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Le retour de la Françafrique

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C’est la guerre ! Encore une fois !

A peine rembarquée d’Afghanistan, l’armée française débarque au Mali. Et paradoxalement, c’est peut-être la leçon afghane qui vient d’être appliquée en Afrique. Sans doute avez-vous oublié comment les talibans étaient arrivés au pouvoir en Afghanistan ? Après que les Moudjahidines musulmans, financés par les USA, eurent contribué à jeter les Soviétiques hors de leur pays en 1989, ce fut la guerre civile entre les chefs des différentes milices. A partir de 1994, en moins de deux ans, d’obscurs “étudiants” quittent leurs médersas pakistanaises (« talib » signifie « étudiant » en arabe)  pour conquérir le pouvoir à Kaboul. Il s’agit évidemment de combattants manipulés  et entraînés par les services secrets pakistanais, accessoirement financés par un certain Ben Laden, ancien agent de la CIA, et soutenus par l’Arabie Saoudite et les Emirats Arabes Unis. Personne ne les arrêtera plus, avant une guerre « d’occupation » qui dure toujours en 2013…

Revenons au Mali. Comme on le sait, la France et la Grande-Bretagne, avec l’aide des USA, ont mis à bas le régime de Kadhafi en Libye. Or ce que n’avaient pas prévu les inénarrables duettistes, BHL et Sarkozy, c’est que les mercenaires Touaregs du régime pilleraient ses arsenaux  en s’enfuyant, et retourneraient dans le nord du Mali avec armes et bagages. Pendant ce temps, les Américains avaient entrepris de “former” des commandos d’élite dans ce pays, l’une des rares démocraties d’Afrique, en s’appuyant essentiellement sur les Touaregs, des guerriers réputés. En mars 2012, un obscur capitaine, Amadou Haya SANOGO, formé pendant 6 ans aux USA dans les meilleures académies militaires , prend le pouvoir avec un bon vieux putsch, juste avant les élections présidentielles. Au bout de 20 jours, il accepte pourtant d’abandonner le pouvoir à un gouvernement civil provisoire, cédant aux pressions internationales, mais il continue à tirer les ficelles avec les militaires putschistes. Il faut dire que le MNLA (Mouvement de Libération de l’Azawad),a profité de son coup d’état pour proclamer la sécession du Nord-Mali : les ex-commandos d’élite, formés par les Américains, et dirigés par des Touaregs, désertent avec tout leur paquetage, les islamistes et trafiquants de diverses obédiences (AQMI, MUJAO, Ansar Dine) les rejoignent. Ce qui reste de l’armée malienne, c’est à dire pas grand-chose, s’enfuit devant ces combattants armés jusqu’aux dents. GAO, puis TOMBOUCTOU tombent entre leurs mains, la charia est instaurée, les femmes sont voilées de gré ou de force, les couples illégitimes lapidés, les voleurs présumés amputés, les fumeurs flagellés : c’est la victoire de la morale et de la religion ! Mais les malheureux Touaregs, qui n’avaient pas voulu ça, ont beau protester, c’est trop tard. Ils sont noyés sous les bandes islamistes, preneurs d’otages et trafiquants de drogue, dont la plupart, Algériens, Nigérians, Mauritaniens, sont étrangers au pays ;  ils doivent leur abandonner le pouvoir quand ils espéraient négocier l’indépendance avec le gouvernement de Bamako.

La lenteur avec laquelle les pays de la CEDEAO (pays d’Afrique de l’Ouest) réagissent, les velléités de négociation de l’Algérie et du Burkina avec les Touaregs de l’Azawad ou les Islamistes qui n’ont pas encore fait allégeance à Al Quaïda1, tout incite les Islamistes a croire au « Grand Soir » salafiste. La France parle précautionneusement de « soutenir » le « projet de reconquête » du Nord du Mali par une intervention militaire africaine. HOLLANDE, tirant les leçons de l’histoire, se méfie d’autant plus d’une « opération » militaire française que les islamistes détiennent des otages français depuis plusieurs années. Et puis, brusquement, le 9 janvier, alors que les militaires putschistes, opposés à toute intervention étrangère, s’apprêtaient à déposer le président par intérim, Dioncounda Traoré, qui avait appelé la France à l’aide, les islamistes foncent sur le sud et prennent sans coup férir les villes situées sur la route de Bamako. Le 11 janvier, estimant qu’il y avait le feu à la maison, et que les bons sentiments avaient fait leur temps, le gouvernement « de gauche » décidait de réhabiliter la Françafrique et d’envoyer les Mirages, basés au Tchad, bombarder les colonnes de 4×4 lancées sur Bamako. Puis les Rafales arrivent de « métropole », comme disent curieusement les journalistes avec des tics de langage de l’époque coloniale, et bombardent les stocks d’essence et d’armes situés dans les villes du Nord du Mali. Enfin, des troupes blindées arrivent en renfort depuis la Côte d’Ivoire, et montent aujourd’hui en première ligne.

Nous en sommes là. Les palabres pseudo-diplomatiques ont échoué, comme il était prévisible dans ce genre de poker menteur. La « méthode américaine » a échoué, en démontrant l’incompétence des services de renseignement yankees, puisque ce sont leurs protégés qui ont fait le lit des Islamistes. L’Europe, tout juste bonne à pondre des circulaires sur la protection des animaux, brille une fois de plus par son silence. La Françafrique revient avec ses légionnaires qui « étaient beaux, qui sentaient bon le sable chaud… »

Hollande, acculé par les bourdes commises en Lybie2 n’avait pas d’autre solution, à moins d’assister en spectateur à la création d’un nouvel Afghanistan en pleine Afrique, aux portes de l’Europe, mais surtout à côté des champs de pétrole d’Afrique de l’Ouest, des mines d’uranium du Niger, des phosphates du Sahara Occidental… Mais les risques sont immenses. Combien de temps va durer cette guerre ? La CEDEAO est-elle capable d’organiser une armée africaine pour « nettoyer » ces régions désertiques qu’elle connaît mal, contrairement à ses adversaires armés jusqu’aux dents, et qui disposent probablement encore de dépôts d’essence et d’armes dans les régions montagneuses du Sahara. On n’est pas à l’abri de bavures qui rejailliront nécessairement sur l’armée de l’ancien pays colonial, comme autrefois au Rwanda et en Côte d’Ivoire. Déjà l’armée malienne, divisée, humiliée, ridiculisée, commence à régler ses comptes en faisant la chasse à l’homme dans les villes abandonnées par les barbus salafistes !

Concluons : même si l’opinion française3 et malienne, voire africaine4, soutient l’opération « Serval » à 80%, Hollande ferait bien de retenir les leçons du passé. Il faut se dégager le plus tôt possible du bourbier africain ! Comment expliquer que des armées, des Etats africains, des pays indépendants depuis plus d’un demi-siècle soient incapables de venir à bout de quelques milliers de pirates qui enlèvent des otages, font du racket ou du trafic de drogue leur gagne-pain, et masquent ça sous le chèche de la religion ? Le colonialisme a le dos large : si les choses durent5 et tournent mal, c’est la France qui sera mise au banc des accusés !

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1. L’Algérie, opposée à la guerre, a tenté vainement de négocier avec les Touaregs du MNLA (indépendantistes laïcs) et d’Ansar Dine (islamistes). On les comprend : ils doivent faire face depuis des années aux maquisards islamistes dans le sud du pays, ils n’ont pas envie d’y ajouter une rébellion touareg !

2. Demandez-vous pourquoi on laisse le régime sanguinaire du Baas assassiner des dizaines de milliers de Syriens ! Tout simplement parce que la bévue commise en Libye (armer les Islamistes) fait hésiter les Occidentaux. Ce qui ne changera rien, puisque là comme ailleurs, la liquidation de toute opposition progressiste, avec la bénédiction des gouvernements européens, a laissé le champ libre aux « djihadistes ». Allah u’ Akbar !

3. A part Mélenchon, Mamère, et… Villepin dont les brillantes intuitions en Côte d’Ivoire ne l’autorisent guère à plastronner… Quant à Giscard, c’est l’hôpital qui se fout de la charité !

4. Seuls « nos amis » (?) du Qatar appellent au cessez-le-feu et aux négociations. Comme ce sont eux qui ont financé et armé les Islamistes, hier en Libye, aujourd’hui en Syrie, on comprend pourquoi !

5. L’armée française annonce avec gourmandise que la guerre va durer et commence déjà à réclamer que son budget soit revu à la hausse ! En Libye, il avait fallu faire appel aux Ricains, vu que nos stocks de munitions étaient à sec. Question subsidiaire au Mali : dans combien de temps nos avions seront-ils cloués au sol ?

il y a 50 ans, la fin de la “sale guerre”

algérie5Je ne suis pas sûr que la guerre d’Algérie se soit vraiment terminée le 19 mars 1962, date du “cessez-le-feu”1, si l’on en juge par les tentatives de la droite en France d’une part, du FLN en Algérie d’autre part, de réécrire l’histoire à partir d’a priori figaro62politiques opposés. Sans remonter au malheureux projet de loi de 2005, où les députés UMP, flattant l’électorat pied-noir, voulaient imposer aux professeurs d’histoire la “reconnaissance du caractère positif de la colonisation”, la récente diffusion sur “France2” du film de l’historien Benjamin STORA2, “Guerre d’Algérie, la déchirure” a provoqué dans les cercles gouvernementaux un tollé en Algérie. Le Secrétaire Général de l’Organisation nationale des Moudjahidine, Saïd Abadou, a affirmé que Benjamin Stora n’était pas neutre : « il veut servir les intérêts de son pays au détriment de l’histoire », ajoutant que, « si l’Algérie a tué les harkis, la France a aussi tué ceux qui l’ont trahie lors de la guerre contre l’Allemagne ! 3» A un autre journal, il a affirmé sans sourciller que « le FLN n’a jamais commis d’exactions ou de massacres à l’encontre des harkis » et prétendu que « tous ceux qui ont commis des actes répréhensibles contre leurs frères ont choisi de partir en France, le reste n’a nullement été inquiété ». Avec une argumentation pareille – si j’ose dire –, l’apaisement n’est pas pour demain. Et l’histoire n’est pas près de s’éclaircir en Algérie.

paixEn mars 1962, j’étais en classe de Seconde. Depuis 8 ans, toute mon enfance avait été baignée dans ce que la presse et le gouvernement appelaient les “événements” d’Algérie. Je me souviens, quand j’allais à l’école, des inscriptions à la peinture blanche sur les murs de l’usine TERROT : “PAIX EN ALGERIE”. Je n’ai pas oublié ce matin de 1957 où le pupitre d’un de mes copains de CM2 était resté vide : c’était le fils d’un notable de la ville. Son frère avait été tué pendant son service militaire. Ses obsèques avaient fait scandale dans cette ville bourgeoise de province : le curé, un original, un monsignore appartenant à l’une des plus vieilles familles aristocratiques de France, était monté en chaire pour dénoncer la guerre ! Tout l’Etat-Major de la région militaire avait quitté l’église en grand fracas. Quelques années après – je devais être en 5° – mon professeur de lettres qui avait été “rappelé” comme beaucoup d’officiers de réserve, avait été tué quand sa jeep avait sauté sur une mine. A l”enterrement, on avait dépêché une section pour présenter les armes. La guerre d’Algérie, comment aurait-on pu l’ignorer ?

Mon père lui aussi était un original. Il avait la foi chrétienne chevillée au corps, et il appliquait scrupuleusement dans sa vie quotidienne ce à quoi il croyait. A l’époque, les travailleurs immigrés s’appelaient “Nord-Africains”. Ils vivaient dans des baraquements quelque part sur un terrain vague, du côté du “Parc des Sports”. Et comme beaucoup étaient analphabètes, mon père avait entrepris, avec d’autres “cathos” de la paroisse, de leur apprendre à lire et à écrire en français. Il s’occupait aussi de la gestion du “foyer”. C’est comme ça que j’ai appris gamin ce qu’était la fête de l’Aïd el kébir : les “Nord-Africains” vivaient seuls, sans leur famille, et nous invitaient pour partager le méchoui. Mais ce qui me fascinait surtout au “foyer”, c’était la télévision. A la maison, c’était un luxe que nous n’avions pas. Et puis ils nous gâtaient de friandises, sans doute pour oublier leurs enfants restés au bled. Mon père, souvent, allait témoigner au tribunal à la suite des arrestations systématiques de ceux que la police accusait de faire partie du FLN. Un jour, il m’a dit : “ils étaient tous au FLN ! D’ailleurs, ils n’avaient pas le choix !” Je n’ai jamais compris comment il arrivait à rester neutre au milieu de la mêlée générale…

algérie4En 1959, l’un de mes frères est parti “faire son service”; il voulait faire du sport, ce con, il a demandé les parachutistes. Et il a été expédié en Algérie pendant deux ans et demi, comme un million et demi de jeunes appelés qui avaient à peine 20 ans ,  et qui ignoraient tout de ce qui se passait là-bas. Je me souviens seulement que lorsqu’il nous écrivait, mon père, qui occupait le bout de la table familiale, nous lisait solennellement sa lettre à haute voix. Il ne racontait rien, mais nous assurait du moins qu’il était toujours en vie. Quand il est revenu, il était cassé. Définitivement. En 1961, un autre de mes frères est parti. Il a eu la chance de tomber malade à la suite de la vaccination obligatoire (TABDT)4. Du coup, hospitalisé, il ne s’est jamais battu. Le cessez-le-feu est arrivé avant. Comme il était “Aspirant”, il a été chargé de déménager avant l’indépendance l’école des Officiers de Réserve de Cherchell . La plus grande partie du matériel a été détruite sur place. C’est à ce moment-là que les Pieds-Noirs ont commencé à fuir l’Algérie, à la suite des attentats et des assassinats commis par les deux bords. Certains venaient le trouver pour tenter de sauver une partie de leurs biens, en tentant de les embarquer sur les bateaux réquisitionnés par l’armée. “C’est la seule fois de ma vie où j’aurais pu faire fortune« , disait-il en rigolant. On lui avait même proposé de racheter une DS Citroën pour un simple billet de 10000 FF de l’époque. Il a refusé bien sûr. En somme, il a eu du pot… Ça n’a pas été le cas de tout le monde. Il y a toute une génération qui a été bousillée par cette putain de guerre, et qui, à près de 75 ans aujourd’hui, continue à faire des cauchemars et à pleurer comme des gosses dès qu’on parle de “ça”5

Marseille62Moi j’étais toujours en “métropole”. Et à l’été 62, sont arrivés les “rapatriés d’Algérie” par centaines de milliers. Certains avaient de l’argent. D’autres n’avaient plus rien. Mon père fut sollicité par le “Secours Catholique” pour héberger une famille : la maison était assez grande, mes frères aînés n’étaient plus là, j’étais en pension avec mon petit frère. C’est comme ça que la maison a accueilli pendant plusieurs années les trois filles d’un employé municipal de Mostaganem. Ça nous paraissait naturel : hier les “Nord-Africains, aujourd’hui les “rapatriés”. Ce n’était pas de la politique, c’était seulement de la charité chrétienne. C’est peu d’années après que j’ai commencé à me poser des questions. Je me souviens de l’aînée, celle qui est restée le plus longtemps chez nous parce qu’elle ne s’était pas mariée. Elle était d’une gentillesse extrême et d’une grande piété. J’étais encore un gamin. Et un jour, j’ai eu la mauvaise idée de lui dire que je lisais les “Mémoires” de De Gaulle. Elle a eu l’air scandalisée, comme si j’avais proféré une grossièreté : “ Lisez une vie de saint, au lieu de lire les mémoires d’un damné !” J’ai fait ma vie, je ne sais pas ce qu’elle est devenue, ni même si elle est toujours en vie. Je ne suis pas sûr que 50 ans après, la blessure soit cicatrisée. Pas davantage que celle des appelés qui avaient été envoyés faire le sale boulot, dont 30 000 ne sont pas revenus et dont les autres ont été marqués à vie. Sans parler des 400 000 Algériens qui ont été tués, des centaines de milliers qui ont été déportés (le gouvernement français disait : “déplacés” ). Tout ça pour RIEN !

“Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant” ?

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1 Je laisse de côté les polémiques partisanes sur la date elle-même que la FNACA (Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie) est la seule organisation à reconnaître : beaucoup de Pieds-Noirs et l’extrême-droite considèrent que la politique de ”terre brûlée” développée par l’OAS pour empêcher l’indépendance, était une continuation de la guerre; et le FLN algérien, qui a évincé peu après tous les membres du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) ayant négocié les accords d’Evian, ne reconnaît que la date de l’indépendance (5 juillet).

2 Benjamin STORA est lui-même né en Algérie. Son film est une tentative louable de montrer la guerre d’Algérie de façon objective; on y a vu pour la première fois à la télévision, à ma connaissance, des exécutions sommaires par l’armée française. L’autre jour, sur France3, a été diffusé un film de Caroline HUPPERT, inspiré de “l’affaire Djamila BOUPACHA” ; cette jeune fille  avait été arrêtée et torturée par l’armée française en 1960 ; c’est Me Gisèle HALIMI qui l’avait défendue. Il aura fallu 50 ans pour que la télévision française lève le voile sur les exactions commises par l’armée en Algérie.

3 Citation du journal algérien Wakt Al Djazair

3 Citation du journal algérien Le Jeune Indépendant

4 Ceux qui ont fait leur service militaire se souviennent sans doute de ces doses de cheval qui nous étaient administrées, le plus souvent par des types incompétents, et qui nous laissaient sur le flanc avec 40° de fièvre pendant au moins 48 heures ! Pour ma part, je me souviens que c’était un mécanicien qui m’avait piqué !

5 France2 a diffusé deux documentaires remarquables le 27 mars : l’un, “Troufions”, rapporte les témoignages de 5 appelés qui se sont tus pendant 50 ans ! L’autre, “Guerres secrètes du FLN en France” ceux de responsables du FLN qui racontent la lutte sanglante pour le pouvoir à l’intérieur du mouvement indépendantiste. Les historiens ont encore du pain sur la planche, tant en Algérie qu’en France !

Démocrates, à vos rangs, fixe !

EGYPT-MILITARY/STATEMENT

 

 

 

 

 

Moubarak a fini par partir et laisser la place au bout de presque trois semaines de manifestations populaires. Tout le monde, ou presque, exulte. Sauf peut-être le gouvernement israélien de NETANYAOU qui s’est efforcé de saboter toute tentative de négocier la paix, et craint désormais de devoir composer avec un régime moins accommodant que celui du “Raïs” (le “chef” رئيس).

Comme la constitution imposait, en cas de vacance du pouvoir, de le remettre au président de l’assemblée du peuple, un fragile homme de paille de Moubarak, on a préféré tourner la difficulté en abandonnant le régime aux chefs de l’armée égyptienne. Dans d’autres circonstances, on appellerait ça une “junte militaire”, même si le Conseil Suprême des Forces Armées avait été créé par NASSER après la défaite de 1967 contre Israël.

En tout cas, faire un triomphe à l’armée pour des manifestants démocrates, c’est comme confier la toque du chef à Ronald Mc Donald pour des gourmets ! Qu’on me cite un seul cas dans l’histoire où l’armée a instauré une démocratie… Même la “révolution des œillets” de 1974 au Portugal n’est peut-être que l’exception qui confirme la règle. La discipline est la force principale des armées, comme le rappellent les militaires à chaque occasion. L’obéissance aveugle n’est pas une vertu démocratique. Comment des militaires pourraient-ils souhaiter un régime autre que celui d’un “Raïs”, d’un “duce” ou d’un “chef” ? Surtout quand ce régime leur assure des prébendes que la démocratie ferait disparaître. On est tellement habitué à voir toutes les armées du monde du côté des ennemis de la liberté et des tortionnaires qu’on a acclamé celles de TUNIS ou du CAIRE… parce qu’elles n’avaient pas tiré sur la foule ! Refuser de commettre un crime ne fait pas de vous un parangon de vertu !

clip_image002On verra, en ALGERIE, ce que fera l’armée qui y détient tous les pouvoirs, quoique BOUTEFLIKA occupe toujours le fauteuil de président. Aujourd’hui 12 février, plusieurs partis d’opposition appellent à une marche de protestation pour revendiquer une véritable démocratisation. Le régime algérien est sans doute plus solide que celui du CAIRE parce que BOUTEFLIKA a rétabli la paix civile après les exactions commises par les islamistes et les représailles aveugles exercées par l’armée. Le plus vraisemblable est que la police empêchera purement et simplement toute manifestation en vertu de “l’état d’urgence” en vigueur depuis… 1992 ! Garde à vous ! Et silence dans les rangs!

TUNIS, ALGER, LE CAIRE : qui va tirer les ficelles ?

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A l’occasion de la “journée de la police” (sic), jour férié officiel dédié à la célébration du maintien de l’ordre, plusieurs milliers de manifestants se sont répandus dans les rues du CAIRE pour conspuer MOUBARAK, président de 82 ans, au pouvoir depuis 29 ans, une sorte de frère aîné de BEN ALI… D’ailleurs, certains opposants ne cachent pas d’où vient leur inspiration puisqu’ils vont jusqu’à brandir des pancartes en… français ! Pour l’instant, grenades lacrymogènes et canons à eau. La leçon tunisienne a porté : à tout prix éviter le grabuge !

Samedi dernier, une manifestation appelée à ALGER par le RCD, un parti laïque d’opposition (rien à voir avec le parti au pouvoir en Tunisie), a été interdite, l’avenue Didouch Mourad (l’équivalent des Champs-Elysées à Paris) était cernée par les blindés de l’armée, et les manifestants n’ont pas pu faire cinquante mètres avant d’être copieusement matraqués par la police, y compris les députés.

Aujourd’hui aussi, alors que les manifestations continuaient à TUNIS, le gouvernement dit “provisoire” semble avoir repris les bonnes vieilles méthodes. Il a tenté d’organiser une  timide contre-manifestation pour le soutenir. Et bizarrement, quelques jeunes s’en sont pris à Moncef MARZOUKI, ancien président de la Ligue des Droits de l’Homme, exilé en France jusqu’à la chute de Ben Ali; ils ont tenté de lui casser la figure en le traitant de “mécréant” – c’est un défenseur de la laïcité – et “d’agent des Français et des Américains”.

Si ça continue comme ça, la “révolution de jasmin “ risque fort d’être celle des marrons… Et pas seulement celle des marrons dans la gueule ! Je veux dire que les jeunes manifestants pourraient bien s’être brûlé les doigts à tirer les marrons du feu pour les barbus qui sont à l’affût : “Ennhada” en Tunisie, ou les “frères musulmans” en Egypte. Ce ne serait pas la première fois que les contempteurs de la démocratie auraient invoqué ses principes pour les renier, après avoir ramassé le pouvoir qui était à prendre.

Ne pas mélanger les torchons et les serviettes!

Si la situation est toujours incertaine en Tunisie, le régime algérien clip_image002a repris le contrôle du pays. Là-bas, les choses sont revenues dans l’ordre. Selon les informations données par la presse algérienne, voici le résultat des courses :

Alger, 230 manifestants écroués. Boumerdès, 21 manifestants sous mandat de dépôt et 24 en liberté provisoire. Annaba, 110 personnes présentées devant le juge d’instruction. Constantine, 60 personnes interpellées. Souk Ahras, mandat de dépôt pour 7 émeutiers. Oum el Bouaghi, 26 personnes sous mandat de dépôt et à Bordj Bouarreridj, 18 manifestants écroués. Tizi Ouzou, 19 émeutiers présentés à la justice. Ain Temouchent, 107 arrestations et 38 mandats de dépôts. Sidi Bel Abbés, 88 manifestants, à Béchar, 15 émeutiers devant le juge.

La Fédération du FLN en France a d’ailleurs dénoncé les inventions des médias étrangers sur l’Algérie : « les émeutes n’étaient pas une révolte de jeunes affamés qui ont dénoncé la flambée des prix ». Que des traîtres, on vous dit : « Ces tentatives de souiller l’image de l’Algérie sont volontaires ».  Traduction : les salopards d’émeutiers à la solde de l’étranger qui ont tenté de mettre en péril la direction éclairée du pays par le démocrate BOUTEFLIKA n’ont rien à voir avec les valeureux manifestants tunisiens qui ont abattu la dictature de BEN ALI . J’espère que vous aviez bien compris, mais ça va mieux en le disant.