôle essentiel au Proche-Orient : son alliance avec l’Iran, son soutien sans faille au Hezbollah libanais, sa paix armée avec Israël sur le plateau du Golan, en font un des rares pôles de stabilité dans la région. Qui remplacerait Assad s’il était poussé vers la sortie ? Le réalisme politique commande donc de ne rien faire. On conviendra que KADHAFI, un assassin du même acabit, à peine plus fantasque que son ami syrien, n’a pas bénéficié de la même indulgence des Européens ni des Américains : les bombardements quotidiens de Tripoli sont là pour en témoigner. Mais on peut supposer que, le jour où Bachar EL-ASSAD sera traduit devant un tribunal pour répondre de ses crimes, nos dirigeants démocrates auront un alibi quelconque, et nos concitoyens auront perdu la mémoire. Le “réalisme politique” est à ce prix. Mais il a le goût du sang.

20080613Assad

(1) Il fut nommé Grand Chancelier de l’ordre de la Légion d’Honneur en récompense de ses services. La devise de l’ordre est “Honneur et Patrie”… Curieusement, sa notice dans Wikipédia, ne fait aucune allusion à cet épisode peu glorieux pour ce militaire décoré comme un arbre de Noël !

(2) Cette libération est encore obscure : Chirac, selon son habitude, avait envoyé négocier, en même temps que des militaires, une autre équipe de pieds nickelés conduite par l’étrange MARCHIANI, âme damnée de PASQUA. On en a encore parlé récemment lors du procès dit de “l’Angolagate”.

(3) « Nous continuerons de poursuivre tous ceux qui ont aidé Mladic et d’autres fugitifs à échapper à la justice », a déclaré à l’AFP le Procureur serbe pour les crimes de guerre, Vladimir Vukcevic. On en recausera…

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