Une coopérative ouvrière mort-née…

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Peut-être avez-vous entendu les déclarations récentes de Mariani, le ministre des transports, par ailleurs leader de la “droite populaire” (un clone du FN à l’UMP) : « On est dans le jusqu’au-boutisme, je dirais même du fanatisme qui nous mène au suicide collectif”[…] « Le syndicat de SeaFrance porte une très lourde responsabilité ». La CFDT, syndicat majoritaire de cette entreprise de ferries, filiale de la SNCF, avait en effet refusé toute négociation avec d’éventuels repreneurs pour rester seule en course avec son projet de SCOP (Société Coopérative Ouvrière de Production). On pensait alors que le tribunal de commerce prononcerait la liquidation judiciaire, sans autre forme de procès, en l’absence de financement.

Hier, Mariani a mangé son chapeau. Sarkozy a en effet tenté un des “coups” dont il a le secret. Il a convoqué G. Pepy, PDG de la SNCF, comme un vulgaire majordome, et l’a sommé de verser à tous les employés de SEAFRANCE des indemnités de licenciement exceptionnelles : 65 millions au total, soit 73000€ en moyenne par employé ! Merci Santa Klaus, bien joué petit Nicolas ! Désormais, on va voir ce que va faire chacun des 880 employés : partir avec son indemnité gonflée sur ordre de not’bon maître, ou réinvestir – comme la ministre Kosciuzko-Morizet les a subitement encouragés à le faire – dans la création de la coopérative. En tout cas, la manœuvre du capitaine est habile, il a bien senti tourner le vent. Si ça échoue, il apparaîtra comme celui qui a tenté jusqu’au bout de sauver le navire dans la tempête !

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Il y a en effet fort peu de chances qu’un tel projet aboutisse. D’abord parce que la gestion de l’entreprise a été calamiteuse depuis des années. Le trafic des ferries entre la France et l’Angleterre n’a cessé de baisser. Il y a quatre compagnies sur le marché, et en trois ans, SEA FRANCE  a perdu 130 millions d’euros. La direction de l’entreprise a pratiqué avec la CFDT une forme étrange de co-gestion : c’était le syndicat qui recrutait les marins, du moins les “Agents de Service Général”, en tenant compte du copinage ou du népotisme plus que de la compétence des postulants, suivant la bonne vieille méthode qui avait cours autrefois pour les ouvriers de la presse ou les dockers des ports. [J’ai connu ça quand j’ai travaillé comme ouvrier à France-Soir : c’était pas triste !] Il y a pire : le rapport de la Cour des Comptes, en 2009, était accablant : il dénonçait le coulage dans les services hôteliers où les stocks de champagne se vidaient plus vite que ne se remplissaient les caisses ! 60% de chute… A la tienne, Etienne ! J’en passe et des meilleures : les délégués syndicaux qui prenaient leur retraite avec un grade équivalent à celui d’un officier sans en avoir la compétence, les employés qui affichaient une moyenne de 39 jours d’absence par an, sans aucun contrôle des congés de maladie (le rapport ne dit pas s’ils avaient le mal de mer), l’embauche de CDD à tout va pour compenser les malades qui restent à terre mais continuent à être payés (203 marins portés pâles selon la Cour des Comptes au 31/07/2007). Bref, c’est la cour du roi Pétaud !

On comprend mieux pourquoi le Comité d’Entreprise, contrôlé par la CFDT a refusé de recevoir les repreneurs éventuels qui proposaient de conserver 4 bateaux sur 5, et 600 employés sur 880. On n’allait pas casser leur jouet. D’ailleurs, le gouvernement était bien embêté : SEAFRANCE est la première entreprise appartenant à l’Etat mise en liquidation judiciaire depuis 1945 ! Donc, va pour une SCOP ! Personne n’ira mettre le nez dans les comptes.

On comprend d’autant mieux pourquoi l’UMP, si prompte à dénoncer le moindre faux-pas des organisations syndicales et à les accuser de tous les maux, est restée d’une pudeur de jeune fille dans cette affaire où la SNCF, unique actionnaire, avait laissé prospérer le bordel. Et SARKOZY a joué lui aussi la carte de la SCOP : les 65 millions d’indemnités ne suffiront pas de toute façon pour relancer l’entreprise, et il est peu probable que le Tribunal de Commerce accepte de vendre les 5 bateaux pour 1€ symbolique, quand la réfection récente d’un seul d’entre eux s’est montée à 7 millions… On marche sur la tête. Mais le coup de poker de SARKOZY peut rapporter gros : apparaître d’abord comme le dernier défenseur des “travailleurs” menacés par la concurrence mondialisée, laisser porter ensuite à la CFDT la responsabilité de la faillite après un renflouement exceptionnel, et enfin déconsidérer définitivement dans l’opinion tout l’idéal de l’économie sociale, en particulier les Coopératives Ouvrières, en poussant sur le devant de la scène un projet inviable, dirigé par des charlots!

Ben oui, faut pas confondre les torchons et les serviettes, ni les combines de branleurs avec le désintéressement de militants ouvriers. Merde alors!

Aux dernières nouvelles, le Tribunal de Commerce a reporté son jugement à huitaine.

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