Les flics n’ont pas fini de rouler à droite !

Et ils n’ont pas fini de nous emmerder.

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Depuis quelque temps, ils ne cessent de manifester1. En pleine campagne électorale, ils avaient remonté les Champs-Elysées avec leurs voitures de service, toutes sirènes hurlantes. Désormais, ils se rassemblent presque chaque jour devant les préfectures de plusieurs départements. Joli bilan pour SARKOZY, le premier flic de France ! On imagine sans peine ce que la droite, les ex-ministres Guéant et Hortefeux en tête, ne manquerait pas de brailler s’il y avait déjà un gouvernement de gauche !

On l’a peut-être oublié, mais en 1983 la mort de deux policiers avenue Trudaine à PARIS lors d’un contrôle d’identité – les meurtriers, membres d’Action Directe, sont toujours en prison, trente ans après – avait provoqué une manifestation contre le gouvernement de gauche : Gaston DEFERRE, aux obsèques, avait été conspué aux cris de “démission! démission !” La manifestation de flics s’était ensuite rassemblée sous les fenêtres du ministère de la justice où furent proférées les pires insultes contre BADINTER : “Rappelez-vous 6a00d8345525fa69e20154323442c7970ccette manifestation de policiers, en 1983. Des factieux devant la porte de l’Elysée, avec les CRS goguenards qui les laissaient passer ! Place Vendôme,  les gardes de la Chancellerie enlevaient leurs casquettes pour les saluer. C’était fou. J’ai dit à mes collaborateurs : tout ce qui nous reste c’est de nous défendre en leur jetant jusqu’à nos derniers Dalloz ! Quand Mitterrand l’a appris, je ne l’ai jamais vu dans une telle rage. A l’Assemblée aussi on était confronté à l’incroyable haine de la droite. Il m’arrive encore d’en rêver.” (Interview au Nouvel Observateur, mars 2011)

Que réclament donc aujourd’hui les syndicats de policiers, et en particulier “Alliance”, et “Synergie-Officiers” dont le dernier secrétaire général, Bruno BESCHIZZA, est devenu l’un des cadres de l’UMP, et a été bombardé d’un coup sous-préfet par SARKOZY, il y a moins de quinze jours2 ? L’application du programme politique du Front National, auquel s’est rallié SARKOZY entre les deux tours de l’élection présidentielle : “la présomption de légitime défense” pour tout policier qui fait usage de son arme. C’est la mise en examen d’un policier de NOISY-LE-SEC, qui a abattu d’une balle dans le dos – selon l’autopsie – un délinquant en fuite, qui a mis le feu aux poudres. « Ce n’est pas une revendication politique », a déclaré sans rire Jean-Claude DELAGE, le secrétaire du syndicat Alliance. Penses-tu, c’est pas de la politique, c’est de la pure poésie !

Que dit en effet le code pénal, dans son article 122-6, qui traite de la “légitime défense” :

Est présumé avoir agi en état de légitime défense celui qui accomplit l’acte :

    • 1° Pour repousser, de nuit, l’entrée par effraction, violence ou ruse dans un lieu habité ;
    • 2° Pour se défendre contre les auteurs de vols ou de pillages exécutés avec violence.

Que réclament les flics ? Qu’on ajoute un troisième alinéa ? “3° s’il s’agit d’un policier qui fait usage de son arme dans quelque circonstance que ce soit” ? Soyons sérieux. Les juges d’instruction connaissent parfaitement l’article 122-6 du code pénal. S’il y avait eu la moindre menace de la part du délinquant, la présomption de légitime défense aurait joué en faveur du policier de Noisy-le-sec, comme elle est accordée systématiquement en pareil cas aux policiers par les magistrats instructeurs. Si le policier a tiré sur un homme qui s’enfuyait, en droit ça s’appelle un “meurtre”. C’est comme ça, la justice, dans un état de droit. Peut-être pas chez Marine LE PEN, ni à l’UMP, mais dans un état de droit, si !

Et que les flics ne viennent pas nous dire que les gendarmes sont traités différemment, sous prétexte que leur statut militaire leur permet d’user de leur arme sans avoir à rendre de comptes,.au nom de l’article L-2338-3 du Code de la défense. La question a déjà été tranchée par la cour de cassation qui, en 2010, avait renvoyé un gendarme devant la cour d’assises dans des circonstances similaires. Le gendarme a d’ailleurs été acquitté. Mais le droit avait prévalu. Ce que demandent les flics police-partout-justice-nulle-partaujourd’hui, c’est d’être au-dessus des lois. Et les syndicats de policiers, infiltrés par la droite et l’extrême-droite annoncent la couleur : puisque SARKOZY n’a pas eu le temps de leur donner le “permis de tuer” – la formule est, paradoxalement, de Guéant soi-même –, ils tentent de l’imposer par leurs manifestations au futur gouvernement de gauche. HOLLANDE, là encore, va devoir entamer le “redressement” du pays : la démocratie, ce n’est pas le far west !

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1 Selon la loi du 11.01.84 article 66, “la participation à un acte collectif  d’indiscipline caractérisée, ou à un acte collectif contraire à l’ordre public” peut provoquer une sanction du ministre de l’Intérieur, qui va de l’avertissement à la révocation, sans même qu’il soit nécessaire de convoquer un conseil de discipline. A ma connaissance, le ministre GUEANT n’a même pas ouvert la bouche jusqu’à aujourd’hui. Ça lui a coupé le sifflet ?

2 Le décret est daté du 28 avril, entre les deux tours de l’élection présidentielle.

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