Diafoirus, père & fils, font la grève

daumier-le-malade-imaginaireMONSIEUR DIAFOIRUS.— À vous en parler franchement, notre métier auprès des grands ne m’a jamais paru agréable, et j’ai toujours trouvé, qu’il valait mieux, pour nous autres, demeurer au public. Le public est commode. Vous n’avez à répondre de vos actions à personne, et pourvu que l’on suive le courant des règles de l’art, on ne se met point en peine de tout ce qui peut arriver. Mais ce qu’il y a de fâcheux auprès des  grands, c’est que quand ils viennent à être malades, ils veulent absolument que leurs médecins les guérissent.
TOINETTE.— Cela est plaisant, et ils  sont bien impertinents de vouloir que vous autres Messieurs vous les guérissiez; vous n’êtes point auprès d’eux pour cela; vous n’y êtes que pour recevoir vos pensions, et leur ordonner des remèdes; c’est à eux à guérir s’ils peuvent.
MONSIEUR DIAFOIRUS.— Cela est vrai. On n’est obligé qu’à traiter les gens dans les formes.
Molière, Le Malade Imaginaire, Acte II scène 5

Donc à partir de demain 12 novembre, les chirurgiens, anesthésistes, et obstétriciens du secteur privé ont appelé à la grève illimitée contre… la ministre socialiste qui a eu l’outrecuidance d’imposer une négociation entre les syndicats de médecins, l’assurance-maladie et les Mutuelles de santé. Ces braves gens, hérauts tantôt de la médecine libérale quand il y a du pognon à ramasser, tantôt de la sécurité sociale quand il y a du souci à se faire, dénoncent l’odieux chantage dont ils sont victimes de la part de la ministre Marisol TOURAINE : elle souhaite juste “limiter les dépassements d’honoraires” du secteur II. Non ! Je n’ai pas dit les dessous-de-table ! Juste les dépassements d’honoraires, tout ce qu’il y a de plus légal. Certains “spécialistes” vont jusqu’à facturer une consultation de quelques minutes 400€, soit 18 fois le tarif de remboursement. Et c’est le patient qui va sortir de sa poche les 377€ de différence. Mais au diable l’avarice : quand il s’agit de se faire opérer d’une maladie potentiellement mortelle, ou d’accoucher de son premier enfant, personne ne va regarder à la dépense. A condition d’avoir l’argent exigé. Sinon, on peut toujours attendre de 3 à 6 mois pour obtenir une consultation prise en charge à 100% à l’hôpital public. Evidemment, si vous avez une tumeur cancéreuse qui vous bouffe l’organisme, vous allez avoir une fâcheuse tendance à trouver le temps long.

Et ils ont des arguments à faire pleurer Toinette, les Diafoirus de notre époque ! Les malheureux ont accepté de sacrifier leur jeunesse à faire 7 ans d’études, à toucher des clopinettes quand ils étaient internes au CHU (de 1500 à 2000€/mois quand même, sans compter les indemnités pour les gardes), à emprunter pour investir dans une rutilante clinique privée où ils exercent leurs talents… Et ces salopards de socialistes voudraient interdire que leur éminent mérite soit équitablement récompensé ? Et ces radins de malades rechigneraient à mettre la main au portefeuille ? Qu’ils crèvent! En grève Diafoirus !

THOMAS DIAFOIRUS.— Baiserai-je? MONSIEUR DIAFOIRUS.— Oui, oui. (Le Malade Imaginaire, Acte II scène 5)

Les jeunes Internes en médecine, solidaires, appellent eux aussi à la grève. Pourquoi ? Parce que cette pétroleuse de Marisol TOURAINE a osé poser le problème des “déserts médicaux” à ces croisés de la médecine libérale. Ces jeunes gens de bonne famille ne vont tout de même pas aller s’enterrer dans le trou du cul du monde, quelque part en Lozère ou au fin fond de la Nièvre ? Il leur faut au moins NICE, ou LYON, ou PARIS. Et encore, les beaux quartiers, avec des rentiers, pas les banlieues avec des pauvres qui émargent à la CMU (Couverture Maladie Universelle).

On pourrait se croire aux USA, avec la cabale des Républicains contre la réforme surnommée “Obamacare” que le congrès espère encore torpiller malgré la réélection du président démocrate. Vous rêvez du libéralisme américain, Messieurs ? Allez-y aux USA, et vous allez comprendre ce qu’est le “libéralisme”. Il y a 50 millions d’Américains sans AUCUNE assurance-maladie. Les étudiants en médecine y paient leurs études de leur poche, et s’y endettent pour des années. En FRANCE, vos études sont GRATUITES : ce sont vos concitoyens qui les ont payées, ceux-là même que vous trouveriez normal de faire payer encore, alors que vous devriez du moins, par votre dévouement désintéressé, manifester votre reconnaissance ! Quand j’ai passé le concours pour être enseignant, j’ai dû signer un engagement de servir l’Etat pendant au moins 10 ans. Quand j’ai été reçu, après ma formation et mon service militaire, j’ai reçu une lettre de mon ministre : il m’avait nommé à l’autre bout de la France dans un bled que je ne connaissais ni d’Eve ni d’Adam. Pendant un instant, je me suis même demandé s’il n’y avait pas erreur, si le “Territoire de Belfort”  était bien situé en France. J’y ai pourtant passé mes plus belles années de jeunesse… C’est vrai, ça, ça commence à bien faire, ces caprices de privilégiés, engraissés par nos cotisations de sécurité sociale, au bord de l’obésité quand tout le monde est au régime, et qui réclament toujours et encore plus !

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2 réponses à “Diafoirus, père & fils, font la grève

  1. Avec tous mes respects, je pense qu’il faudrait d’abord savoir la souffrance qu’on passe pendant les 7 années d’université pour après, ajouter l’exploitation a laquelle s’affrontent les jeunes internes de medicine. Au moins, ici en Espagne, depuis où je vous ecris. Bien sûr qu’il aura des genes qui toujours en veulent plus, mais certainement, s’il y a quelqu’un que ne mérite pas ces salaire, ce ne sont sûrtout pas les medecins.

  2. Je ne connais pas bien la situation en Espagne, je n’en parlerai donc pas. En France en revanche, je sais que les organisations corporatistes de médecins se sont opposées systématiquement à toute réforme, et réclament « le beurre et l’argent du beurre » : le remboursement des patients par la Sécurité Sociale + le paiement de « dépassements d’honoraires » par ces mêmes patients, qui peuvent être exorbitants. Un seul exemple récent qui me concerne personnellement : j’attends depuis plus de 6 mois pour consulter un ophtalmologue dans l’hôpital de ma ville. Evidemment, j’aurais eu la possibilité de payer de ma poche, sans remboursement de la Sécurité Sociale, un « dépassement d’honoraires » et consulter un chirurgien dans une clinique privée…
    Pour le reste, je n’ai rien contre les médecins : j’en ai 3 dans ma famille, et c’est pourquoi je n’ignore rien des contradictions de la profession !

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