L’ALLEMAGNE PAIERA !

casqueOn connaît la fameuse boutade attribuée à Clemenceau après le traité de Versailles de 1919 qui avait mis l’Allemagne à genoux. Keynes, le fameux économiste qui servait de conseiller économique à Versailles, démissionna, estimant que les dommages de guerre exigés de la jeune “république de Weimar” étaient déraisonnables. On sait ce qu’il est advenu. L’Allemagne, en faillite, n’a pas payé les “réparations des dommages de guerre”, et a été à l’origine de graves crises financières et politiques dans l’ensemble de l’Europe. La foi inébranlable des Allemands dans une monnaie forte et indépendante – autrefois le deutsche Mark – est sans doute venue de là…

Les temps ont changé. Le traité de Maastricht a créé l’euro. Les Allemands ont accepté de s’y rallier, à leurs conditions : une inflation maîtrisée, une banque européenne indépendante, et l’absence de solidarité budgétaire entre les pays de la zone monétaire européenne. Chacun pour soi. Et pour le coup, ça a été le jackpot pour l’Allemagne réunifiée. Entre 1995 et 2009, la part de marché de l’Allemagne à l’intérieur de la zone euro est passée de 25 % à 27 %, tandis que celle de la France baissait de 18,5 % à 12,9 % et celle de l’Italie de 17 % à 10 % »

Comment l’expliquer ? La construction européenne a permis à l’Allemagne de renforcer son industrie, à forte valeur ajoutée, qui exportait pour l’essentiel en Europe, et n’en importait que des produits à faible valeur ajoutée. Sa balance commerciale s’en est trouvée largement excédentaire. La division du travail à l’intérieur de l’Europe s’est faite à son profit. La désindustrialisation a touché certains pays comme la France, et d’autres ont été relégués dans les productions à faibles coûts salariaux : sous-traitance, agriculture, tourisme, etc…

En une cinquantaine d’années, l’Allemagne a établi sa puissance et s’est constitué, à moindre coût, un empire économique en Europe. L’arrivée de la monnaie européenne lui a en effet permis de gagner sur tous les tableaux : le maintien de l’inflation à un niveau très bas (1.55% en moyenne sur dix ans), une monnaie forte et qui ne présentait pas le risque de renchérissement continu du Mark allemand. Ses clients européens avaient la même monnaie qu’elle, ses marchés étaient quasiment captifs. 

Comme on pouvait s’y attendre, la crise a touché d’abord la périphérie et les pays les plus fragilisés par les effets déplorables de l’Europe libérale. Du coup, l’Allemagne exige l’adoption par ces pays d’une dose supplémentaire de rigueur budgétaire. Cela aura inévitablement un effet immédiat : aggraver la récession. Il est un peu facile d’accuser désormais  les peuples méditerranéens d’être des cigales. L’égoïsme et l’aveuglement des conservateurs allemands au pouvoir, qui n’hésitent pas à envisager froidement la faillite de la Grèce et le disent ouvertement, font preuve d’une curieuse myopie politique. Pour avoir refusé de mutualiser les emprunts européens, pour avoir paralysé tout progrès dans la construction politique d’une démocratie européenne, la droite triomphante en Europe est en train de creuser sa propre tombe. Les peuples n’accepteront pas de se serrer toujours plus la ceinture quand une poignée de profiteurs s’enrichit chaque jour davantage. Les épargnants ne comprendront pas comment ils ont pu être ruinés par des politiciens incapables de prendre les décisions qui s’imposaient. Et si la zone euro implosait, ce sont les Allemands eux-mêmes qui paieraient la note à leur tour, en perdant leur rente de situation. Faudra-t-il que des révoltes sociales plus graves que les simples défilés de protestation syndicale, convainquent la droite européenne que son libéralisme irresponsable nous mène droit dans le mur? Bref, d’une manière ou d’une autre, l’Allemagne paiera. La France aussi, d’ailleurs, faut pas rêver… Mais plus on tardera, plus l’addition sera salée !

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