LE MATIN DU GRAND SOIR…

Je ne suis pas sûr que ce soit le programme de la droite libérale… et pourtant !

Je ne sais si vous vous rappelez précisément où se situe l’île de Chypre, dans cette région méditerranéenne qu’on appelait naguère « l’Asie Mineure ». Je ne sais si  vous savez que la Grande-Bretagne y a conservé, depuis l’indépendance (1960), deux enclaves qui sont restées colonie britannique avec plus de 4000 soldats sur 10% du territoire ; que depuis 1974, après un coup d’état fomenté par les colonels grecs qui souhaitaient annexer l’île, l’armée turque a envahi 40% du territoire, y amenant sa soldatesque et 120 000 immigrants d’Anatolie, pour une population totale de 1 200 000 habitants. Cette survivance de la lutte séculaire entre la Grèce et l’Empire Ottoman a provoqué de fait la partition du pays de chaque côté d’une « ligne verte ». Dans ces conditions, comment expliquer que ce fantôme de république ait pu accéder à l’Union Européenne en 2004, puis que cet ectoplasme ait adopté l’Euro en 2008, après de vaines tentatives de réunification par l’ONU  ? La réponse est d’une simplicité biblique : les Européens ont fermé les yeux. La Grèce menaçait d’opposer son véto à « l’élargissement de l’Union Européenne » : 9 anciens pays communistes de l’Est devaient adhérer en même temps que Chypre en 2004…

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Depuis, l’île paralysée par cet apartheid entre Grecs et Turcs, n’a dû sa survie qu’à ses combines de paradis fiscal, permettant le blanchiment de l’argent sale de mafieux de tous pays, particulièrement russes, et le libre accès aux circuits financiers européens, sans autre forme de procès. C’est ainsi que les banques chypriotes se sont retrouvées avec des dépôts représentant 8 fois la valeur du PIB de l’île ! Et quand est survenue la crise bancaire, que les obligations grecques ont plombé toutes les banques européennes, celles de Chypre étroitement liées à celles de Grèce et de Grande-Bretagne, se sont retrouvées avec des montagnes de papier sans valeur, et l’Etat tout entier au bord de la faillite.

Que faire ? La commission européenne, avec son efficacité déjà maintes fois éprouvée, n’a cessé de renvoyer la solution aux calendes grecques. Mais il a bien fallu trancher. Une seule alternative : soit prêter à l’Etat fantoche 10 milliards d’euros (il en demandait 17), sous l’égide de la commission européenne, du FMI et des gouvernements de l’union monétaire, et exiger des impôts nouveaux et des coupes sombres dans le budget pour sauver les banques ; soit expulser Chypre de l’union monétaire européenne, revenir à la livre chypriote, laisser les banques faire faillite, et dévaluer la monnaie de moitié, au moins. Dans les deux cas, la crise monétaire pointe à nouveau son nez en Europe. Mais dans le premier cas, les apparences sont sauves : mieux, la morale est préservée, puisque, sans doute sous l’influence du gouvernement allemand qui prétend punir la fraude fiscale, on a décidé d’imposer une taxation de tous les comptes bancaires (de 6.75 à 9.9%), administrant la saignée aux pauvres comme aux riches1.

J’imagine quels hurlements on aurait entendus de ces braves gens si un gouvernement de « partageux », un gouvernement socialiste par exemple, avait proposé une telle mesure ! Ce qui est vertu à droite est un vice à gauche, c’est bien connu. J’ai écouté attentivement hier radios et télévisions : pas un mot de protestation, pas même un soupir d’inquiétude, mis à part les habituels anti-européens (Lepénistes et communistes mélenchoniens). Depuis ce matin, les seuls à s’émouvoir sont les boursicoteurs : où va-t-on si demain un gouvernement peut taper dans la caisse et piquer sans vergogne les éconocroques des petits épargnants ? Depuis 48 heures, les députés chypriotes, pas suicidaires, se font tirer l’oreille avant de voter un tel « plan d’austérité », même si pour les petits portefeuilles, c’est moins douloureux qu’une baisse de 15% des salaires et des retraites. Ensuite, il va falloir faire voter aussi les députés des pays créditeurs : il n’est pas certain que ces messieurs du Bundestag vont avaler cette nouvelle potion du Dr Angela à quelques mois des élections allemandes…

En tout cas, si ça tourne mal en définitive, en ce matin du grand soir, je prends bonne note que des gouvernements de droite, quand il s’agit de sauver leur politique désastreuse en Europe, n’ont pas hésité à exiger la casse de la tirelire des petites gens pour garantir la spéculation éhontée des banques dans un paradis fiscal, clandestinement toléré dans une île européenne ! Ça pourra toujours servir de précédent, si un jour, il prenait l’envie à quelque gauchiste de faire vraiment payer les riches, autrement qu’en chansons !

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[1] Le ministre des Finances britannique a déjà annoncé depuis hier que le Gouvernement de sa Gracieuse Majesté rembourserait les braves fonctionnaires et pioupious qui avaient déposé leurs livres sterling dans les banques chypriotes. Ça lui coûtera moins cher que de mettre la main à la poche pour renflouer les finances de l’Etat chypriote !

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Une réponse à “LE MATIN DU GRAND SOIR…

  1. Bon, alors c’est une erreur énorme que de ne pas avoir respecté la garantie du plafond de 100 000 €, et cela va alimenter tous les populismes. Et le Parlement européen ne l’a pas voté. Mais il faut aussi se rendre compte que la situation à Chypre n’est en rien comparable à celle que nous connaissons dans nos pays. Le dépôt moyen à Chypre est de 100 000 € et les avoirs russes, supérieurs au PIB du pays, représentent 30 %. Il n’y a pas de fiscalité, avec un rapport de 5 à 6 %. Alors que l’UE demande une contribution n’est pas extravagant. L’alternative, c’est la faillite des banques et de l’Etat chypriote, et là les gens perdront tout, avec un scénario catastrophique à la grecque, du jour au lendemain moins 30 % sur les salaires et les retraites, révocation des fonctionnaires, etc.

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