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Referendum, plébiscite : non merci !

Deux consultations populaires ont eu lieu dimanche dernier, l’une en Colombie, l’autre en Hongrie. Et en France, de nombreux politiciens de droite ou d’extrême-droite nous promettent désormais le recours au referendum… comme si c’était le nec plus ultra de la démocratie ! Minute, papillon…

L’hypothèse est séduisante : c’est le « peuple » qui décide, comme dans la Rome antique, où le « plébiscite » permettait à la plèbe, sur la sollicitation des tribuns de la plèbe, d’imposer une loi. Il y aurait beaucoup à dire sur le prétendu idéal démocratique de Rome, mais ce n’est pas notre sujet ! En tout cas, tout au long de l’histoire, à quelques exceptions près, les referendums ou les plébiscites ont presque toujours trompé les électeurs à partir de malentendus : JAMAIS les électeurs ne répondent à la question posée, mais TOUJOURS aux sous-entendus inconsciemment (ou sciemment) cachés derrière !

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Campagne pour le NON en Colombie

Voyons d’abord ce qui s’est passé en Colombie : dimanche, les Colombiens ont refusé (50.28% de NON) l’accord de paix enfin signé entre le gouvernement du Président Juan-Manuel SANTOS et les FARC (guérilleros) de Timoléon JIMENEZ, dit « Timochenko ». Comment le « peuple », après plus de 50 ans de guérilla, d’enlèvements et de massacres commis tantôt par la guérilla, tantôt par l’armée colombienne ou par les « escadrons de la mort » qui lui servaient de supplétifs, a-t-il pu prendre une telle décision, quasiment suicidaire ? La réponse est évidente : les citoyens colombiens qui ne sont pas plus stupides que les Hongrois ou les Français, n’ont pas répondu à la question posée, mais à d’autres ! Les uns ont voulu voter contre le gouvernement du Président Santos : celui-ci a consacré tout son temps et son énergie aux négociations avec les FARC pour sortir de la guerre civile, et les problèmes sociaux du pays sont restés en plan… SANTOS est au plus bas dans les sondages, ce qui peut paraître paradoxal, quand l’ancien président, Alvaro URIBE, le leader de la droite extrême qui appelait à voter NON, et qui a soutenu inconditionnellement l’armée et la guerre à outrance, pavoise avec 2/3 d’opinions favorables… Ce monsieur trouve qu’on fait la part trop belle aux « rebelles » dans le compromis signé : les FARC vont devenir un parti politique comme les autres, et les rebelles ne seront jamais jugés ni condamnés, sauf s’ils ont commis des « crimes de guerre ». Mais les officiers de l’Armée régulière eux aussi, sans parler des tueurs des milices, n’ont pas tous les mains propres : peut-être ces braves gens ont-ils du souci à se faire puisqu’avec la paix, ils seraient eux aussi exposés aux enquêtes judiciaires « régulières »… Faut-il rappeler que, si les FARC ont commis des enlèvements et des séquestrations – on se rappelle l’affaire BETANCOURT – la plupart des assassinats commis par l’autre bord ont visé des syndicalistes, en particulier des ouvriers agricoles ? Vous croyez que la bourgeoisie latifundiaire va approuver un traité de paix qui promet une « réforme agraire » sans cesse remise aux calendes grecques ? Faut-il rappeler qu’URIBE, lorsqu’il était au pouvoir, a, en tant que chef des armées, avec le même SANTOS comme ministre de la défense, versé des primes aux officiers, pour chaque rebelle abattu : c’est ce qui a provoqué le scandale des « falsos positivos », les « faux positifs », c’est-à-dire des assassinats d’adversaires politiques ou de pauvres bougres maquillés en guérilleros.  L’armée annonçait des « bilans flatteurs » et les officiers empochaient le prix du sang. Vous croyez que les militaires colombiens, et la droite qui leur lèche les bottes, vont approuver un traité de paix qui risque de les traîner devant les tribunaux  (plus d’un millier d’enquêtes en cours, plus de deux milliers de disparitions ou d’assassinats inexpliqués) ?

Et voilà comment un « referendum » aboutit à un vote absurde : une majorité de citoyens colombiens ont voté CONTRE LA PAIX, sans même savoir de quoi sera fait demain !

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Viktor ORBAN, premier ministre hongrois

Voyons, d’autre part, ce qui s’est passé en Hongrie : « Voulez-vous que l’Union européenne décrète une relocalisation coercitive de citoyens non hongrois en Hongrie, sans l’approbation du Parlement hongrois ? », demandait benoîtement le gouvernement Fidesz (populiste et ultra-conservateur) de Victor ORBAN. L’objet du débat ne concernait qu’environ 1300 réfugiés prévus en Hongrie ; mais ORBAN, soutenu à grands cris par le parti fasciste Jobbik (15 à 20% de l’électorat quand même !) prétendait qu’il s’agissait de « musulmans, donc de terroristes en puissance ». Mieux : depuis le 16 septembre et la réunion des 27 pays européens à Bratislava, ce projet européen de répartir les réfugiés et les migrants dans les différents pays, a été effacé des tablettes… Mais il fallait maintenir ce plébiscite pour conforter une popularité en déclin : quel meilleur remède, à notre époque que de cogner sur l’Europe ? Résultat des courses : 99% de NON. Un triomphe césarien pour ORBAN ? Hélas, pour respecter la constitution hongroise il fallait plus de 50% de votants pour que le vote soit validé. Pas de pot : on n’a même pas atteint 40% ! Sans compter, à Budapest même, 11 % de bulletins nuls (un parti de « comiques » – le « parti du chien à 2 queues » – avait appelé à déposer de faux-bulletins dans l’urne). Malgré une propagande gouvernementale coûteuse (environ 50 millions d’€) la plupart des citoyens hongrois, dont une bonne partie des électeurs du Fidesz, qui n’ont JAMAIS vu un immigré, ne sont pas allés voter… Et l’opposition libérale ou de gauche avait appelé à boycotter ce plébiscite. Qu’à cela ne tienne : ORBAN, sans sourciller, annonce qu’il va changer la constitution ! Il ne lui reste plus qu’à prier pour que l’Europe accepte qu’on puisse adhérer à l’UE à la carte : telle décision me convient, je suis européen, telle autre ne me convient pas, je suis contre l’Europe ! En somme, ORBAN veut le beurre et l’argent du beurre. Ça devrait donner des idées à Mrs Theresa MAY et aux « Brexiters » anglais ! Conclusion : voilà un pseudo-referendum où on a posé une fausse question aux citoyens hongrois. Etre pour ou contre l’immigration, c’est comme être pour ou contre le réchauffement climatique : c’est juste bon pour faire causer les piliers de bistrot un jour où ils sont éméchés. Mais c’est le fond de commerce de la droite et de l’extrême-droite en France comme en Hongrie.

Et voilà comment un « referendum » aboutit à un vote absurde : une majorité de citoyens hongrois n’a PAS VOTE, malgré le bourrage de crâne, et personne ne sait de quoi sera fait demain !

Au cas où vous auriez des doutes, et que vous persistiez à penser que le summum de la démocratie, c’est de répondre à une simple question par OUI ou par NON, je vous invite à méditer les leçons du passé :

  • En 1934, HITLER obtient le cumul de la présidence et de la chancellerie allemande, tout en gardant le titre de « Führer » : 95% de OUI ! Est-ce à dire que 95% du peuple allemand était nazi ? Evidemment non. La peur qui régnait, après les exactions commises par les SS et les SA depuis 1933, avait dissuadé les opposants de se manifester…
  • En France, le plébiscite est une invention du Bonapartisme (1799, après le coup d’état du 18 Brumaire ; 1802, Consulat à vie ; 1804, Premier Empire ; 1851, après le coup d’état du 2 décembre ; 1852, Second Empire). Est-ce à dire que l’Empire était un modèle de démocratie ? Evidemment non. Mais les Républicains, pourchassés, n’avaient guère voix au chapitre…

Limitons-nous cependant à des exemples français récents (je vous fais donc grâce du récent referendum britannique dont on reparlera un autre jour) :

  • 1313396-charles_de_gaulleLe referendum de 1962 qui a décidé de l’élection au suffrage universel du Président de la République – sans passer par un vote préalable du parlement comme l’exigeait l’article 89 de la constitution – était-il la « voie la plus démocratique » pour modifier la Constitution, comme l’affirma de Gaulle ? 62% des électeurs l’approuvèrent et tous les partis – sauf les Gaullistes – furent laminés aux élections législatives qui suivirent. Si l’on songe aux conséquences d’un tel vote qui pèse aujourd’hui plus que jamais sur la vie démocratique de notre pays, on aurait sans doute bien fait d’y regarder à deux fois ! Mais les Français avaient autre chose en tête : de Gaulle venait d’échapper miraculeusement à l’attentat du Petit-Clamart, et la guerre d’Algérie de se clore par l’indépendance de ce pays, après des milliers de morts. De Gaulle menaçait de rentrer à Colombey-les-deux Eglises s’il était désavoué (ce qu’il fera d’ailleurs, après le referendum de 1969) : les Français n’ont alors pas voté pour ou contre la modification de la constitution, mais pour ou contre le maintien au pouvoir du Général. Il faut dire que le seul exemple d’élection d’un président de la République au suffrage universel avait laissé un souvenir amer : en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte avait été élu, et s’était empressé de faire un coup d’état pour congédier ladite République !
  • Le referendum de 2005 qui a refusé la constitution européenne – autre exemple de trompe-couillon, si l’on me permet l’expression – est un plébiscite du même acabit. Je me souviens des cris horrifiés de mes amis quand je leur ai dit que j’avais voté OUI… « Comment ? toi ? un referendum convoqué par Chirac ? Tu veux vraiment garder RAFFARIN comme premier ministre ?… » Même à gauche, de bonnes âmes appelaient à voter NON, prétendant que c’était le meilleur moyen de « reconstruire » l’Europe sur des bases saines, qu’on allait ainsi signer de nouveaux traités, et blablabla… Vous n’avez pas oublié les discours de Mélenchon et de Fabius, curieusement alliés, comme l’aveugle et le paralytique ? Mais dans ce « cartel des NON », pour reprendre une formule du « grand Charles » à qui il ne déplaisait pas d’être seul contre tous, il y avait aussi, parmi les 55% de Français qui votèrent NON, toute la droite souverainiste et l’extrême-droite nationaliste, traditionnellement et viscéralement opposées à l’Union Européenne : un détail . Bref, moi, comme
    un enfant de chœur, j’avais voté en répondant à la question poséesarkozy ! J’étais convaincu qu’un refus paralyserait la construction européenne pour longtemps. C’est bien ce qui s’est passé ! C’est ce qui se passe encore, puisque « bouffer de l’Europe » est au menu de la plupart des partis conservateurs européens, et pas seulement des Tories anglais. Et je ne parle pas des partis dits « populistes », ou de ceux qui sont ouvertement fascistes, voire pis* ! Bref, j’étais bien le seul. Personne n’avait lu le projet de constitution, et tout le monde s’en foutait. A peine élu président, SARKOZY a réglé la question avec son cynisme habituel, en concoctant en 2008 le fameux
    traité de Lisbonne, qui s’asseyait sur le vote référendaire, « voie la plus démocratique » selon le catéchisme gaulliste !

Aujourd’hui, tous les candidats à la présidentielle à droite et à l’extrême-droite, c’est-à-dire ceux parmi lesquels – hélas ! – figure sans doute le prochain Président de la République, nous promettent dans leur programme des referendums à tout va… On n’a pas fini de jouer à trompe-couillon !

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*Il existe en Europe des partis qui se réclament ouvertement du Nazisme, comme « Aube Dorée » en Grèce ou le « Jobbik » en Hongrie : on n’est pas sorti de l’auberge !

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LA GAUCHE PEUT MOURIR…

FRANCE-VOTE-DEPARTEMENTALES-PSLa Gauche peut mourir. Ça n’empêchera pas le crétinisme et l’opportunisme politique de prospérer. Du moins,  Cambadélis, comme Ponce-Pilate, s’en lavera les mains. En décidant de retirer leur liste de candidats dans le Nord et en Provence, les socialistes ont fait le choix de laisser la droite et l’extrême-droite se débrouiller entre elles. De toute façon, il n’y a plus de différence essentielle entre un Xavier BERTRAND ou un Christian ESTROSI et la plupart des électeurs du Front National, à l’exception peut-être des fascistes purs et durs, ceux qui défilent le bras levé en rangers et blouson noir, organisent des ratonnades contre tous nos compatriotes qui n’auraient pas la peau blanche ou ne seraient pas hétérosexuels…

Entre deux maux, il faut choisir le moindre. La tactique vise sans doute à sauver la face : la gauche ne portera pas le chapeau du succès des deux filles LE PEN® – je veux dire fille et petite-fille de LE PEN®, compagnon de route des miliciens des années 40, des tueurs de l’OAS et des généraux putschistes d’Algérie1. La droite, comme si elle en était devenue gâteuse, n’a cessé de répéter que ce n’était pas sa faute, que c’était la gauche qui était responsable de la montée du FN : elle est désormais seule face à ses responsabilités. Et elle va probablement perdre.

Par un heureux hasard, j’habite une région où la gauche va l’emporter. Je n’aurai pas de problème de conscience. Mais il est évident que si je devais choisir entre une LE PEN et un ESTROSI ou un BERTRAND, je voterais blanc. On ne choisit pas entre la peste et le choléra. On nous a fait le coup en 2002, avec CHIRAC. On a vu le résultat : « je les ai bien baisés« , s’est félicité le président d’alors. Encore était-il républicain. Je ne peux l’affirmer pour les deux sus-nommés.

Et puis, il n’est pas sans intérêt pour les naïfs que l’extrême-droite fasse la preuve de son incompétence : à la tête d’une région dont les pouvoirs sont limités – pas de pouvoir sur la fiscalité, sur la police ni sur la justice -, elle fera moins de tort qu’à l’assemblée nationale… On va vite comprendre que quelques braillards avinés et leur troupeau de moutons de Panurge, c’est le suicide politique assuré2. Cambadélis aurait-il la malice de Panurge3 ?

Il fait surtout la démonstration que la gauche peut disparaître. A l’heure où, partout en Europe, les partis dits « populistes », en réalité fascisants, sont aux portes du pouvoir, les calculs de boutiquiers des Verts ou du Front de Gauche sont hors de saison. A l’heure où des fascistes islamistes, pourtant citoyens français et non pas immigrés, comme le prétendent les crétins d’extrême-droite, sont prêts à se faire exploser après avoir assassiné le plus grand nombre possible de leurs compatriotes, il n’est plus temps de tergiverser. Ce n’est pas de lois d’exception dont nous avons besoin, comme la « déchéance de nationalité » qui va créer des Français de second ordre4, mais d’un mouvement de fond pour défendre les principes républicains que la droite comme l’extrême-droite sont près de jeter aux orties.

Dans ces conditions, continuer à maintenir sous perfusion un parti moribond – je parle du PCF – ou à rêver d’un « Parti de Gauche » excluant les Socialistes – Mélenchon, quand bien même il est un orateur de talent, est d’une myopie politique ahurissante5 –, tout cela relève de la politique de Gribouille. La leçon de 2002 n’a-t-elle pas suffi6 ? Si les écologistes et les communistes avaient fait liste commune avec toute la gauche, – on ne prétend pas faire « chambre à part » quand il y a le feu à la maison commune – le Nord et la Provence ne seraient pas sur le point de se donner aux héritières des assassins de Vichy et d’Alger !

Si on veut régénérer la gauche, qui en a bien besoin, ce n’est pas en lui administrant une saignée supplémentaire (comme Diafoirus : « saignare… purgare…♫ « ), qu’on va lui redonner la santé. Elle peut ne pas en réchapper. La preuve aujourd’hui ! Les seuls qui danseront la gigue sur le cercueil, ce sont les intégristes religieux de toute obédience, et les populistes ou les mongoliens qui pensent que l’air sera plus respirable quand ils auront claquemuré toutes les portes de la maison, et qu’on bouffera tous des rutabagas!

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(1) Faut-il rappeler qu’il n’y a pas si longtemps siégeaient au bureau national du FN d’anciens miliciens dont le co-fondateur du parti François BRIGNEAU, et que LE PEN lieutenant au 1° REP pendant la guerre d’Algérie a participé à bien des exactions de l’armée française.

(2) « Soudain, je ne sais comment cela se produisit, je n’eus pas le loisir de le considérer, Panurge, sans dire autre chose, jette en pleine mer son mouton criant et bêlant. Tous les autres moutons criant et bêlant sur le même ton commencèrent à se jeter et à sauter dans la mer tous à la file » (Rabelais, Quart Livre, Chapitre VIII)

(3) — J’en ai eu pour mon argent, répondit Panurge à Frère Jean des Entommeures qui lui reprochait d’avoir payé trop cher la démonstration !

(4) A partir du moment où on fait une ségrégation entre les « Français de souche » (lubie d’extrême-droite) et les bi-nationaux (de parents maghrébins en majorité) pour réserver à ces derniers une éventuelle déchéance, on renie les principes du droit du sol, et on fait le lit de l’extrême-droite !

(5) Si j’étais cruel, je rappellerais les émotions de groupie de Mélenchon à propos de CHAVEZQue reste-t-il aujourd’hui de la fameuse « révolution bolivarienne » une fois que les subsides du pétrole vénézuélien ont été gaspillés ?

(6) A l’époque, Christiane TAUBIRA et Jean-Pierre CHEVENEMENT avaient capté les voix qui avaient manqué à JOSPIN pour être présent au second tour. Nous ont-ils assez bassiné avec leur souci de « témoigner » pour l’avenir ? Que reste-t-il aujourd’hui du Parti Radical-Socialiste et du Mouvement Citoyen ? Il vaut mieux en rire qu’en pleurer…

Italian_Social_Movement_logo_(1972-95)logo-fnLe Front National héritier du mouvement fasciste, comme en témoigne évidemment son sigle de façon irréfutable

La Suisse ouvre la voie et ferme la porte

Quand on sait ce qu’on sait, quand on voit ce qu’on voit, on a raison de penser ce qu’on pense (proverbe suisse).

suisse1J’ai été pris d’un fou rire nerveux, quand j’ai appris que la « votation » helvète avait donné la majorité au parti xénophobe – l’UDC est l’ersatz confédéral du Front National – pour bouter l’étranger hors de la Confédération Helvétique (50.3%). Comme disait déjà  il y a plus de deux siècles, un célèbre « frontalier » de FERNEY, Voltaire, qui connaissait bien ses voisins suisses : « La moitié de la Suisse est l’enfer, et l’autre moitié le paradis« .[1] Pourtant presque tout le monde était contre cette fichue votation : les patrons, les syndicats, la droite, la gauche. Mais « l’invasion des immigrés », c’est la ruée des pauvres qui viennent polluer les rives du lac de Genève, ce n’est quand même pas celle des honnêtes Français travailleurs frontaliers ! Non? Ben si ! Ça fait tout drôle de se retrouver dans le rôle du métèque, pas vrai Marine ? Hier, quand l’UDC faisait campagne lors d’une autre votation victorieuse contre « l’invasion des minarets », tous les débiles franchouillards d’extrême-droite applaudissaient à tout rompre et donnaient la Suisse en exemple. Tiens, on les entend pas aujourd’hui, les cons… On est toujours le bougnoule de quelqu’un, pas vrai Marine ?

618501-a-woman-walks-past-two-immigration-campaign-posters-in-lausanne« Y’a un pays qui est bien, c’est la Suisse. C’est propre la Suisse. On peut pas  attraper de maladie! On peut attraper que des médicaments », prétendait Coluche. Pas si sûr, on peut y être aussi contaminé par le virus de la connerie. Cette décision qui est parfaitement démocratique va en effet non seulement menacer l’emploi de nos concitoyens qui travaillent en Suisse, mais va aussi flanquer par terre TOUS les accords bilatéraux qui liaient la Suisse aux 28 pays de l’Union Européenne. En effet, ces accords négociés depuis 1999 étaient liés à la « liberté de circulation de la main-d’œuvre » entre la Suisse et les autres pays d’Europe ; ils deviennent donc caducs !

affiche-udcPoint d’argent, point de Suisse », disait déjà Racine il y a plus de trois siècles[2]. Les patrons helvètes se font évidemment du souci, puisque les 3/4 de leurs exportations se font en Europe, et ne bénéficieront plus du libre-échange naguère automatique. Inversement, les étrangers « immigrés » auront intérêt à ne pas contrarier leur patron suisse, car s’ils sont virés, il leur faudra désormais être admis dans les nouveaux « quotas » pour pouvoir prétendre retrouver un job ; et à une condition : qu’aucun petit Suisse ne soit sur les rangs, puisque c’est désormais « la préférence nationale » qui sera la règle. Bref, tout ce dont rêve le Front National – en finir avec l’Europe et l’immigration – et que les petits veinards de l’UDC – de soi-disant « centristes », sans doute parce qu’ils confondent leur pays avec le nombril du monde – viennent d’obtenir du vote populaire malgré un taux de chômage de… 3%.

n-TOUS-A-POIL-large300« On ne guérit pas un malade qui se croit en santé » (proverbe suisse). Ne soyons pas injustes. L’UMP française, dont la principale préoccupation est de coller au cul de l’extrême-droite, s’est empressée d’approuver, par la voix du dénommé Fillon (« Courage fuyons ! ») ladite votation. Quant à Copé, le président, il est tellement occupé à inventer des conneries pour rivaliser avec la « manif pour tous » et les mensonges haineux des prosélytes du refoulement sexuel, qu’il n’a pas encore compris qu’il va se retrouver « à poil » s’il continue à courir derrière Marine LE PEN !

 » Il faut bien des pelletées de terre pour enterrer la vérité » (proverbe suisse).

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[1] Voltaire, lettre à James Mariott

[2] Jean Racine, Les plaideurs

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Mise à jour du 11 février 2014 : Marine Le Pen a appelé dans la matinée sur Europe 1 le gouvernement français à suivre l’exemple des Suisses, qui ont fait «preuve de beaucoup de bon sens». «J’aimerais bien qu’on les suive d’ailleurs et je pense que s’il y avait un référendum en France sur ce même sujet, les Français voteraient très largement pour l’arrêt de l’immigration de masse», a-t-elle ajouté. «Il ne s’agit pas de mettre un mur, il s’agit d’avoir une porte. On l’ouvre ou on la ferme selon son intérêt, selon l’intérêt du peuple», a-t-elle assuré, «ça s’appelle la souveraineté». Elle est encore plus suicidaire que je ne pensais… Amis Belfortains, Jurassiens ou Savoyards « frontaliers », si vous votiez FN, c’est bien fait pour vous ! Vous avez ce que vous méritez ! Soit dit en passant, il va falloir que je réclame des droits d’auteur : « la porte fermée« , c’est du « copier-coller » ou je ne m’y connais pas, mais comme disait son incollable père, « on préfère toujours l’original à la copie » ! LOL, comme disent les gamins d’aujourd’hui…

Les ligues fascistes, 80 ans après !

imageimage« Vive le roi, on se fout des lois ! », « Travail, Famille, Patrie ! », « Juifs hors de France ! », « journalistes collabos ! » Vous n’y êtes pas. Non, nous ne sommes pas en 1934 !

 

 

1797555_1419297488309604_1868373887_nTout ce que notre pays compte de sexistes, d’intégristes, de fascistes, de royalistes, de racistes, bref de crétins obscurantistes, s’était donné rendez-vous le dimanche 26 janvier à PARIS, après la messe, pour s’époumoner à gueuler des slogans, non seulement contre le gouvernement, mais aussi contre la République qu’ils vouent à l’enfer. Ces braves gens avaient d’ailleurs choisi le « DIES IRAE » (« jour de colère »), l’hymne catholique évoquant, dans les messes de Requiem, le « jugement dernier » comme mot d’ordre de ralliement. Ah ! Quel rêve ! Revenir 80 ans en arrière !

imageHuit jours avant, une partie de ces pieux concitoyens avaient manifesté, avec la bénédiction de François – le pape, pas le président – contre la loi autorisant l’IVG (17 janvier 1975) et pour le soutien du gouvernement… espagnol qui vient de retourner aux sources du Franquisme, en déposant un projet de loi qui supprime purement et simplement le droit à l’avortement. Ah ! Quel rêve ! Revenir 40 ans en arrière !

Huit jours après, ils remettent le couvert : comme la loi instaurant « le mariageimage pour tous » a été votée, et que, malgré leurs vociférations réclamant la « destitution de Hollande », ils ont peu de chances d’obtenir que les homosexuels soient brûlés sur les bûchers de la très sainte Inquisition, ils amusent la galerie avec leurs fantasmes sur « la théorie du genre », la « gestation pour autrui », la prétendue politique antifamiliale du gouvernement. Aujourd’hui ils triomphent : le projet de loi sur la famille vient d’être repoussé aux calendes grecques ! Ah ! Quel rêve ! Revenir un siècle en arrière ! Revenir enfin à l’époque où l’école laïque, « l’école du diable », n’enseignait pas l’esprit critique, et où l’éducation se faisait au catéchisme – pour nos chères petites têtes blondes –, et à la médersa – pour les basanés des colonies …

Depuis des semaines, avec l’aide du « buzz » sur Internet que tous les réactionnaires ont investi à défaut de pouvoir imposer leurs obsessions par un vote démocratique, avec le soutien de commentateurs incultes ou faux-culs dans la presse de droite et à la télévision, on nous a bassinés avec une prétendue « théorie du genre » qui n’existe pas, et n’a jamais existé ! Le terme a été utilisé par des universitaires américains (« gender studies ») pour désigner ce qui ne relève pas stricto sensu de la biologie – l’inné –, mais bien souvent de l’éducation – l’acquis. C’est pourquoi, plutôt que de différences « sexuelles », ils ont préféré parler de « genres », comme en grammaire (genre masculin, féminin, voire neutre pour certaines langues). Bref, tous ces agités du bocal, qui n’ont pas lu de livre depuis qu’ils ont quitté l’école, viennent tout juste de découvrir que jouer aux cowboys, pour les petits garçons, n’est pas une affaire de quéquette, ni un problème de clitoris pour les petites filles,   de jouer à la poupée ! On me pardonnera une fois encore, de jouer au vieux con : Elena GIANINI BELOTTI, l’une des animatrices de l’école Montessori en Italie, a écrit « du côté des petites filles » en 1973 ! Elle y démontrait que l’idéologie dominante confortait les préjugés sexistes existant dans l’éducation, et maintenait les filles dans une attitude de soumission à la tradition patriarcale. J’ai lu moi-même cet essai, publié en français aux « Editions des Femmes », il y a quarante ans ! Et je ne parle pas du « Deuxième Sexe » de Simone de Beauvoir, publié en 1949, que nous avions tous déjà lu : « On ne naît pas femme, on le devient », avait écrit celle-ci avec humour. Mais ces gens-là doivent supposer que l’humour est une invention diabolique des hérétiques anglo-saxons…

Car le fond du problème est bien là. Revenir sur plus d’un siècle d’émancipation des femmes, revenir à l’ordre patriarcal où la femme n’est pas l’égale de l’homme, mais ne lui est que « complémentaire »[1], pour la plus grande gloire de Dieu dans les siècles des siècles Amen ! Ainsi s’explique leur haine des homosexuels qui ne désirent pas reproduire le modèle familial avec « papa et maman », la propagande forcenée contre toute tentative d’ouvrir les yeux sur les stéréotypes sexistes à l’école ( ABCD de l’égalité). Et ces braves gens sont assez crédules pour avaler les pires âneries qui font même rire les Belges : n’a-t-on pas dit que les instituteurs – à l’école laïque, évidemment – allaient apprendre aux enfants de C.P. à se masturber ? D’ici peu de temps, si l’on en juge par l’alliance qui s’est nouée, à l’occasion de ces manifestations, entre intégristes catholiques et musulmans, l’école laïque ne sera plus menacée seulement par les barbus salafistes mais aussi par tous les calotins, qu’ils brandissent la croix ou le croissant, voire l’étoile de David. A ce moment-là l’éducation sexuelle sera proscrite, les cours de biologie passeront sous silence la contraception, les filles viendront suivre les cours d’éducation physique avec des survêtements à capuche, on rétablira les blouses roses les semaines A et bleues les semaines B, on reviendra au mur séparant l’école des filles et l’école des garçons… Tout comme quand j’étais gosse ! Et les curés ensoutanés monteront en chaire le dimanche pour vous dire pour qui il faut voter. Tout comme quand j’étais gosse !

Vous pourrez dire ce que vous voudrez, mais quand la droite, prétendument « républicaine », colle au cul de tous ces énergumènes qui ne rêvent que d’abattre « la gueuse »[2], et que ses députés défilent avec eux, ceints de l’écharpe tricolore,  c’est qu’il y a quelque chose de pourri dans notre pays. Mais que des jeunes filles de 20 ans descendent dans la rue, déguisées en Marianne, pour revendiquer le retour à la soumission et à l’ordre patriarcal, ça me dépasse. Ôtez-moi d’un doute : serais-je devenu un vieux con ?


[1] Même la nouvelle constitution tunisienne votée par des députés en grande majorité islamistes (Ennhahda) a consacré le principe absolu de l’égalité entre hommes et femmes. C’est dire si la « manif pour tous » est progressiste !

[2] « la gueuse » est le terme méprisant qui désigne la République dans la prose de l’Action Française, journal créé par des antidreyfusards antisémites,  et devenu depuis l’organe de presse des royalistes, sous l’influence de Charles Maurras. « L’Action Française » existe toujours et a eu une influence déterminante dans les manifestations récentes.

La République est le gouvernement des Juifs […] La République est le gouvernement des pédagogues protestants […] La République est le gouvernement des Francs-maçons […] La République est le gouvernement de ces étrangers plus ou moins naturalisés ou métèques […] Charles MAURRAS, L’Action Française n°3, 23 mars 1908.

Le salopard et les charognards

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Cahuzac est donc passé aux aveux. Après la grand-messe qu’il a servie pendant des mois, il a préféré passer à confesse. En général, les enfants de chœur font l’inverse : confiteor, corpus christi, ite missa est. Lui, il a commencé par dévaliser la sacristie, puis il est allé communier, et finalement il a été mis en pénitence. Et en pleine repentance, il a « demandé pardon » au président de la République, au Premier Ministre, à ses ex-collègues ministres, ses électeurs, les citoyennes et les citoyens français, AMEN !

Il y a plus extravagant que ce show à la mode de chez nous pour faire pleurer Margot dans les chaumières. On découvre aujourd’hui, dans un article du « Monde« , que l’ex-ministre avait ouvert ses comptes suisses à l’instigation de copains d’extrême-droite, membres de la famille de son ex-femme ! Vous suivez toujours ? Bref CAHUZAC est un mythomane comme on en a rarement rencontré : il n’est pas très difficile de se faire passer pour un « socialiste » quand on est opportuniste. Mais quand on grenouille avec les fachos du GUD1 , ça devient une performance étonnante que de passer inaperçu, quand bien même les socialos seraient un peu miros ! Surtout quand le premier type qui vous a ouvert la porte de l’Union des Banques Suisses est le dénommé Philippe Péninque, conseiller personnel de Marine LE PEN. C’est peut-être pour ça que le Front National est d’une modération inhabituelle dans ses attaques contre « la gauche ».

Pour le reste, c’est la comédie habituelle : la droite pavoise. Elle a enfin trouvé un soi-disant homme de gauche qui planquait son fric à l’étranger. Ça lui fait chaud au cœur de ne plus être seule à devoir cacher les « maladies honteuses » de ses élus ou de ses copains du patronat. En revanche, les militants de gauche ont la désagréable impression d’avoir été cocufiés : pendant qu’ils se battaient pour la justice sociale, un ministre du budget leur expliquait qu’il fallait « faire des sacrifices », mais se payait des parties de jambe en l’air avec le pognon qui leur était refusé.

Je ne retire pourtant rien de ce que j’ai écrit, même si Mediapart et PLENEL sont fêtés sur les plateaux de télévision par des confrères envieux, pour avoir « abattu un ministre ». Ce journalisme-là, qui repose sur la délation d’indics peu recommandables, n’est pas un modèle. J’ai été journaliste dans mes années de jeunesse : jamais je n’ai rien écrit dont je n’aie apporté la preuve. Il n’y a aucune gloire à tirer des confidences ou de la dénonciation d’un adversaire politique battu ou d’une épouse délaissée. Quand j’étais gosse, mes instituteurs m’ont appris qu’il était méprisable de cafter. Arrivé à l’âge canonique, je n’ai pas retourné ma veste. La seule victoire de la démocratie aujourd’hui, ce n’est pas que la presse ait obtenu la tête d’un tricheur, doublé d’un menteur, et réclame désormais celle de son ministre de tutelle, voire celle du président Rantanplan ; c’est que cette « affaire » a démontré que la séparation des pouvoirs n’est pas un vain mot : l’exécutif n’a plus la haute main sur le judiciaire comme avant 2.

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[1] Groupe Union-Défense : c’est la milice de l’extrême-droite, toutes tendances confondues, à la Fac de Droit de la rue d’Assas à PARIS. Leur principale occupation est de casser la gueule de tout étudiant qui penche un tant soit peu à gauche. De vrais philanthropes !

[2] La droite qui braille haut et fort aujourd’hui devrait, avec un peu de pudeur, se rappeler la belle époque où elle était au pouvoir. L’épisode le plus cocasse a été sans conteste l’histoire de Jacques TOUBON, ancien ministre de la Justice du gouvernement Juppé en 1996. Il avait affrété… un hélicoptère dans l’Himalaya pour rapatrier d’urgence le procureur Laurent DAVENAS qui y faisait du trekking, afin d’annuler la mise en examen de Xavière TIBERI, pour un rapport bidon sur la francophonie payé rubis sur l’ongle 268 954 francs par son copain DUGOIN !

Mélenchon abuse du gros rouge

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Ce n’était peut-être pas une bonne idée pour le « Parti de Gauche » de tenir son congrès à BORDEAUX. Manifestement, d’aucuns, partis de gauche, se sont retrouvés à l’extrême-droite, après avoir pris un coup dans le nez : le risque quand on fréquente les « châteaux » de notre belle région, c’est de finir à quatre pattes à la cave ! En tout cas, le secrétaire national du parti mélenchonnien, un certain Delapierre, avait dû lever le coude plus que de raison, en apostrophant les ministres des finances de l’Eurogroupe : « 17 salopards » ! Et il a ajouté, en levant son verre à la santé de l’un d’entre eux, vivement applaudi par les 800 délégués. » :  « Dans ces 17 salopards, il y a un Français, il a un nom, il a une adresse 1, il s’appelle Pierre Moscovici et il est membre du Parti socialiste »!  Mélenchon a ajouté aux amabilités de son compère que le « salopard » Moscovici, « petit intelligent qui a fait l’ENA », « ne pense pas français, [il] pense finance internationale ».

On sent tout de suite qu’entre ces deux anciens trotskystes il y a quelques vieux comptes à régler. Est-ce parce que Méluche était lambertiste quand Mosco était pabliste ? Est-ce parce que le premier, qui n’a jamais dû sa place qu’à un concours de circonstances, jalouse secrètement le second reçu au concours de l’ENA ?

En tout cas, je m’en voudrais de ne pas les aider à vider leur querelle sémantique avec quelques morceaux choisis qui pourraient aider les « camarades du Front de Gauche » si, prochainement, dans leur  » course de vitesse avec le FN » 2 pour casser du socialo, ils manquaient de munitions. Voici ARAGON, éminent patriote communiste :  » [ils] tomberont aux mains des émeutiers qui les colleront au mur / Feu sur Léon Blum (…)/ Feu sur les ours savants de la social-démocratie ! »  (« Le Front Rouge »,3 novembre 1931, édition française de la revue « Littérature de la Révolution mondiale », publiée à Moscou). Voici MAURRAS, illustre patriote de « l’Action Française », celui qui qualifiait de « divine surprise » l’arrivée au pouvoir de Pétain après l’invasion nazie, et avait dit de Léon Blum : « Voilà un homme à fusiller, mais dans le dos ! »  Quant à « Je suis partout » (1932), torchon antisémite qui s’illustra ensuite dans la collaboration, il écrivait à propos du même BLUM : « Il est par nature aussi indifférent aux intérêts de la France qu’un Japonais peut l’être aux intérêts du Chili « . Pourquoi rappeler les attaques des staliniens et des fascistes contre Léon BLUM ? Parce qu’on y trouvait les mêmes insinuations sordides : Blum était un traître. Pour l’extrême-droite, c’était parce qu’il était juif et qu’il mangeait dans « de la vaisselle d’or ». Pour les communistes, c’était parce qu’il était socialiste, c’est-à-dire « social-traître », « social-flic », etc..

Moscovici est né en France, d’un père roumain et juif. Ça tombe pile pour faire « la course » avec le Front National ! A la bonne vôtre, camarades4 !  ______________________________________________________________

[1] Il n’a même pas donné l’adresse ? Dégonflé !… Comment les bons Français vont faire pour aller lui casser la gueule, au salopard ?

[2] le mot est de Martine BILLARD, co-présidente du Parti de Gauche.

[3] Ce n’est pas le Front de Gauche, mais avouez que ce n’est pas tombé loin…

[4] Je n’ai jamais envisagé de rejoindre un tel parti politique. Mais soit dit en passant aux copains qui le soutiennent encore, de tels propos suffiraient à donner sa démission séance tenante. Quant à l’affaire de Chypre, je renvoie à ce que j’ai déjà écrit sur le sujet… et je note qu’à aucun moment, Mélenchon n’a expliqué ce qu’il fallait faire avant de déclarer le pays en faillite ! Pour faire la révolution, d’ici demain, ça va être un peu court pour un ci-devant paradis fiscal…

LE MATIN DU GRAND SOIR…

Je ne suis pas sûr que ce soit le programme de la droite libérale… et pourtant !

Je ne sais si vous vous rappelez précisément où se situe l’île de Chypre, dans cette région méditerranéenne qu’on appelait naguère « l’Asie Mineure ». Je ne sais si  vous savez que la Grande-Bretagne y a conservé, depuis l’indépendance (1960), deux enclaves qui sont restées colonie britannique avec plus de 4000 soldats sur 10% du territoire ; que depuis 1974, après un coup d’état fomenté par les colonels grecs qui souhaitaient annexer l’île, l’armée turque a envahi 40% du territoire, y amenant sa soldatesque et 120 000 immigrants d’Anatolie, pour une population totale de 1 200 000 habitants. Cette survivance de la lutte séculaire entre la Grèce et l’Empire Ottoman a provoqué de fait la partition du pays de chaque côté d’une « ligne verte ». Dans ces conditions, comment expliquer que ce fantôme de république ait pu accéder à l’Union Européenne en 2004, puis que cet ectoplasme ait adopté l’Euro en 2008, après de vaines tentatives de réunification par l’ONU  ? La réponse est d’une simplicité biblique : les Européens ont fermé les yeux. La Grèce menaçait d’opposer son véto à « l’élargissement de l’Union Européenne » : 9 anciens pays communistes de l’Est devaient adhérer en même temps que Chypre en 2004…

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Depuis, l’île paralysée par cet apartheid entre Grecs et Turcs, n’a dû sa survie qu’à ses combines de paradis fiscal, permettant le blanchiment de l’argent sale de mafieux de tous pays, particulièrement russes, et le libre accès aux circuits financiers européens, sans autre forme de procès. C’est ainsi que les banques chypriotes se sont retrouvées avec des dépôts représentant 8 fois la valeur du PIB de l’île ! Et quand est survenue la crise bancaire, que les obligations grecques ont plombé toutes les banques européennes, celles de Chypre étroitement liées à celles de Grèce et de Grande-Bretagne, se sont retrouvées avec des montagnes de papier sans valeur, et l’Etat tout entier au bord de la faillite.

Que faire ? La commission européenne, avec son efficacité déjà maintes fois éprouvée, n’a cessé de renvoyer la solution aux calendes grecques. Mais il a bien fallu trancher. Une seule alternative : soit prêter à l’Etat fantoche 10 milliards d’euros (il en demandait 17), sous l’égide de la commission européenne, du FMI et des gouvernements de l’union monétaire, et exiger des impôts nouveaux et des coupes sombres dans le budget pour sauver les banques ; soit expulser Chypre de l’union monétaire européenne, revenir à la livre chypriote, laisser les banques faire faillite, et dévaluer la monnaie de moitié, au moins. Dans les deux cas, la crise monétaire pointe à nouveau son nez en Europe. Mais dans le premier cas, les apparences sont sauves : mieux, la morale est préservée, puisque, sans doute sous l’influence du gouvernement allemand qui prétend punir la fraude fiscale, on a décidé d’imposer une taxation de tous les comptes bancaires (de 6.75 à 9.9%), administrant la saignée aux pauvres comme aux riches1.

J’imagine quels hurlements on aurait entendus de ces braves gens si un gouvernement de « partageux », un gouvernement socialiste par exemple, avait proposé une telle mesure ! Ce qui est vertu à droite est un vice à gauche, c’est bien connu. J’ai écouté attentivement hier radios et télévisions : pas un mot de protestation, pas même un soupir d’inquiétude, mis à part les habituels anti-européens (Lepénistes et communistes mélenchoniens). Depuis ce matin, les seuls à s’émouvoir sont les boursicoteurs : où va-t-on si demain un gouvernement peut taper dans la caisse et piquer sans vergogne les éconocroques des petits épargnants ? Depuis 48 heures, les députés chypriotes, pas suicidaires, se font tirer l’oreille avant de voter un tel « plan d’austérité », même si pour les petits portefeuilles, c’est moins douloureux qu’une baisse de 15% des salaires et des retraites. Ensuite, il va falloir faire voter aussi les députés des pays créditeurs : il n’est pas certain que ces messieurs du Bundestag vont avaler cette nouvelle potion du Dr Angela à quelques mois des élections allemandes…

En tout cas, si ça tourne mal en définitive, en ce matin du grand soir, je prends bonne note que des gouvernements de droite, quand il s’agit de sauver leur politique désastreuse en Europe, n’ont pas hésité à exiger la casse de la tirelire des petites gens pour garantir la spéculation éhontée des banques dans un paradis fiscal, clandestinement toléré dans une île européenne ! Ça pourra toujours servir de précédent, si un jour, il prenait l’envie à quelque gauchiste de faire vraiment payer les riches, autrement qu’en chansons !

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[1] Le ministre des Finances britannique a déjà annoncé depuis hier que le Gouvernement de sa Gracieuse Majesté rembourserait les braves fonctionnaires et pioupious qui avaient déposé leurs livres sterling dans les banques chypriotes. Ça lui coûtera moins cher que de mettre la main à la poche pour renflouer les finances de l’Etat chypriote !