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Referendum, plébiscite : non merci !

Deux consultations populaires ont eu lieu dimanche dernier, l’une en Colombie, l’autre en Hongrie. Et en France, de nombreux politiciens de droite ou d’extrême-droite nous promettent désormais le recours au referendum… comme si c’était le nec plus ultra de la démocratie ! Minute, papillon…

L’hypothèse est séduisante : c’est le « peuple » qui décide, comme dans la Rome antique, où le « plébiscite » permettait à la plèbe, sur la sollicitation des tribuns de la plèbe, d’imposer une loi. Il y aurait beaucoup à dire sur le prétendu idéal démocratique de Rome, mais ce n’est pas notre sujet ! En tout cas, tout au long de l’histoire, à quelques exceptions près, les referendums ou les plébiscites ont presque toujours trompé les électeurs à partir de malentendus : JAMAIS les électeurs ne répondent à la question posée, mais TOUJOURS aux sous-entendus inconsciemment (ou sciemment) cachés derrière !

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Campagne pour le NON en Colombie

Voyons d’abord ce qui s’est passé en Colombie : dimanche, les Colombiens ont refusé (50.28% de NON) l’accord de paix enfin signé entre le gouvernement du Président Juan-Manuel SANTOS et les FARC (guérilleros) de Timoléon JIMENEZ, dit « Timochenko ». Comment le « peuple », après plus de 50 ans de guérilla, d’enlèvements et de massacres commis tantôt par la guérilla, tantôt par l’armée colombienne ou par les « escadrons de la mort » qui lui servaient de supplétifs, a-t-il pu prendre une telle décision, quasiment suicidaire ? La réponse est évidente : les citoyens colombiens qui ne sont pas plus stupides que les Hongrois ou les Français, n’ont pas répondu à la question posée, mais à d’autres ! Les uns ont voulu voter contre le gouvernement du Président Santos : celui-ci a consacré tout son temps et son énergie aux négociations avec les FARC pour sortir de la guerre civile, et les problèmes sociaux du pays sont restés en plan… SANTOS est au plus bas dans les sondages, ce qui peut paraître paradoxal, quand l’ancien président, Alvaro URIBE, le leader de la droite extrême qui appelait à voter NON, et qui a soutenu inconditionnellement l’armée et la guerre à outrance, pavoise avec 2/3 d’opinions favorables… Ce monsieur trouve qu’on fait la part trop belle aux « rebelles » dans le compromis signé : les FARC vont devenir un parti politique comme les autres, et les rebelles ne seront jamais jugés ni condamnés, sauf s’ils ont commis des « crimes de guerre ». Mais les officiers de l’Armée régulière eux aussi, sans parler des tueurs des milices, n’ont pas tous les mains propres : peut-être ces braves gens ont-ils du souci à se faire puisqu’avec la paix, ils seraient eux aussi exposés aux enquêtes judiciaires « régulières »… Faut-il rappeler que, si les FARC ont commis des enlèvements et des séquestrations – on se rappelle l’affaire BETANCOURT – la plupart des assassinats commis par l’autre bord ont visé des syndicalistes, en particulier des ouvriers agricoles ? Vous croyez que la bourgeoisie latifundiaire va approuver un traité de paix qui promet une « réforme agraire » sans cesse remise aux calendes grecques ? Faut-il rappeler qu’URIBE, lorsqu’il était au pouvoir, a, en tant que chef des armées, avec le même SANTOS comme ministre de la défense, versé des primes aux officiers, pour chaque rebelle abattu : c’est ce qui a provoqué le scandale des « falsos positivos », les « faux positifs », c’est-à-dire des assassinats d’adversaires politiques ou de pauvres bougres maquillés en guérilleros.  L’armée annonçait des « bilans flatteurs » et les officiers empochaient le prix du sang. Vous croyez que les militaires colombiens, et la droite qui leur lèche les bottes, vont approuver un traité de paix qui risque de les traîner devant les tribunaux  (plus d’un millier d’enquêtes en cours, plus de deux milliers de disparitions ou d’assassinats inexpliqués) ?

Et voilà comment un « referendum » aboutit à un vote absurde : une majorité de citoyens colombiens ont voté CONTRE LA PAIX, sans même savoir de quoi sera fait demain !

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Viktor ORBAN, premier ministre hongrois

Voyons, d’autre part, ce qui s’est passé en Hongrie : « Voulez-vous que l’Union européenne décrète une relocalisation coercitive de citoyens non hongrois en Hongrie, sans l’approbation du Parlement hongrois ? », demandait benoîtement le gouvernement Fidesz (populiste et ultra-conservateur) de Victor ORBAN. L’objet du débat ne concernait qu’environ 1300 réfugiés prévus en Hongrie ; mais ORBAN, soutenu à grands cris par le parti fasciste Jobbik (15 à 20% de l’électorat quand même !) prétendait qu’il s’agissait de « musulmans, donc de terroristes en puissance ». Mieux : depuis le 16 septembre et la réunion des 27 pays européens à Bratislava, ce projet européen de répartir les réfugiés et les migrants dans les différents pays, a été effacé des tablettes… Mais il fallait maintenir ce plébiscite pour conforter une popularité en déclin : quel meilleur remède, à notre époque que de cogner sur l’Europe ? Résultat des courses : 99% de NON. Un triomphe césarien pour ORBAN ? Hélas, pour respecter la constitution hongroise il fallait plus de 50% de votants pour que le vote soit validé. Pas de pot : on n’a même pas atteint 40% ! Sans compter, à Budapest même, 11 % de bulletins nuls (un parti de « comiques » – le « parti du chien à 2 queues » – avait appelé à déposer de faux-bulletins dans l’urne). Malgré une propagande gouvernementale coûteuse (environ 50 millions d’€) la plupart des citoyens hongrois, dont une bonne partie des électeurs du Fidesz, qui n’ont JAMAIS vu un immigré, ne sont pas allés voter… Et l’opposition libérale ou de gauche avait appelé à boycotter ce plébiscite. Qu’à cela ne tienne : ORBAN, sans sourciller, annonce qu’il va changer la constitution ! Il ne lui reste plus qu’à prier pour que l’Europe accepte qu’on puisse adhérer à l’UE à la carte : telle décision me convient, je suis européen, telle autre ne me convient pas, je suis contre l’Europe ! En somme, ORBAN veut le beurre et l’argent du beurre. Ça devrait donner des idées à Mrs Theresa MAY et aux « Brexiters » anglais ! Conclusion : voilà un pseudo-referendum où on a posé une fausse question aux citoyens hongrois. Etre pour ou contre l’immigration, c’est comme être pour ou contre le réchauffement climatique : c’est juste bon pour faire causer les piliers de bistrot un jour où ils sont éméchés. Mais c’est le fond de commerce de la droite et de l’extrême-droite en France comme en Hongrie.

Et voilà comment un « referendum » aboutit à un vote absurde : une majorité de citoyens hongrois n’a PAS VOTE, malgré le bourrage de crâne, et personne ne sait de quoi sera fait demain !

Au cas où vous auriez des doutes, et que vous persistiez à penser que le summum de la démocratie, c’est de répondre à une simple question par OUI ou par NON, je vous invite à méditer les leçons du passé :

  • En 1934, HITLER obtient le cumul de la présidence et de la chancellerie allemande, tout en gardant le titre de « Führer » : 95% de OUI ! Est-ce à dire que 95% du peuple allemand était nazi ? Evidemment non. La peur qui régnait, après les exactions commises par les SS et les SA depuis 1933, avait dissuadé les opposants de se manifester…
  • En France, le plébiscite est une invention du Bonapartisme (1799, après le coup d’état du 18 Brumaire ; 1802, Consulat à vie ; 1804, Premier Empire ; 1851, après le coup d’état du 2 décembre ; 1852, Second Empire). Est-ce à dire que l’Empire était un modèle de démocratie ? Evidemment non. Mais les Républicains, pourchassés, n’avaient guère voix au chapitre…

Limitons-nous cependant à des exemples français récents (je vous fais donc grâce du récent referendum britannique dont on reparlera un autre jour) :

  • 1313396-charles_de_gaulleLe referendum de 1962 qui a décidé de l’élection au suffrage universel du Président de la République – sans passer par un vote préalable du parlement comme l’exigeait l’article 89 de la constitution – était-il la « voie la plus démocratique » pour modifier la Constitution, comme l’affirma de Gaulle ? 62% des électeurs l’approuvèrent et tous les partis – sauf les Gaullistes – furent laminés aux élections législatives qui suivirent. Si l’on songe aux conséquences d’un tel vote qui pèse aujourd’hui plus que jamais sur la vie démocratique de notre pays, on aurait sans doute bien fait d’y regarder à deux fois ! Mais les Français avaient autre chose en tête : de Gaulle venait d’échapper miraculeusement à l’attentat du Petit-Clamart, et la guerre d’Algérie de se clore par l’indépendance de ce pays, après des milliers de morts. De Gaulle menaçait de rentrer à Colombey-les-deux Eglises s’il était désavoué (ce qu’il fera d’ailleurs, après le referendum de 1969) : les Français n’ont alors pas voté pour ou contre la modification de la constitution, mais pour ou contre le maintien au pouvoir du Général. Il faut dire que le seul exemple d’élection d’un président de la République au suffrage universel avait laissé un souvenir amer : en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte avait été élu, et s’était empressé de faire un coup d’état pour congédier ladite République !
  • Le referendum de 2005 qui a refusé la constitution européenne – autre exemple de trompe-couillon, si l’on me permet l’expression – est un plébiscite du même acabit. Je me souviens des cris horrifiés de mes amis quand je leur ai dit que j’avais voté OUI… « Comment ? toi ? un referendum convoqué par Chirac ? Tu veux vraiment garder RAFFARIN comme premier ministre ?… » Même à gauche, de bonnes âmes appelaient à voter NON, prétendant que c’était le meilleur moyen de « reconstruire » l’Europe sur des bases saines, qu’on allait ainsi signer de nouveaux traités, et blablabla… Vous n’avez pas oublié les discours de Mélenchon et de Fabius, curieusement alliés, comme l’aveugle et le paralytique ? Mais dans ce « cartel des NON », pour reprendre une formule du « grand Charles » à qui il ne déplaisait pas d’être seul contre tous, il y avait aussi, parmi les 55% de Français qui votèrent NON, toute la droite souverainiste et l’extrême-droite nationaliste, traditionnellement et viscéralement opposées à l’Union Européenne : un détail . Bref, moi, comme
    un enfant de chœur, j’avais voté en répondant à la question poséesarkozy ! J’étais convaincu qu’un refus paralyserait la construction européenne pour longtemps. C’est bien ce qui s’est passé ! C’est ce qui se passe encore, puisque « bouffer de l’Europe » est au menu de la plupart des partis conservateurs européens, et pas seulement des Tories anglais. Et je ne parle pas des partis dits « populistes », ou de ceux qui sont ouvertement fascistes, voire pis* ! Bref, j’étais bien le seul. Personne n’avait lu le projet de constitution, et tout le monde s’en foutait. A peine élu président, SARKOZY a réglé la question avec son cynisme habituel, en concoctant en 2008 le fameux
    traité de Lisbonne, qui s’asseyait sur le vote référendaire, « voie la plus démocratique » selon le catéchisme gaulliste !

Aujourd’hui, tous les candidats à la présidentielle à droite et à l’extrême-droite, c’est-à-dire ceux parmi lesquels – hélas ! – figure sans doute le prochain Président de la République, nous promettent dans leur programme des referendums à tout va… On n’a pas fini de jouer à trompe-couillon !

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*Il existe en Europe des partis qui se réclament ouvertement du Nazisme, comme « Aube Dorée » en Grèce ou le « Jobbik » en Hongrie : on n’est pas sorti de l’auberge !

Un même mépris des femmes

5006727_6_5537_les-manifestants-protestent-contre-un-projet-de_a2c07389eccea6b9b994b365dabdd884Il faudra qu’on m’explique pourquoi les « féministes de la onzième heure » qui voulaient interdire par décret la mode ridicule et rétrograde du « burkini », ou qui s’émouvaient de voir des femmes se promener dans les rues avec le moindre foulard sur la tête, sont aujourd’hui bien silencieux. A Varsovie, 3000 à 5000 femmes sont descendues hier dans la rue pour protester contre un projet de loi qui veut criminaliser l’Interruption Volontaire de Grossesse (IVG). Oui, en Europe !

La législation polonaise sur l’avortement était pourtant l’une des plus rétrogrades qui soit : l’IVG y est en effet ILLEGALE, sauf en cas de : 1. viol ou inceste 2.pathologie lourde du foetus 3. danger pour la vie ou la santé de la mère. Pas le choix !

C’était encore trop !.. Il paraît que c’était un compromis passé, à la chute du communisme, avec l’Eglise catholique polonaise ! Désormais, la campagne menée par les mouvements hypocritement intitulés « pro-vie », soutenue, voire téléguidée par l’épiscopat polonais, et assumée avec enthousiasme par l’extrême-droite nationaliste au pouvoir (PiS : « Parti Vérité et Justice ») a accouché – si j’ose dire – d’un projet de loi.  Il est en examen devant le parlement : TOUTE interruption de grossesse sera désormais ILLÉGALE et vaudra 5 ans de prison 1. aux femmes concernées 2. aux médecins 3. à toute personne qui aura prêté assistance à une I.V.G. Autant dire que vous n’avez pas intérêt à faire une fausse couche si vous ne voulez pas vous retrouver en tôle !

« On est chez nous ! On est chez nous ! » chantent sur l’air des lampions les braillards de l’extrême-droite dite « identitaire ». Et voilà ce que nous promet la « défense de la civilisation occidentale et chrétienne » ?… Tous ces crétins sont juste doués pour casser de l’arabe, jeter hors des frontières les immigrés, et jouer comme des gosses aux preux chevaliers défenseurs des « valeurs morales »! Hier, ils défilaient dans les rues de PARIS, avec « la manif pour tous » et la plupart des évêques français, pour vouer aux gémonies « les pédés » et défendre la « famille » contre le mariage gay. Demain, vont-ils reprendre les mots d’ordre des nationalistes et des curés polonais ?
5006726_6_68be_une-femme-portant-un-foulard-sur-le-visage-et_dd0357e0eec235e283785e8eb36c05dfLa vérité, c’est que parmi les chrétiens comme parmi les musulmans, il y a les mêmes arriérés mentaux qui en sont encore à défendre le patriarcat pur et dur : les femmes ne s’appartiennent pas, elles appartiennent à leur mari, à leur famille, à leur pays ! Elles n’ont pas le choix : leur devoir est de faire des enfants… pour leur mari, pour leur famille, pour le pays ?

Je sais. Vous allez me dire que j’exagère, mais je suis en colère ![*]

Vous les voyez tous les gueulards qui font le lit du Front National et qui rasent les murs aujourd’hui, dans un silence honteux ? Il faut le dire : il est intolérable qu’un pays comme la Pologne se prétende européen ! La réaction catholique et son gouvernement sont en train de le rejeter dans un cul-de-basse-fosse moyenâgeux !

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[*] La preuve : j’avais laissé tomber ce blog, découragé par le triste spectacle de la situation politique. Mais TROP,C’EST TROP !

La Suisse ouvre la voie et ferme la porte

Quand on sait ce qu’on sait, quand on voit ce qu’on voit, on a raison de penser ce qu’on pense (proverbe suisse).

suisse1J’ai été pris d’un fou rire nerveux, quand j’ai appris que la « votation » helvète avait donné la majorité au parti xénophobe – l’UDC est l’ersatz confédéral du Front National – pour bouter l’étranger hors de la Confédération Helvétique (50.3%). Comme disait déjà  il y a plus de deux siècles, un célèbre « frontalier » de FERNEY, Voltaire, qui connaissait bien ses voisins suisses : « La moitié de la Suisse est l’enfer, et l’autre moitié le paradis« .[1] Pourtant presque tout le monde était contre cette fichue votation : les patrons, les syndicats, la droite, la gauche. Mais « l’invasion des immigrés », c’est la ruée des pauvres qui viennent polluer les rives du lac de Genève, ce n’est quand même pas celle des honnêtes Français travailleurs frontaliers ! Non? Ben si ! Ça fait tout drôle de se retrouver dans le rôle du métèque, pas vrai Marine ? Hier, quand l’UDC faisait campagne lors d’une autre votation victorieuse contre « l’invasion des minarets », tous les débiles franchouillards d’extrême-droite applaudissaient à tout rompre et donnaient la Suisse en exemple. Tiens, on les entend pas aujourd’hui, les cons… On est toujours le bougnoule de quelqu’un, pas vrai Marine ?

618501-a-woman-walks-past-two-immigration-campaign-posters-in-lausanne« Y’a un pays qui est bien, c’est la Suisse. C’est propre la Suisse. On peut pas  attraper de maladie! On peut attraper que des médicaments », prétendait Coluche. Pas si sûr, on peut y être aussi contaminé par le virus de la connerie. Cette décision qui est parfaitement démocratique va en effet non seulement menacer l’emploi de nos concitoyens qui travaillent en Suisse, mais va aussi flanquer par terre TOUS les accords bilatéraux qui liaient la Suisse aux 28 pays de l’Union Européenne. En effet, ces accords négociés depuis 1999 étaient liés à la « liberté de circulation de la main-d’œuvre » entre la Suisse et les autres pays d’Europe ; ils deviennent donc caducs !

affiche-udcPoint d’argent, point de Suisse », disait déjà Racine il y a plus de trois siècles[2]. Les patrons helvètes se font évidemment du souci, puisque les 3/4 de leurs exportations se font en Europe, et ne bénéficieront plus du libre-échange naguère automatique. Inversement, les étrangers « immigrés » auront intérêt à ne pas contrarier leur patron suisse, car s’ils sont virés, il leur faudra désormais être admis dans les nouveaux « quotas » pour pouvoir prétendre retrouver un job ; et à une condition : qu’aucun petit Suisse ne soit sur les rangs, puisque c’est désormais « la préférence nationale » qui sera la règle. Bref, tout ce dont rêve le Front National – en finir avec l’Europe et l’immigration – et que les petits veinards de l’UDC – de soi-disant « centristes », sans doute parce qu’ils confondent leur pays avec le nombril du monde – viennent d’obtenir du vote populaire malgré un taux de chômage de… 3%.

n-TOUS-A-POIL-large300« On ne guérit pas un malade qui se croit en santé » (proverbe suisse). Ne soyons pas injustes. L’UMP française, dont la principale préoccupation est de coller au cul de l’extrême-droite, s’est empressée d’approuver, par la voix du dénommé Fillon (« Courage fuyons ! ») ladite votation. Quant à Copé, le président, il est tellement occupé à inventer des conneries pour rivaliser avec la « manif pour tous » et les mensonges haineux des prosélytes du refoulement sexuel, qu’il n’a pas encore compris qu’il va se retrouver « à poil » s’il continue à courir derrière Marine LE PEN !

 » Il faut bien des pelletées de terre pour enterrer la vérité » (proverbe suisse).

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[1] Voltaire, lettre à James Mariott

[2] Jean Racine, Les plaideurs

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Mise à jour du 11 février 2014 : Marine Le Pen a appelé dans la matinée sur Europe 1 le gouvernement français à suivre l’exemple des Suisses, qui ont fait «preuve de beaucoup de bon sens». «J’aimerais bien qu’on les suive d’ailleurs et je pense que s’il y avait un référendum en France sur ce même sujet, les Français voteraient très largement pour l’arrêt de l’immigration de masse», a-t-elle ajouté. «Il ne s’agit pas de mettre un mur, il s’agit d’avoir une porte. On l’ouvre ou on la ferme selon son intérêt, selon l’intérêt du peuple», a-t-elle assuré, «ça s’appelle la souveraineté». Elle est encore plus suicidaire que je ne pensais… Amis Belfortains, Jurassiens ou Savoyards « frontaliers », si vous votiez FN, c’est bien fait pour vous ! Vous avez ce que vous méritez ! Soit dit en passant, il va falloir que je réclame des droits d’auteur : « la porte fermée« , c’est du « copier-coller » ou je ne m’y connais pas, mais comme disait son incollable père, « on préfère toujours l’original à la copie » ! LOL, comme disent les gamins d’aujourd’hui…

Mélenchon abuse du gros rouge

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Ce n’était peut-être pas une bonne idée pour le « Parti de Gauche » de tenir son congrès à BORDEAUX. Manifestement, d’aucuns, partis de gauche, se sont retrouvés à l’extrême-droite, après avoir pris un coup dans le nez : le risque quand on fréquente les « châteaux » de notre belle région, c’est de finir à quatre pattes à la cave ! En tout cas, le secrétaire national du parti mélenchonnien, un certain Delapierre, avait dû lever le coude plus que de raison, en apostrophant les ministres des finances de l’Eurogroupe : « 17 salopards » ! Et il a ajouté, en levant son verre à la santé de l’un d’entre eux, vivement applaudi par les 800 délégués. » :  « Dans ces 17 salopards, il y a un Français, il a un nom, il a une adresse 1, il s’appelle Pierre Moscovici et il est membre du Parti socialiste »!  Mélenchon a ajouté aux amabilités de son compère que le « salopard » Moscovici, « petit intelligent qui a fait l’ENA », « ne pense pas français, [il] pense finance internationale ».

On sent tout de suite qu’entre ces deux anciens trotskystes il y a quelques vieux comptes à régler. Est-ce parce que Méluche était lambertiste quand Mosco était pabliste ? Est-ce parce que le premier, qui n’a jamais dû sa place qu’à un concours de circonstances, jalouse secrètement le second reçu au concours de l’ENA ?

En tout cas, je m’en voudrais de ne pas les aider à vider leur querelle sémantique avec quelques morceaux choisis qui pourraient aider les « camarades du Front de Gauche » si, prochainement, dans leur  » course de vitesse avec le FN » 2 pour casser du socialo, ils manquaient de munitions. Voici ARAGON, éminent patriote communiste :  » [ils] tomberont aux mains des émeutiers qui les colleront au mur / Feu sur Léon Blum (…)/ Feu sur les ours savants de la social-démocratie ! »  (« Le Front Rouge »,3 novembre 1931, édition française de la revue « Littérature de la Révolution mondiale », publiée à Moscou). Voici MAURRAS, illustre patriote de « l’Action Française », celui qui qualifiait de « divine surprise » l’arrivée au pouvoir de Pétain après l’invasion nazie, et avait dit de Léon Blum : « Voilà un homme à fusiller, mais dans le dos ! »  Quant à « Je suis partout » (1932), torchon antisémite qui s’illustra ensuite dans la collaboration, il écrivait à propos du même BLUM : « Il est par nature aussi indifférent aux intérêts de la France qu’un Japonais peut l’être aux intérêts du Chili « . Pourquoi rappeler les attaques des staliniens et des fascistes contre Léon BLUM ? Parce qu’on y trouvait les mêmes insinuations sordides : Blum était un traître. Pour l’extrême-droite, c’était parce qu’il était juif et qu’il mangeait dans « de la vaisselle d’or ». Pour les communistes, c’était parce qu’il était socialiste, c’est-à-dire « social-traître », « social-flic », etc..

Moscovici est né en France, d’un père roumain et juif. Ça tombe pile pour faire « la course » avec le Front National ! A la bonne vôtre, camarades4 !  ______________________________________________________________

[1] Il n’a même pas donné l’adresse ? Dégonflé !… Comment les bons Français vont faire pour aller lui casser la gueule, au salopard ?

[2] le mot est de Martine BILLARD, co-présidente du Parti de Gauche.

[3] Ce n’est pas le Front de Gauche, mais avouez que ce n’est pas tombé loin…

[4] Je n’ai jamais envisagé de rejoindre un tel parti politique. Mais soit dit en passant aux copains qui le soutiennent encore, de tels propos suffiraient à donner sa démission séance tenante. Quant à l’affaire de Chypre, je renvoie à ce que j’ai déjà écrit sur le sujet… et je note qu’à aucun moment, Mélenchon n’a expliqué ce qu’il fallait faire avant de déclarer le pays en faillite ! Pour faire la révolution, d’ici demain, ça va être un peu court pour un ci-devant paradis fiscal…

LE MATIN DU GRAND SOIR…

Je ne suis pas sûr que ce soit le programme de la droite libérale… et pourtant !

Je ne sais si vous vous rappelez précisément où se situe l’île de Chypre, dans cette région méditerranéenne qu’on appelait naguère « l’Asie Mineure ». Je ne sais si  vous savez que la Grande-Bretagne y a conservé, depuis l’indépendance (1960), deux enclaves qui sont restées colonie britannique avec plus de 4000 soldats sur 10% du territoire ; que depuis 1974, après un coup d’état fomenté par les colonels grecs qui souhaitaient annexer l’île, l’armée turque a envahi 40% du territoire, y amenant sa soldatesque et 120 000 immigrants d’Anatolie, pour une population totale de 1 200 000 habitants. Cette survivance de la lutte séculaire entre la Grèce et l’Empire Ottoman a provoqué de fait la partition du pays de chaque côté d’une « ligne verte ». Dans ces conditions, comment expliquer que ce fantôme de république ait pu accéder à l’Union Européenne en 2004, puis que cet ectoplasme ait adopté l’Euro en 2008, après de vaines tentatives de réunification par l’ONU  ? La réponse est d’une simplicité biblique : les Européens ont fermé les yeux. La Grèce menaçait d’opposer son véto à « l’élargissement de l’Union Européenne » : 9 anciens pays communistes de l’Est devaient adhérer en même temps que Chypre en 2004…

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Depuis, l’île paralysée par cet apartheid entre Grecs et Turcs, n’a dû sa survie qu’à ses combines de paradis fiscal, permettant le blanchiment de l’argent sale de mafieux de tous pays, particulièrement russes, et le libre accès aux circuits financiers européens, sans autre forme de procès. C’est ainsi que les banques chypriotes se sont retrouvées avec des dépôts représentant 8 fois la valeur du PIB de l’île ! Et quand est survenue la crise bancaire, que les obligations grecques ont plombé toutes les banques européennes, celles de Chypre étroitement liées à celles de Grèce et de Grande-Bretagne, se sont retrouvées avec des montagnes de papier sans valeur, et l’Etat tout entier au bord de la faillite.

Que faire ? La commission européenne, avec son efficacité déjà maintes fois éprouvée, n’a cessé de renvoyer la solution aux calendes grecques. Mais il a bien fallu trancher. Une seule alternative : soit prêter à l’Etat fantoche 10 milliards d’euros (il en demandait 17), sous l’égide de la commission européenne, du FMI et des gouvernements de l’union monétaire, et exiger des impôts nouveaux et des coupes sombres dans le budget pour sauver les banques ; soit expulser Chypre de l’union monétaire européenne, revenir à la livre chypriote, laisser les banques faire faillite, et dévaluer la monnaie de moitié, au moins. Dans les deux cas, la crise monétaire pointe à nouveau son nez en Europe. Mais dans le premier cas, les apparences sont sauves : mieux, la morale est préservée, puisque, sans doute sous l’influence du gouvernement allemand qui prétend punir la fraude fiscale, on a décidé d’imposer une taxation de tous les comptes bancaires (de 6.75 à 9.9%), administrant la saignée aux pauvres comme aux riches1.

J’imagine quels hurlements on aurait entendus de ces braves gens si un gouvernement de « partageux », un gouvernement socialiste par exemple, avait proposé une telle mesure ! Ce qui est vertu à droite est un vice à gauche, c’est bien connu. J’ai écouté attentivement hier radios et télévisions : pas un mot de protestation, pas même un soupir d’inquiétude, mis à part les habituels anti-européens (Lepénistes et communistes mélenchoniens). Depuis ce matin, les seuls à s’émouvoir sont les boursicoteurs : où va-t-on si demain un gouvernement peut taper dans la caisse et piquer sans vergogne les éconocroques des petits épargnants ? Depuis 48 heures, les députés chypriotes, pas suicidaires, se font tirer l’oreille avant de voter un tel « plan d’austérité », même si pour les petits portefeuilles, c’est moins douloureux qu’une baisse de 15% des salaires et des retraites. Ensuite, il va falloir faire voter aussi les députés des pays créditeurs : il n’est pas certain que ces messieurs du Bundestag vont avaler cette nouvelle potion du Dr Angela à quelques mois des élections allemandes…

En tout cas, si ça tourne mal en définitive, en ce matin du grand soir, je prends bonne note que des gouvernements de droite, quand il s’agit de sauver leur politique désastreuse en Europe, n’ont pas hésité à exiger la casse de la tirelire des petites gens pour garantir la spéculation éhontée des banques dans un paradis fiscal, clandestinement toléré dans une île européenne ! Ça pourra toujours servir de précédent, si un jour, il prenait l’envie à quelque gauchiste de faire vraiment payer les riches, autrement qu’en chansons !

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[1] Le ministre des Finances britannique a déjà annoncé depuis hier que le Gouvernement de sa Gracieuse Majesté rembourserait les braves fonctionnaires et pioupious qui avaient déposé leurs livres sterling dans les banques chypriotes. Ça lui coûtera moins cher que de mettre la main à la poche pour renflouer les finances de l’Etat chypriote !

VALLS à trois temps…

MARTIN AURORE

1° temps : Manuel VALLS, le plus à droite des ministres de gauche, premier flic de France, veut faire son Sarkozy. Il fait partie de ces politiciens qui sont prêts à renier les convictions qui les ont fait élire pour complaire à ceux du bord opposé, et conforter leur popularité au Top 10 des instituts de sondage.

2° temps : il multiplie les déclarations va-t-en guerre contre les tueurs de Marseille ou de Corse et les voyous de banlieues diverses, fait expulser sans commentaires les prêcheurs islamistes planqués dans leurs mosquées et les roms installés dans des camps de fortune. Ainsi, après avoir adulé le ténébreux Guéant, les petits vieilles des beaux quartiers vont adorer le beau Manuel.

3° temps : hier, le ministre de l’intérieur, socialiste de circonstance, après son interview à El Païs promettant une guerre sans merci à l’ETA basque, fait arrêter la jeune Aurore MARTIN, 33 ans, à Mauléon (Pyrénées Atlantiques, France), son village, par la gendarmerie française qui l’extrade sur le champ, et la remet à la Guardia Civil espagnole : il a fallu moins de 5 heures pour ce tour de force.[1]

Que reproche-t-on à cette jeune femme ? D’appartenir à Batasuna, parti accusé de n’être que la vitrine légale de l’ETA qui, quoiqu’ayant renoncé à la lutte armée, n’a toujours pas officiellement déposé les armes. Tout le problème est là : si grâce à une loi espagnole de 2003, Batasuna est considéré comme une “organisation favorable au terrorisme” et interdite en tant que telle, ce n’est pas le cas en France. Or normalement, pour qu’un citoyen français soit extradé dans un autre pays, il est nécessaire qu’il y ait une double incrimination, c’est à dire que la législation reconnaisse comme crime le motif d’inculpation dans l’un comme dans l’autre pays, même quand a été lancé un “mandat d’arrêt européen”. Sauf dans un cas : le terrorisme. Et c’est ainsi qu’Aurore MARTIN, accusée d’appartenir à Batasuna, et soupçonnée d’avoir assisté à des réunions de cette organisation politique en Espagne, a été arrêtée en France et immédiatement expédiée dans les geôles espagnoles par Manuel VALLS, fils de républicains espagnols réfugiés en France à l’époque franquiste.[2]

A ma connaissance, c’est la première fois dans l’histoire qu’une citoyenne française est extradée sous l’accusation de “terrorisme”. Et il a fallu un ministre socialiste pour en arriver là. Ce que Sarkozy n’avait pas osé, Valls l’a fait !

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* On lira avec profit la tribune libre publiée dans « Le Monde » en 2011 par Matthieu Bonduelle, secrétaire général du Syndicat de la magistrature, et Patrick Henriot, secrétaire national du Syndicat de la magistrature.

[1] Arrêtée à 16 heures dans son village, à Mauléon, elle a été livrée aux Espagnols à la frontière, à Biriatou, à 20 h 45.

[2] Elle risque jusqu’à 12 ans de prison selon la loi espagnole pour un délit dont elle est innocente en France.

Des lendemains qui ne chantent pas

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                                                   Le paradoxe de cette élection présidentielle est qu’elle défie tous les pronostics. Non pas ceux des instituts de sondage certes, mais assurément ceux des analystes politiques. Depuis plus de deux ans, toutes les élections en Europe ont vu la déroute des partis socio-démocrates et le succès des partis de droite, au point que le Conseil de l’Union Européenne, qui regroupe les ministres des gouvernements des 27 pays membres, est dominé aux 2/3 par les partis conservateurs. Hors de l’Eglise de droite, point de salut ! Sous la férule des marchés boursiers, l’austérité est la seule vérité consacrée.

Et pourtant, on sait que cette politique réactionnaire qui vise à faire payer  à ses victimes tout le prix de la crise, mène droit à la récession :  les licenciements et le chômage augmentent, la consommation et les rentrées fiscales diminuent, la dette s’accroît irrémédiablement au point de devenir insupportable. Et les partis d’extrême-droite s’engraissent de la misère du peuple partout en Europe.

La France, à contre-courant, vient d’élire un président de gauche, au grand dam des tories anglais et des chrétiens-démocrates allemands qui avaient soutenu Sarkozy jusqu’à l’agonie, comme la corde soutient le pendu. Mais la France ne peut être seule longtemps contre le reste de l’Europe. Il va falloir faire preuve de pragmatisme. Tout le monde sait que la survie d’un gouvernement, quoi qu’en dise MELENCHON quand il rêve à la révolution, est liée à la faculté d’emprunter sur les marchés aux taux les plus bas pour empêcher la dette de croître de façon exponentielle. Au 3° trimestre 2011, selon l’INSEE, elle représentait environ 1700 milliards d’euros, soit 85% du PIB., c’est à dire 20% du PIB en sus en 4 ans, depuis la fin de l’année 2007 ! Tant que la croissance économique ne sera pas repartie, il n’y a aucune chance pour que ce ratio puisse baisser. Encore faut-il qu’il n’augmente plus !

Or la situation ne peut s’améliorer que si on va vers une Europe démocratique et fédérale, contrairement à tous les discours de la droite – et bien sûr de l’extrême-droite nationaliste – qui ne parlent que de “frontières” et de repli national quand il faudrait plus de solidarité : tant que le ridicule budget européen ne permettra que d’engraisser des fonctionnaires et des technocrates pour pondre des circulaires dignes de COURTELINE, il y a peu de chances que nous construisions notre avenir commun1. Qui va-t-on convaincre que ce sont toujours les mêmes qui doivent être sacrifiés sur l’autel de la “compétitivité” ? La révolte de la Grèce qui vient de diviser par deux les suffrages accordés aux deux principaux partis de droite (“Nouvelle Démocratie”) et de gauche (“PASOK”) a montré les limites du “pacte budgétaire” imposé par l’ex-tandem MERKOZY. Il va falloir revoir sa copie si on ne veut pas que la Grèce dépose son bilan et quitte l’Europe, que la France – créancière en l’occurrence – y aggrave sa dette d’autant, et que l’euro soit battu en brèche par les spéculateurs.

Le temps presse. HOLLANDE sera-t-il l’homme de la situation ? Pourra-t-il résister aux pressions du patronat qui avait gardé dans ses tiroirs des charrettes de licenciements jusqu’à l’issue des élections. On saura ça au mois de juin, après les législatives. Il ne fait pas de doute que, si la gauche ne l’emportait pas, on se retrouverait à la merci de la coalition de toute la réaction européenne qui exige, d’ores et déjà, qu’on abroge la législation sur le calcul du temps de travail et les indemnités de licenciement, comme l’avait promis SARKOZY dans son programme. On voit que la marge de manœuvre est étroite. Si HOLLANDE et le PS parviennent à retourner la situation, ils sont au pouvoir pour 10 ans. Dans le cas contraire, préparez-vous à la castagne : « Le ventre est encore fécond, d’où a surgi la bête immonde. » (Bertolt BRECHT).

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“L’Aube Dorée”, parti néo-nazi, vient d’obtenir 21 députés dimanche 6 mai à la “VOULI” (Assemblée nationale grecque)

(à gauche Hitler, à droite Rudolf HESS. La légende dit :”62 ans après…)

TOUT UN PROGRAMME !

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1 De ce point de vue, je ne comprends pas qu’il y ait encore un parti socialiste français. Il devrait y avoir un parti socialiste européen, avec un même programme, quitte à ce qu’il soit organisé sur le mode fédéral ! Demandez donc au patronat : ces histoires de frontières le font bien rigoler…