Règlement de comptes

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Il n’est pas impensable que CAHUZAC, ministre démissionnaire du budget, n’ait pas tout à fait la conscience tranquille, quoi qu’il en dise. Mais le problème est ailleurs : peut-on traîner dans la boue un homme politique sur la foi de simples soupçons, sous prétexte que l’attaque vient d’un organe de presse indépendant (Mediapart) ?

L’accusation est en effet bien légère : une bande sonore de très mauvaise qualité, datant d’une douzaine d’années, gardée paraît-il dans un coffre-fort comme le saint-sacrement dans son tabernacle, et subitement révélée par Me GONELLE, adversaire politique de J. CAHUZAC dans la charmante bourgade de Villeneuve-sur-Lot, selon laquelle le ministre aurait avoué (pendant quelques secondes) détenir un compte en Suisse à la banque UBS. Or tout le monde sait qu’aucune expertise, quoi qu’on en dise, n’est capable de démontrer qu’une voix appartient à tel ou tel locuteur : selon les circonstances, l’émotion, l’âge (il s’est écoulé 12 ans), le timbre et les intonations d’une voix peuvent être modifiés ; la plupart des juges ne retiennent donc pas les bandes sonores comme éléments de preuve. En outre, un enregistrement sonore peut facilement être trafiqué (j’ai moi-même maintes fois truqué des bandes magnétiques pour les besoins d’une mise en scène théâtrale, et je suis loin d’être un spécialiste !)

Qui a transmis cet enregistrement à Mediapart, où le journaliste Fabrice ARFI en a fait une affaire d’état ? Il est possible que ce soit le fameux juge BRUGUIERE, qui fut aussi adversaire UMP malheureux de CAHUZAC aux élections législatives, et dont les coups tordus ont défrayé la chronique judiciaire (avant sa retraite, il était juge « anti-terroriste ») : il en avait une copie. Ce n’est pas tout : l’ex-ministre est aussi poursuivi par la vindicte de son épouse avec laquelle il est en instance de divorce ; elle lui a collé aux basques un détective privé auquel il serait vain de réclamer l’impartialité.

C’est qu’il y a des sous dans la famille CAHUZAC ! Ancien chirurgien cardiaque, il a monté, avec sa femme dermatologue, une clinique de chirurgie esthétique, spécialisée dans les implants capillaires. Vu le nombre de chauves prêts à payer cher pour ne pas avoir la boule à zéro, les comptes en banque devaient être bien garnis. Mais, après avoir été conseiller technique du ministre de la santé Claude EVIN jusqu’en 1991, c’est probablement son job de consultant auprès de divers laboratoires pharmaceutiques, qui lui a rapporté le plus. A-t-il été payé de ses services sur un compte suisse qu’il n’aurait pas déclaré ? Ce n’est pas exclu. Mais pour lancer de telles accusations, il faut des preuves. Or, à moins que CAHUZAC ait été dénoncé par les patrons payeurs, Mediapart n’en a pas. Et si c’est le cas, est-ce donc une honte de dire que leur fameuse « enquête de plusieurs mois » se limite au racolage de la délation ? Epouse délaissée, rival politique battu, « patrons-pigeons » cocufiés par la taxe à 75%… C’est ça la caution de la morale publique dans laquelle se drape Mediapart ?

CAHUZAC a du pognon. C’est souvent suspect à gauche. Il est possible, comme l’en accuse un inspecteur des impôts un peu caractériel, qu’il ait « raboté » la valeur de son appartement de l’avenue de Breteuil dans sa déclaration d’ISF, et ce ne serait pas le premier : ça ne suffit pas à en faire le dernier des salopards. Quant à son compte suisse, ça ne paraît pas très crédible : alors que son propre frère était Directeur du département de Banque Privée de la HSBC, CAHUZAC aurait ouvert un compte à l’UBS par l’intermédiaire d’une société écran ? J’ai moi-même été client de la HSBC1 (Hong Kong and Shanghai Banking Corporation) pendant les années où j’ai vécu et travaillé à Hong Kong. C’était un jeu d’enfant d’y obtenir un virement ou un retrait dans n’importe quelle devise, Yuan compris. Rassurez-vous, mon modeste salaire ne m’a jamais permis d’être imposable à l’ISF. Hélas ! J’aimerais bien payer davantage d’impôts. Ça voudrait dire qu’il m’en reste encore plus à jeter par les fenêtres ! En tout cas, j’ai connu tout un tas de bons Français qui avaient des comptes bancaires à Hong Kong2, bien au chaud à l’abri du fisc. Pourquoi CAHUZAC aurait il été débile au point de planquer son fric en Suisse jusqu’en 2010 ?

Dans ces conditions, je ne suis pas certain qu’Edwy PLENEL ait raison de pavoiser, et de faire la leçon à ses confrères et… au reste du monde ! Après tout, il ne s’agit pour l’instant que d’une enquête diligentée par un Procureur Général, ancien directeur de cabinet de ce monument de vertu qu’était la ministre de la Justice ALLIOT-MARIE, nommé là par la faveur du Prince. Et cette instruction n’a pour base qu’une histoire rocambolesque de téléphone portable déclenché par inadvertance, sans même le commencement d’une preuve de la fraude fiscale dénoncée à grands cris3. Reconnaissons que la marche triomphale de « la Vérité », comme le prétend PLENEL dans une déclaration à l’AFP, est un peu claudicante, et assez éloignée du Droit qui, faut-il le rappeler, est la garantie de la Démocratie. Le seul bénéfice de cette démission de CAHUZAC est qu’elle met fin à un conflit d’intérêt manifeste : il n’était pas sain qu’une instruction sur un soupçon de fraude fiscale du Ministre du Budget fût diligentée par ses propres services.

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[1] Mon compte était évidemment déclaré au fisc français auquel je paie régulièrement mes impôts depuis toujours. Mais si je n’avais rien déclaré,  personne ne m’aurait rien demandé !

[2} Le secret bancaire est une religion à Hong Kong (sans commune mesure avec la Suisse qui vient de dénoncer les fraudeurs allemands et américains, et prélever des taxes forfaitaires sur… leurs comptes UBS !)

[3] Interviewé par iTélé, PLENEL lance aujourd’hui le chiffre de 15 millions d’euros. Comment fait-il pour le sortir de son chapeau ? Là non plus, pas la moindre preuve… A moins qu’il ait obtenu ce chiffre par délation (Cf. ci-dessus). C’est décidément une curieuse conception du journalisme !

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10 réponses à “Règlement de comptes

  1. C’est une affaire très malencontreuse pour la gauche au pouvoir. Je ne peux pas me prononcer sur le fond, tout est possible, vérité ou règlement de comptes, j’ai quand même tendance à faire confiance à Médiapart, média auquel je suis abonnée, et je ne pense pas Edwy Plenel dénué de toute morale journalistique. C’est effectivement rocambolesque, il n’aurait pas raccroché son téléphone portable sans le savoir, c’est vrai que cela m’est arrivé, et les smartphones peuvent se déclencher par eux-mêmes s’il n’y a pas un verrouillage automatique de sécurité, qui est d’ailleurs un peu gênant car il faut toujours le déverrouiller, mais de là à enregistrer un message sur un répondeur, il faut parler près du téléphone j’imagine. Et cette histoire de conservation dans un coffre chez un notaire, hallucinant ! Il me semble que Médiapart a dit que c’est le fameux Me Gonelle qui leur a transmis le document. Je vais vérifier, comme cette affaire ne m’intéresse que modérément, je ne me souviens plus exactement de ce que j’ai lu.

  2. Non, Mediapart ne dit pas que c’est Me Gonelle qui a fourni l’enregistrement, qui par ailleurs est audible sur le site. Cahuzac aurait fait un appel par erreur. Force est de constater que ses explications ont toujours été plutôt confuses. Et son parcours laisse à désirer, il a été refusé par l’Ordre des chirurgiens plastiques pour compétences insuffisantes. Je pense que cela part de l’Administration fiscale. Car Médiapart révèle que « L’existence du compte secret de M. Cahuzac avait été évoquée dès le mois de juin 2008 par un agent du fisc du Sud-Ouest, Rémy Garnier, dans un mémoire adressé à sa hiérarchie, à l’époque où le ministre du budget était Éric Woerth (UMP) ». C’est ce mémoire qui a mis Mediapart sur la piste. Et cet agent du fisc, qui réclamait une étude approfondie, a été sanctionné par un avertissement pour avoir consulté les informations fiscales de Cahuzac, qui donc a été protégé par Woerth. Les deux hommes sont liés, d’ailleurs Cahuzac déclarait  » Il n’y a ni affaire Woerth, ni affaire Bettencourt ». Et on peut remarquer que la droite n’est pas très virulente…
    Je pense que compte-tenu de ces éléments, la prudence aurait voulu qu’il ne soit pas nommé Ministre, et encore moins du Budget, et qu’il aurait dû démissionner dès les prémisses de l’affaire, car c’est une bombe à retardement.
    Je ne pense pas que Mediapart puisse se permettre de diffuser des informations erronées.

  3. J’ai rencontré Edwy Plenel lors des Etats Généraux de la Psychiatrie à Montpellier, dans l’organisation desquels j’étais impliquée. A l’époque il était encore au Monde et il avait fait paraître deux pleines pages sur la question. Ceci du fait qu’il était lié avec l’initiateur de cet évènement, le Dr Hervé Bokobza, fondateur plus tard du Collectif contre la nuit sécuritaire.
    Les solidarités des anciens trotskystes sont encore très fortes, et nul doute qu’Edwy Plenel ne manque pas de sources dans les administrations et ailleurs. Je l’écoute dans sa chronique sur France Culture, et je trouve ses interventions toujours très sensées. Quant aux écoutes, une chose est de ficher des militants, une autre est de pister la presse dans un Etat de droit, qui plus est sous une Présidence socialiste.

  4. Mediapart confirme ce que je pense : le placement en Suisse était le débouché « naturel » de son chargé d’affaires, l’homme avec lequel il est censé être en conversation, et les comptes étaient ouverts sous l’identité d’une société-écran avec laquelle cet homme est lié. Cahuzac avait vraisemblablement laissé faire à une époque où ça ne posait pas problème, mais en 2008, la réglementation suisse a changé après un problème avec les USA et alors tous les comptes ouverts par cette société ont été transférés à Singapour. Au moment de l’enregistrement, le compte de Cahuzac en Suisse était vidé et transféré, mais son nom subsistait. Du moins c’est ce qui est probable. Mediapart interwiewe une haute personnalité bancaire suisse qui pense qu’avec ce chargé d’affaires, il y a 95 % de probabilité d’un compte en Suisse. A noter que le chargé d’affaires de Cahuzac est aussi un ami d’enfance de Cecilia ex-Sarkozy et le conseiller patrimonial et fisacal de Sarkozy, et qu’il est lié à nombre de personnalités de tous bords politiques.
    Encore une histoire qui est du pain béni pour le FN, hélas !

  5. Cahuzac a pris la même équipe de communicants que DSK, Stephan Fouks, c’est un mauvais présage …

    • Pardonne-moi, mais tout ça relève des « bruits de couloirs » …pour rester poli. Je ne dis pas que PLENEL est un incapable, loin de là. Ni que CAHUZAC est un enfant de choeur. Mais que la prétendue « enquête de plusieurs mois » de Mediapart se résume à une compilation de dénonciations intéressées (l’avocate de sa femme en instance de divorce est Isabelle Copé, soeur du Copé de l’UMP; ses délateurs sont des adversaires politiques UMP de Villeneuve-sur-Lot battus; etc.) ARFI, le journaliste de Mediapart a jeté le soupçon sur CAHUZAC parce qu’un rapport d’expertise de ses services avait blanchi WOERTH, mis en cause dans l’affaire de l’hippodrome de Compiègne révélée par le Canard Enchaîné, mais tête de turc de Mediapart dans l’affaire Bettencourt ! C’est ce qu’a expliqué PLENEL lui-même dans une interview à iTélé, où il accuse sans sourciller CAHUZAC d’avoir planqué désormais son fric à Singapour : « on parle de 15 millions d’euros… » D’où tire-t-il ce chiffre ? Motus et bouche cousue. C’est ça le modèle du journalisme d’investigation ? Ressusciter « Le Crapouillot » ? Bref, je trouve que le lynchage d’un homme politique, qu’il soit de droite, du centre, ou de gauche, par la presse n’est jamais très glorieux, surtout quand il repose sur des « on dit » !

  6. Ce ne sont pas des « bruits de couloir », à moins de penser que les personnes interrogées, y compris par la Justice, disent n’importe quoi.
    La République exemplaire de Hollande est durement touchée, je pense que déjà, quoiqu’il en soit, c’était une erreur de nommer une personne avec ce parcours, qui respire la course au fric, comme Ministre du Budget. Car ses relations avec les laboratoires pharmaceutiques, le fait qu’il contribuait, dans la suite de son passage au cabinet de Claude Evin, à l’obtention d’AMM pour des médicaments inutiles qui ont été déremboursés par la suite, était largement connu et déjà critiqué, après l’affaire du Médiator, rien que cela aurait dû inciter à plus de circonspection.

  7. Alors, qui a parlé de diffamation, de « lynchage  » ?

  8. Voilà de quoi t’inspirer :
    « Pour Marine Le Pen, c’est la tuile. Quelques heures après avoir accusé François Hollande et Jean-Marc Ayrault de collusion dans l’affaire du compte suisse de Jérôme Cahuzac, l’un de ses proches conseillers, l’avocat Philippe Péninque, a reconnu publiquement, dans Le Monde, avoir ouvert le compte de l’ancien ministre du budget à l’Union de banques suisses (UBS) en 1992.
    Son nom est en effet l’un des premiers à apparaître dans les dossiers bancaires récemment saisis par la justice en Suisse. En 1992, Philippe Péninque ouvre un compte à l’UBS en désignant Jérôme Cahuzac pour ayant droit économique, avant que ce compte ne soit récupéré à son nom par l’ancien conseiller ministériel socialiste dès 1993.
    Conseiller financier des milieux d’extrême droite, lui-même ancien militant du Groupe Union Défense (GUD), Philippe Péninque s’est déjà signalé dans plusieurs affaires judiciaires. Il a ainsi ouvert des comptes en Suisse pour des sociétés de sécurité ayant reçu des fonds en espèces lors de la campagne Balladur.

    Le parcours politique de Péninque aux côtés de Le Pen relève d’un très ancien compagnonnage. L’avocate Marine Le Pen a défendu à ses côtés des anciens du GUD poursuivis pour « voies de fait » dans les années 1990. Péninque fait logiquement partie des proches auxquels Marine Le Pen fait appel pour prendre les rênes du Front. Elle confie ainsi à l’avocat « le très délicat dossier de la restructuration financière du Front », signalent Caroline Monnot et Abel Mestre dans leur livre Le Système Le Pen.

    A propos de la campagne Balladur (OST : la société de sécurité)

    « Nous avions une enveloppe budgétaire d’environ neuf millions de francs représentée par trois millions en officiels et par six millions en espèces versés par acompte tout au long de cette campagne, témoigne, en 1997, Olivier Michaud, patron de la société OST. J’ai donc mis huit cent mille francs sur mon compte en Suisse à la Landolt. C’est Péninque qui m’avait introduit dans cette banque, et qui avait porté l’argent sans moi sur un compte d’attente, avant que j’ouvre en sa compagnie un compte officiel. »
    Une société off-shore domiciliée aux îles Vierges britanniques est créée. Philippe Péninque avait eu « cette idée pour faire ressortir l’argent en France », précise Michaud. La société en question est gérée par un ancien du GUD devenu gérant de fortune en Suisse, Lionel Queudot, qui sera, lui, mis en cause dans l’affaire Elf ! Queudot avait contribué à la fuite de l’ancien dirigeant du groupe pétrolier Alfred Sirven, en lui fournissant un faux passeport et en gérant 24 millions de dollars sortis des comptes du groupe.
    Résumons : l’argent noir de l’équipe Balladur, celui d’Elf-Aquitaine, et donc celui de Cahuzac, toutes ces sommes passaient par les mêmes intermédiaires…
    Philippe Péninque s’est aussi mêlé, avec moins de succès, de la gestion des actifs du boxeur Christophe Tiozzo, via un ancien du GUD, Jean-Christophe Courrèges, devenu agent de sportifs. « Courrèges a dit à Christophe qu’il avait un copain avocat qui allait gérer ses gains. C’est Philippe Péninque, a rapporté Franck Tiozzo, aux auteurs du Système Le Pen. Tout est fait pour détourner le fisc. (…) Quand on lui dit qu’il a dix millions de francs, Christophe arrête la boxe. Trois mois après, il lui reste six millions. »
    Le boxeur déboule alors chez l’avocat et règle son différend à coups de poings. Puis il saisit la justice. Devant les juges de Genève, Tiozzo raconte qu’en 2001, c’est un « ami avocat » qui lui a conseillé de sortir l’argent de son compte ouvert à l’UBS pour le remettre à une société au bord de la faillite »
    Karl Laske dans Médiapart, 03 avril 2013

  9. Je n’avais pas encore lu tes commentaires et tes citations hier soir, quand j’ai écrit mon dernier billet. Mais apparemment, nous sommes tombés sur les mêmes articles sans pour autant en tirer toujours les mêmes conclusions…

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