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Du bon usage de l’antisémitisme

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Le dénommé Richard PRASQUIER est président du CRIF (Comité Représentatif des Institutions juives de France) depuis le 13 mai 2007, soit une semaine après l’élection de Nicolas SARKOZY à la présidence de la République française. On pourrait n’y voir qu’une coïncidence chronologique. Mais force est de reconnaître qu’avec la présidence actuelle, le CRIF est devenu un simple lobby au service de la droite française d’une part, et du gouvernement de coalition (Likoud et divers partis d’extrême-droite) en Israël d’autre part. La moindre critique de la politique israélienne – par exemple la colonisation forcée, en Cisjordanie ou à Jérusalem-Est – est dénoncée avec véhémence par ce monsieur comme une forme larvée d’antisémitisme. Il faut bien se faire une raison : le CRIF n’est plus désormais qu’un lobby pro-israélien, qui soutient inconditionnellement son gouvernement, quelle que soit sa politique. Il a pris exemple aux Etats-Unis sur l’AIPAC (American Israeli Public Affairs Commitee), copié ses méthodes, et adopté ses préjugés politiques. Ce lobby juif, soutien acharné du Likoud et de la droite israélienne, est devenu si influent qu’il peut s’opposer à toute initiative de paix au Moyen-Orient inspirée par les USA. Et ça ne date pas d’hier : En novembre 1978, il y a plus de 30 ans, Nahum Goldmann, président du Congrès juif mondial, était déjà allé jusqu’à demander au président Carter de briser le « lobby juif » qu’il avait assimilé à « une force de destruction », à « un obstacle à la paix au Proche- Orient »[1]. C’est que l’AIPAC contrôle plusieurs dizaines de sénateurs et des membres du congrès plus nombreux encore. Ceux-ci, obsédés par leur réélection, ont tout intérêt à être en bons termes avec ce lobby qui fait la pluie et le beau temps, grâce à des adhérents nombreux (100 000 membres en 2009), très actifs (165 employés à plein-temps, un budget de 45 millions de dollars, selon les chiffres de 2009), et littéralement sectaires. Toute critique de la politique israélienne est devenue ainsi plus difficile à Washington qu’à Tel-Aviv ! On vient d’en avoir encore récemment la démonstration avec le véto américain à la reconnaissance d’un « état palestinien » non seulement à l’ONU, mais même à l’UNESCO[2] !

On pourrait connaître les mêmes vicissitudes – toutes proportions gardées – à PARIS, si l’on en juge par l’éditorial que vient d’écrire Richard PRASQUIER, et qui a fait du bruit dans Landerneau, si j’ose dire. Il attaque en effet le Parti Socialiste pour avoir « évincé », à l’occasion de l’accord électoral passé avec les Verts[3], quatre anciens députés parisiens qui sont considérés comme juifs. Il affirme sans sourciller : « L’effet d’affichage des noms des évincés est désastreux. Il est tentant de parler d’antisémitisme, certains l’ont déjà fait et je me garderai de les suivre. » Formidable prétérition ! C’est d’autres qui le disent, le président du CRIF ne le dit pas, il ne fait qu’en causer… Moi, pauvre goy, qui ai toujours appris, dès mon enfance, que « traiter de juif » quelqu’un d’après la consonance de son patronyme, était la première concession à l’antisémitisme, j’ai bonne mine. C’est le président du CRIF lui-même qui recourt à ce type de préjugé ! Il y a pire encore : le CRIF, qui s’était toujours honoré jusque là de défendre les valeurs de notre République laïque, réclamerait désormais son quota de députés juifs ? Et pourquoi pas demain un quota de musulmans, de luthériens et de calvinistes, de noirs, d’homosexuels, que sais-je encore ?

Les quatre intéressés ont beau démentir et protester, le mal est fait. Et Prasquier va plus loin, accuse les Verts et menace les socialistes, en dénonçant « la détestation d’Israël dont malheureusement les Verts ont absurdement fait un de leurs étendards. Les choix effectués par le PS seront perçus par la communauté juive comme allant dans le même sens ! » Bref, PRASQUIER accuse insidieusement les socialistes d’être des antisémites honteux. Que ce monsieur ait des opinions de droite, c’est son droit. Qu’il en vienne à des procédés dignes des amalgames les plus sordides et réservés d’habitude à l’extrême-droite, c’est à se demander si le CRIF ne marche pas sur la tête !

En tout cas, les plus hystériques ont bien compris le message. Un article délirant d’un certain Jean-Patrick GRUMBERG[4], intitulé modestement « les antisémites en ont rêvé, le PS l’a fait », accuse déjà le PS d’être pire que le parti nazi !

Six mois encore à tenir avant les élections… Six mois encore d’arguments de bateleurs de foire ! Quelle pitié !


[1] Cité par Edward Tivnan dans son livre sur les relations américano-israéliennes : Le Lobby, Simon and Schuster, New-York 1987.

[2] Les USA ont, en représailles, cessé de payer leur contribution à l’UNESCO

[3] Richard Prasquier s’inquiétait en particulier de la possible investiture d’Yves Contassot,« réputé être parmi les plus virulents des antisionistes du parti écologiste ».

[4] Je suppose – en tout cas j’espère – qu’il n’a rien à voir avec Jean-Claude GRUMBERG, écrivain pour lequel j’ai la plus grande admiration : j’avais mis en scène « L’Atelier », un pur chef-d’œuvre, et mis au programme du baccalauréat d’autres de ses pièces.

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L’extrême-droite a un bel avenir…

HUNGARY EXTREME RIGHT GUARD

Members of the controversial new extreme-right « Magyar Garda » or Hungarian guard are seen during their swearing-in ceremony in Budapest, Hungary; Saturday, Aug: 25, 2007. Magyar Garda members wear uniforms bearing a variation on the red-and-white Arpad Stripes associated with Hungary’s Nazi-aligned Arrow Cross party in power during WWII. The creation of the guard by extreme-right party Jobbik had raised fears among the Jewish community both in Hungary and internationally. Prior to the establishment of the Magyar Garda, Hungarian Jews had been warning that anti-Semitism was on the rise. (AP Photo/Bela Szandelszky)

 

La Garde Hongroise, milice du parti d’extrême-droite liée au parti Jobbik, parade à BUDAPEST

On a tort de ne pas regarder ce qui se passe dans les autres pays d’Europe. Sans doute avait-on entendu parler des progrès du Vlaams Blok (alias Vlaams Belang) en Belgique, chez les Flamands, dont le succès explique en partie le blocage constitutionnel actuel; ou encore du FPÖ de feu Jörg Haider, qui participa jusqu’en 2008 au gouvernement de coalition avec les conservateurs en Autriche… Mais depuis ces dernières années, les résultats électoraux de l’extrême-droite ne font que croitre et embellir en Europe, au point qu’on peut s’étonner que le Front National, qui fut un précurseur, n’ait pas encore phagocyté la droite française…

Démonstration : la Hongrie montre à tous les sceptiques ce qui nous attend bientôt. Je vous entends bien : “Quoi ? La Hongrie ? Un pays d’arriérés politiques, à peine sortis du stalinisme, qui ne s’enorgueillit guère que d’être le berceau de la famille Sarkozy ?” Détrompez-vous : le gouvernement Hongrois a, depuis le 1er janvier, la charge de diriger l’Europe. Le gouvernement de droite (Fidesz) qui a remporté les 2/3 des sièges aux dernières élections, et qui est soutenu, comme la corde soutient le pendu, par le parti Jobbik (16,68% des voix ! ), héritier sans complexe du parti des “croix fléchées” de l’époque fasciste, et créateur de la milice de la “garde hongroise”, ce gouvernement donc, a viré de la fonction publique tous ceux qui n’étaient pas de son bord, et a voté une loi sur la presse qui confie le “contrôle des médias” à un organisme maison : seuls y siègent des membres du parti au pouvoir. En cas « d’atteinte à l’intérêt public, l’ordre public et la morale  » ou encore d’« informations partiales », les amendes prévues peuvent aller jusqu’à 750 000  euros. Une paille ! Cette loi est entrée en vigueur depuis le 1er janvier. Fâcheuse coïncidence.

Mais il y a mieux. L’un des fondateurs du Fidesz, avec le premier ministre de droite, Viktor ORBAN, un obscur polémiste du nom de Zsolt BAYER, vient de publier un article dans un quotidien proche du parti au pouvoir. Il y dénonce “un excrément puant nommé Cohen “ (un journaliste britannique de l’Observer) qui avait estimé qu’il “flottait sur la Hongrie une odeur nauséabonde”… Dans le même sac à merde, BAYER a collé “les Cohen, Cohn-Bendit et Schiff” qui ont le mauvais goût d’avoir critiqué la nouvelle loi hongroise sur la presse, et accessoirement, d’être juifs . Dany au parlement européen et le pianiste hongrois Shiff dans une lettre au Washington Post, en faisant allusion à la “poutinisation de la Hongrie”. Fustigeant ces “mensonges venus de l’étranger”, BAYER compare les susnommés aux survivants du massacre d’Orgovany commis par les miliciens d’extrême-droite entre 1919 et 1921, après l’échec de la République des Conseils de Bela KUN, lequel avait le tort, aux yeux de la droite hongroise, d’être juif lui aussi. “Malheureusement, écrit BAYER, ils n’ont pas tous été enterrés jusqu’au cou dans la forêt d’Orgovany.”

On attend avec curiosité de savoir si le tout neuf “Conseil des médias” va considérer cet article comme attentatoire à l’impartialité des informations ou à la morale. Le petit parti de la “Gauche Verte” a en effet saisi ledit conseil du cas du dénommé BAYER, l’un des piliers du parti au pouvoir. On prend les paris ?