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Déjà le début de la fin ?

une-aureole-au-dessus-de-la-tete-jean-marc-ayrault-remet-le_1514850_1200x600La gauche en général – le Parti Socialiste en particulier – vient de payer une avance sur le prix du chantier en cours. Le solde, dimanche prochain, pour le second tour des élections municipales, risque de la mettre sur la paille. Et après les élections européennes en mai, la droite pourra pavoiser, la gauche sera à poil ! Qu’à cela ne tienne, c’est le citoyen qui paiera l’addition.

La personnalité de François HOLLANDE, son leader, n’est sans doute pas faite pour entraîner l’enthousiasme des Français, surtout en période de crise économique. Tenter sans cesse de ménager la chèvre et le chou n’est pas la meilleure façon de montrer le chemin à suivre. Le bonhomme ne manque sans doute pas d’intelligence, mais il a le charisme d’un bonnet de nuit.

Quant au gouvernement, c’est une cour de petits marquis qui rêvent de l’époque de la Fronde : chacun tire à hue et à dia, et le char de l’Etat risque de finir au fossé. Les Barons de Province, qui se croyaient intouchables, vont probablement mordre la poussière les premiers. Pourquoi une telle déroute après moins de deux ans de pouvoir, quand la droite est réélue triomphalement, y compris ses voleurs et ses escrocs1, quand le Front National, avec un programme débile2, est acclamé par une partie de l’électorat populaire qui votait hier encore à gauche ?

On me dira que la période n’est pas favorable à un gouvernement quel qu’il soit, que la hausse continue du chômage et le début de récession en 2013, ne peuvent qu’engendrer l’impopularité. Il n’empêche : il y avait des mesures simples et rapides à prendre. Aucune n’a été prise, toute décision a été pesée au trébuchet des calculs politiques et des susceptibilités patronales : il a fallu plus d’un an pour voter la loi sur « le mariage pour tous » quand le problème aurait dû être réglé en moins d’un mois3. On a remis aux calendes grecques toute réforme fiscale, et bricolé des mesures symboliques4. Hollande et Ayrault ont expliqué benoîtement au peuple qu’il fallait encore se serrer la ceinture, et quémandé l’approbation de la bourgeoisie en lui offrant, pour la nième fois, des allègements de charges sociales sur les salaires des ouvriers : ils y ont gagné la colère du peuple et le mépris de la bourgeoisie. Même pas un mot de remerciement du patronat qui, comme toujours, a empoché la pièce (ce qui est pris n’est plus à prendre), et s’est bien gardé de rendre la monnaie !

Au moins, on aurait pu casser les reins à tous les carriéristes, opportunistes, profiteurs et autres branleurs, en votant d’entrée une loi limitant le cumul des mandats, en nombre et en durée5. On aurait pu ainsi enrayer la perpétuelle dénonciation démagogique des hommes politiques. Etouffer dans l’œuf une révolte dont se pourlèchent les conservateurs et les fascistes. Il n’en a rien été.

Comment s’étonner dans de telles conditions que la gauche, qui avait la majorité dans les communes, les départements, les régions, arrive désormais non seulement derrière la droite revancharde, mais même après les crétins du Front National ? Peut-être est-ce injuste. En 2002 aussi, quand LE PEN était passé devant JOSPIN et avait assuré le triomphe de CHIRAC.

Les cocus, comptez-vous, comme disait mon adjudant de quartier, quand j’étais régulièrement de corvée à l’armée, parce que j’avais le tort à ses yeux d’être un des seuls sursitaires dans mon bataillon de chasseurs alpins !

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[1] l’inoxydable BALKANY à Levallois-Perret, l’entreprenant WOERTH à Chantilly, etc. J’ai cru naïvement, pendant longtemps, que c’était une spécificité des républiques bananières de réélire systématiquement les politiciens les plus corrompus… Hélas, nous y sommes !

[2] Les « gars de la Marine » sont apparemment les seuls à prétendre résoudre la quadrature du cercle : diminuer les impôts et embaucher des flopées de flics municipaux armés jusqu’aux dents, par exemple ! Mais comme le disait justement Marcel PAGNOL dans Marius : « Tout le monde sait bien que c’est dans la Marine qu’il y a le plus de cocus. »

[3] Il ne fallait pas longtemps pour ajouter un seul article au code civil ! (« Art. 143. – Le mariage est contracté par deux personnes de sexe différent ou de même sexe. »)

[4] Ainsi le fameux taux de prélèvement de l’IRPP à 75% ne sera même pas payé par ceux qui empochent le pognon (1 million d’euros par an quand même), mais par leur entreprise : c’est la première fois, à ma connaissance, qu’on fait payer aux actionnaires les impôts des salariés !

[5] Il ne suffit pas de sanctionner les cumulards, il faut aussi empêcher que des parasites passent leur vie entière sous les ors de la République ou les lambris des Mairies, bref en finir avec les rentes de situation, quand le peuple est en train de ramer sur les bancs des galères. Mais comment convaincre des rentiers de se balancer d’eux-mêmes par-dessus bord ?

Les ligues fascistes, 80 ans après !

imageimage« Vive le roi, on se fout des lois ! », « Travail, Famille, Patrie ! », « Juifs hors de France ! », « journalistes collabos ! » Vous n’y êtes pas. Non, nous ne sommes pas en 1934 !

 

 

1797555_1419297488309604_1868373887_nTout ce que notre pays compte de sexistes, d’intégristes, de fascistes, de royalistes, de racistes, bref de crétins obscurantistes, s’était donné rendez-vous le dimanche 26 janvier à PARIS, après la messe, pour s’époumoner à gueuler des slogans, non seulement contre le gouvernement, mais aussi contre la République qu’ils vouent à l’enfer. Ces braves gens avaient d’ailleurs choisi le « DIES IRAE » (« jour de colère »), l’hymne catholique évoquant, dans les messes de Requiem, le « jugement dernier » comme mot d’ordre de ralliement. Ah ! Quel rêve ! Revenir 80 ans en arrière !

imageHuit jours avant, une partie de ces pieux concitoyens avaient manifesté, avec la bénédiction de François – le pape, pas le président – contre la loi autorisant l’IVG (17 janvier 1975) et pour le soutien du gouvernement… espagnol qui vient de retourner aux sources du Franquisme, en déposant un projet de loi qui supprime purement et simplement le droit à l’avortement. Ah ! Quel rêve ! Revenir 40 ans en arrière !

Huit jours après, ils remettent le couvert : comme la loi instaurant « le mariageimage pour tous » a été votée, et que, malgré leurs vociférations réclamant la « destitution de Hollande », ils ont peu de chances d’obtenir que les homosexuels soient brûlés sur les bûchers de la très sainte Inquisition, ils amusent la galerie avec leurs fantasmes sur « la théorie du genre », la « gestation pour autrui », la prétendue politique antifamiliale du gouvernement. Aujourd’hui ils triomphent : le projet de loi sur la famille vient d’être repoussé aux calendes grecques ! Ah ! Quel rêve ! Revenir un siècle en arrière ! Revenir enfin à l’époque où l’école laïque, « l’école du diable », n’enseignait pas l’esprit critique, et où l’éducation se faisait au catéchisme – pour nos chères petites têtes blondes –, et à la médersa – pour les basanés des colonies …

Depuis des semaines, avec l’aide du « buzz » sur Internet que tous les réactionnaires ont investi à défaut de pouvoir imposer leurs obsessions par un vote démocratique, avec le soutien de commentateurs incultes ou faux-culs dans la presse de droite et à la télévision, on nous a bassinés avec une prétendue « théorie du genre » qui n’existe pas, et n’a jamais existé ! Le terme a été utilisé par des universitaires américains (« gender studies ») pour désigner ce qui ne relève pas stricto sensu de la biologie – l’inné –, mais bien souvent de l’éducation – l’acquis. C’est pourquoi, plutôt que de différences « sexuelles », ils ont préféré parler de « genres », comme en grammaire (genre masculin, féminin, voire neutre pour certaines langues). Bref, tous ces agités du bocal, qui n’ont pas lu de livre depuis qu’ils ont quitté l’école, viennent tout juste de découvrir que jouer aux cowboys, pour les petits garçons, n’est pas une affaire de quéquette, ni un problème de clitoris pour les petites filles,   de jouer à la poupée ! On me pardonnera une fois encore, de jouer au vieux con : Elena GIANINI BELOTTI, l’une des animatrices de l’école Montessori en Italie, a écrit « du côté des petites filles » en 1973 ! Elle y démontrait que l’idéologie dominante confortait les préjugés sexistes existant dans l’éducation, et maintenait les filles dans une attitude de soumission à la tradition patriarcale. J’ai lu moi-même cet essai, publié en français aux « Editions des Femmes », il y a quarante ans ! Et je ne parle pas du « Deuxième Sexe » de Simone de Beauvoir, publié en 1949, que nous avions tous déjà lu : « On ne naît pas femme, on le devient », avait écrit celle-ci avec humour. Mais ces gens-là doivent supposer que l’humour est une invention diabolique des hérétiques anglo-saxons…

Car le fond du problème est bien là. Revenir sur plus d’un siècle d’émancipation des femmes, revenir à l’ordre patriarcal où la femme n’est pas l’égale de l’homme, mais ne lui est que « complémentaire »[1], pour la plus grande gloire de Dieu dans les siècles des siècles Amen ! Ainsi s’explique leur haine des homosexuels qui ne désirent pas reproduire le modèle familial avec « papa et maman », la propagande forcenée contre toute tentative d’ouvrir les yeux sur les stéréotypes sexistes à l’école ( ABCD de l’égalité). Et ces braves gens sont assez crédules pour avaler les pires âneries qui font même rire les Belges : n’a-t-on pas dit que les instituteurs – à l’école laïque, évidemment – allaient apprendre aux enfants de C.P. à se masturber ? D’ici peu de temps, si l’on en juge par l’alliance qui s’est nouée, à l’occasion de ces manifestations, entre intégristes catholiques et musulmans, l’école laïque ne sera plus menacée seulement par les barbus salafistes mais aussi par tous les calotins, qu’ils brandissent la croix ou le croissant, voire l’étoile de David. A ce moment-là l’éducation sexuelle sera proscrite, les cours de biologie passeront sous silence la contraception, les filles viendront suivre les cours d’éducation physique avec des survêtements à capuche, on rétablira les blouses roses les semaines A et bleues les semaines B, on reviendra au mur séparant l’école des filles et l’école des garçons… Tout comme quand j’étais gosse ! Et les curés ensoutanés monteront en chaire le dimanche pour vous dire pour qui il faut voter. Tout comme quand j’étais gosse !

Vous pourrez dire ce que vous voudrez, mais quand la droite, prétendument « républicaine », colle au cul de tous ces énergumènes qui ne rêvent que d’abattre « la gueuse »[2], et que ses députés défilent avec eux, ceints de l’écharpe tricolore,  c’est qu’il y a quelque chose de pourri dans notre pays. Mais que des jeunes filles de 20 ans descendent dans la rue, déguisées en Marianne, pour revendiquer le retour à la soumission et à l’ordre patriarcal, ça me dépasse. Ôtez-moi d’un doute : serais-je devenu un vieux con ?


[1] Même la nouvelle constitution tunisienne votée par des députés en grande majorité islamistes (Ennhahda) a consacré le principe absolu de l’égalité entre hommes et femmes. C’est dire si la « manif pour tous » est progressiste !

[2] « la gueuse » est le terme méprisant qui désigne la République dans la prose de l’Action Française, journal créé par des antidreyfusards antisémites,  et devenu depuis l’organe de presse des royalistes, sous l’influence de Charles Maurras. « L’Action Française » existe toujours et a eu une influence déterminante dans les manifestations récentes.

La République est le gouvernement des Juifs […] La République est le gouvernement des pédagogues protestants […] La République est le gouvernement des Francs-maçons […] La République est le gouvernement de ces étrangers plus ou moins naturalisés ou métèques […] Charles MAURRAS, L’Action Française n°3, 23 mars 1908.

Les bricolos n’y vont pas mollo !

justice bricolo

La semaine dernière, la droite, l’extrême-droite et même une partie de la gauche nous bassinaient avec le « problème rom ». Rebelote ce dimanche : socialos versus bricolos ! Je déteste le bricolage, et je hais les dimanches, comme chantait Greco. Je ne suis pas assez débile pour aller passer ma journée dans une grande surface ! Et pourtant, KOCIUZKO-MORIZET qui aspire à la Mairie de PARIS, voudrait voir tout le monde s’y précipiter, jusqu’à minuit si besoin : « les gens ne comprennent pas, par exemple dans le cas de Sephora, que des syndicats censés les aider, ne défendent pas leurs intérêts ».

Les syndicats, voilà l’ennemi ! D’ici les prochaines élections, la droite n’a pas fini de nous casser les pieds avec les arguments les plus éculés. Mais à qui doit-on les lois successives qui ont battu en brèche le code du travail, à coups de dérogations et d’exceptions, et semé la pagaille ? Au gouvernement du petit Nicolas dont faisait partie la jolie Nathalie : c’est la « loi sur le repos dominical » du 22 juillet 2009 qui a introduit un dispositif spécifique dans les zones urbaines de plus d’un million d’habitants, soit Paris, Aix-Marseille et Lille (sauf Lyon) : le « périmètre urbain de consommation exceptionnel » (« Puce »). La droite voudrait généraliser cette dérogation au droit du travail à PARIS, sous prétexte que les touristes le réclament, que ça donne du travail aux étudiants sans le sou, et que ce qui fait marcher le commerce est bon pour la reprise économique… NKM va même jusqu’à dire que la « perfide Albion » qui n’est qu’à 2 heures de TGV, nous taille déjà des croupières ! Est-ce que cette péronnelle va aussi réclamer la suppression du SMIC pour accroître la compétitivité du commerce des Champs-Elysées ?

Si je dis que c’est la législation du travail que la droite voudrait flanquer par terre, c’est que c’est en bonne voie. Que les magasins de meubles ou de jardinage aient été autorisés à ouvrir le dimanche, et pas ceux de bricolage, n’est qu’une des aberrations classiques de l’empilement des textes règlementaires et dérogatoires.  Un premier jugement avait obligé BRICORAMA à fermer le dimanche. Le groupe a donc déposé plainte contre ses concurrents CASTORAMA et LEROY-MERLIN qui continuent à ouvrir en toute illégalité. Et tous ces vertueux défenseurs de la loi, quand elle les arrange, n’ont pas moufté. Au contraire, ils en rajoutent, en concédant tout de même hypocritement qu’il convient de ne requérir que des « salariés volontaires ». C’est bien le moins, puisque c’est une obligation légale ! Personne n’ignore pourtant les moyens de pression dont dispose un patron pour désigner des volontaires. Je me souviens que mon adjudant de quartier, quand il fallait répartir les corvées à l’armée, faisait ça très bien, avec beaucoup d’humour !

Et comme on est en pleine crise économique, les salariés sont les premiers à réclamer de « travailler plus pour gagner plus ». On a déjà entendu ça quelque part, non ? Pauvres naïfs ! Vous croyez qu’on va continuer à vous payer double, dès que le travail dominical tombera dans le droit commun ? Il suffit de constater que la loi – contrairement aux P.U.C.E. – ne prévoit rien de tel pour les « zones touristiques ou thermales » (décidées par arrêté préfectoral sur sollicitation du conseil municipal) :

« l’employeur n’est pas tenu de donner une contrepartie au salarié qui travaille le dimanche, sauf si des conventions ou accords collectifs le prévoient. Contrairement aux pratiques prévues dans les « Puce », le travail le dimanche dans ces secteurs ne s’effectuera pas sur la base du volontariat et les salariés ne bénéficieront pas de contreparties minimales. »

Si la gauche est assez conne pour emboîter le pas, par démagogie, à la droite et à l’extrême-droite, c’est son problème. Mais qu’on ne vienne pas me pleurer dans le gilet quand le Front National tiendra le haut du pavé et plumera la volaille socialiste !

Ah ! J’allais oublier un détail. Savez-vous qui a financé la campagne de mobilisation, « spontanée et indépendante » (ça va de soi !), de tous ces braves salariés qui détestent les syndicats et réclament la « liberté du travail » ? Leurs propres patrons ! M. Castorama et M. Leroy-Merlin ont embauché une agence de publicité (« Les Ateliers Corporate ») pour former, encadrer, conseiller ce « mouvement ouvrier spontané ». Des types qui sont payés par le patron pour s’en prendre aux droits de leurs camarades, ça porte un nom : ça s’appelle des « JAUNES » !

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LE MATIN DU GRAND SOIR…

Je ne suis pas sûr que ce soit le programme de la droite libérale… et pourtant !

Je ne sais si vous vous rappelez précisément où se situe l’île de Chypre, dans cette région méditerranéenne qu’on appelait naguère « l’Asie Mineure ». Je ne sais si  vous savez que la Grande-Bretagne y a conservé, depuis l’indépendance (1960), deux enclaves qui sont restées colonie britannique avec plus de 4000 soldats sur 10% du territoire ; que depuis 1974, après un coup d’état fomenté par les colonels grecs qui souhaitaient annexer l’île, l’armée turque a envahi 40% du territoire, y amenant sa soldatesque et 120 000 immigrants d’Anatolie, pour une population totale de 1 200 000 habitants. Cette survivance de la lutte séculaire entre la Grèce et l’Empire Ottoman a provoqué de fait la partition du pays de chaque côté d’une « ligne verte ». Dans ces conditions, comment expliquer que ce fantôme de république ait pu accéder à l’Union Européenne en 2004, puis que cet ectoplasme ait adopté l’Euro en 2008, après de vaines tentatives de réunification par l’ONU  ? La réponse est d’une simplicité biblique : les Européens ont fermé les yeux. La Grèce menaçait d’opposer son véto à « l’élargissement de l’Union Européenne » : 9 anciens pays communistes de l’Est devaient adhérer en même temps que Chypre en 2004…

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Depuis, l’île paralysée par cet apartheid entre Grecs et Turcs, n’a dû sa survie qu’à ses combines de paradis fiscal, permettant le blanchiment de l’argent sale de mafieux de tous pays, particulièrement russes, et le libre accès aux circuits financiers européens, sans autre forme de procès. C’est ainsi que les banques chypriotes se sont retrouvées avec des dépôts représentant 8 fois la valeur du PIB de l’île ! Et quand est survenue la crise bancaire, que les obligations grecques ont plombé toutes les banques européennes, celles de Chypre étroitement liées à celles de Grèce et de Grande-Bretagne, se sont retrouvées avec des montagnes de papier sans valeur, et l’Etat tout entier au bord de la faillite.

Que faire ? La commission européenne, avec son efficacité déjà maintes fois éprouvée, n’a cessé de renvoyer la solution aux calendes grecques. Mais il a bien fallu trancher. Une seule alternative : soit prêter à l’Etat fantoche 10 milliards d’euros (il en demandait 17), sous l’égide de la commission européenne, du FMI et des gouvernements de l’union monétaire, et exiger des impôts nouveaux et des coupes sombres dans le budget pour sauver les banques ; soit expulser Chypre de l’union monétaire européenne, revenir à la livre chypriote, laisser les banques faire faillite, et dévaluer la monnaie de moitié, au moins. Dans les deux cas, la crise monétaire pointe à nouveau son nez en Europe. Mais dans le premier cas, les apparences sont sauves : mieux, la morale est préservée, puisque, sans doute sous l’influence du gouvernement allemand qui prétend punir la fraude fiscale, on a décidé d’imposer une taxation de tous les comptes bancaires (de 6.75 à 9.9%), administrant la saignée aux pauvres comme aux riches1.

J’imagine quels hurlements on aurait entendus de ces braves gens si un gouvernement de « partageux », un gouvernement socialiste par exemple, avait proposé une telle mesure ! Ce qui est vertu à droite est un vice à gauche, c’est bien connu. J’ai écouté attentivement hier radios et télévisions : pas un mot de protestation, pas même un soupir d’inquiétude, mis à part les habituels anti-européens (Lepénistes et communistes mélenchoniens). Depuis ce matin, les seuls à s’émouvoir sont les boursicoteurs : où va-t-on si demain un gouvernement peut taper dans la caisse et piquer sans vergogne les éconocroques des petits épargnants ? Depuis 48 heures, les députés chypriotes, pas suicidaires, se font tirer l’oreille avant de voter un tel « plan d’austérité », même si pour les petits portefeuilles, c’est moins douloureux qu’une baisse de 15% des salaires et des retraites. Ensuite, il va falloir faire voter aussi les députés des pays créditeurs : il n’est pas certain que ces messieurs du Bundestag vont avaler cette nouvelle potion du Dr Angela à quelques mois des élections allemandes…

En tout cas, si ça tourne mal en définitive, en ce matin du grand soir, je prends bonne note que des gouvernements de droite, quand il s’agit de sauver leur politique désastreuse en Europe, n’ont pas hésité à exiger la casse de la tirelire des petites gens pour garantir la spéculation éhontée des banques dans un paradis fiscal, clandestinement toléré dans une île européenne ! Ça pourra toujours servir de précédent, si un jour, il prenait l’envie à quelque gauchiste de faire vraiment payer les riches, autrement qu’en chansons !

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[1] Le ministre des Finances britannique a déjà annoncé depuis hier que le Gouvernement de sa Gracieuse Majesté rembourserait les braves fonctionnaires et pioupious qui avaient déposé leurs livres sterling dans les banques chypriotes. Ça lui coûtera moins cher que de mettre la main à la poche pour renflouer les finances de l’Etat chypriote !

Les cadavres dans le placard de droite

DEBROGLIE

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FONTANET

1921-†1976                     1920-†1979                        1921-  †1980

Trois morts mystérieuses de ministres de la République, dont 2 assassinats avérés, ont marqué la présidence de Giscard. Sacré tableau de chasse pour un « viandard » comme l’ex-président !

En 1976, son ami le Prince Jean de BROGLIE, descendant du Duc de Berry, un vrai aristocrate qui n’a pas acheté son titre comme le sieur Giscard, brillamment élu et réélu dans l’Eure, est assassiné en sortant de chez son « conseiller fiscal », par un assassin qui court toujours. La rumeur veut qu’il ait été victime d’un règlement de comptes pour avoir omis de rembourser un de ses prêteurs sur gages. Quels fonds ? Qui lui a logé une balle dans le buffet ? On n’en sait rien. La seule chose dont on soit sûr, c’est que le petit prince avait été le trésorier de la campagne présidentielle de GISCARD en 1974.

En 1980, Joseph FONTANET, ancien résistant, ancien cacique du MRP, rêvant vainement de créer en France un parti chrétien-démocrate, ancien ministre de Pompidou, est assassiné par des tueurs en voiture alors qu’il rentre chez lui après minuit. On n’a jamais su ni par qui ni pourquoi il avait été « exécuté ».

Entre temps, en 1979, se situe la fameuse « affaire BOULIN« . France 3 vient d’y consacrer deux films passionnants, un documentaire de Gilles CAYATTE lundi soir, et une fiction de Pierre AKNINE, mardi, suivie d’un débat dans l’émission « ce soir ou jamais » de Frédéric Taddéi. Le premier film défend la thèse « officielle » du suicide de Robert Boulin, le second celle d’un assassinat par les barbouzes du SAC, bras armé du parti gaulliste, sous la direction de Jacques FOCCART 1. J’avoue avoir été un peu estomaqué d’entendre sur une chaîne de télévision publique la mise en cause des plus hauts personnages de l’Etat de 1979, dont certains sont toujours en vie aujourd’hui, PASQUA et CHIRAC en particulier. Logiquement, il devrait y avoir des procès en diffamation sous peu ! Ou alors, c’est que les héritiers UMP du RPR chiraquien, trop occupés désormais à réciter le rosaire avec les catholiques intégristes contre le diable homosexuel, ont définitivement abjuré le gaullisme, malgré le discours ridicule de Guaino , qui voudrait singer André Malraux de peur qu’on le prenne pour Christine Boutin… La presse de droite vient déjà d’allumer des contre-feux, comme Le Point qui rappelle les suicides de François de Grossouvre et de Pierre Bérégovoy, pour démontrer qu’on a bien le droit de se suicider à droite puisque ça arrive aussi à des gens très bien à gauche !

J’ai toujours été sceptique, pour ma part, devant les soupçons d’assassinat lancés par la famille de Robert BOULIN depuis plus de 30 ans. Pourquoi s’embarrasser d’un meurtre quand on peut liquider un homme politique par une bonne campagne de presse diffamatoire ? Mais on comprend ses enfants : il faut réhabiliter la mémoire paternelle salie par un « petit juge rouge » du nom de Van Ruymbeke (eh oui ! déjà tout petit, il faisait chier le monde !) Car Boulin a incontestablement trempé dans une escroquerie dont il a bénéficié, même s’il a été manipulé par son peu scrupuleux ami TOURNET, ancien associé en affaires de Foccart pendant la guerre et résistant douteux. Il est probable que Boulin n’a jamais payé le terrain de sa résidence secondaire à Ramatuelle , vendu trois fois par l’escroc. Boulin était aux abois, d’autant que le juge venait de faire saisir les comptes bancaires privés du ministre, à la BNP de Libourne, où apparaissait un étrange versement en liquide de 40 000 FF2, quelques jours après la transaction, correspondant curieusement au prix d’achat du terrain.

Il n’en reste pas moins que certaines incohérences du dossier Boulin sont troublantes :

  • Comment se fait-il que la mort de Boulin ait été connue dès 2 heures du matin (on réveille le Procureur de la République) et qu’officiellement le corps ait été retrouvé vers 9 heures dans l’un des étangs de Hollande (ça ne s’invente pas !) situés dans les bois de Rambouillet ? Que s’est-il passé pendant tout ce temps ? Pourquoi cette mise en scène ?
  • Comment se fait-il que les lividités cadavériques soient visibles sur le dos de la victime alors que le corps était censé reposer sur le ventre ?
  • Comment se fait-il que le visage soit tuméfié, le nez et l’os maxillaire supérieur fracturés, si Boulin, shooté au valium, s’est seulement effondré dans un étang de 50 cm de profondeur, et noyé ?
  • Comment se fait-il que le bas du pantalon et les chaussures du ministre qui a pénétré de 15 mètres à l’intérieur de l’étang avant d’y tomber et de s’y noyer, n’aient conservé aucune trace de vase ?
  • Comment se fait-il que des scellés – en particulier les tissus pulmonaires qui auraient pu démontrer qu’il s’était bien noyé – ont mystérieusement disparu ?

Tout cela donne une impression fâcheuse d’improvisation. Et le débat qui a suivi la projection du film m’a sidéré tout autant. Jean CHARBONNEL, ancien député et ministre corrézien, grand ponte de la secte disparue des « gaullistes de gauche », ami de Boulin, a repris la fameuse allégation déjà révélée par la fille d’Alexandre SANGUINETTI : celui-ci aurait donné les deux noms des assassins de Robert BOULIN. Mais tant qu’il n’y aura pas de juge d’instruction pour rouvrir la procédure, Charbonnel ne dira rien, d’autant qu’il ne dispose d’aucune preuve. Le problème est que Sanguinetti est mort, et qu’il était par ailleurs ami proche de Boulin et lié lui-même au SAC : son témoignage est donc sujet à caution. Pour le moins…

Bref, je n’ai pas changé d’opinion3 : il s’est passé quelque chose au moment de la mort de BOULIN, dont le corps a probablement été déplacé. Pourquoi, comment, c’est une autre question : est-ce une négociation qui a mal tourné (je te rends mes dossiers sur le financement occulte du parti gaulliste, et tu me fous la paix avec l’affaire de Ramatuelle) ? Tout est possible avec les barbouzes gaullistes. J’ai moi-même le souvenir cuisant des méthodes de ces gens-là : en 1968, ils m’avaient fracassé le crâne à la suite d’une attaque de commando dans la faculté des Lettres « occupée », et j’avais dû changer de logement pour échapper à d’autres adeptes de la barre de fer. Mais hier soir, ce qui m’a scotché, c’est la déclaration de Charbonnel, l’œil pétillant malgré ses 85 ans : « à l’époque gaulliste le SAC était indispensable contre la gauche ou les partisans de l’OAS, après il a dérivé ! »  C’est dire que les polices parallèles et leurs combines barbouzardes sont utiles quand on a le pouvoir, et qu’elles deviennent détestables dès qu’on ne l’a plus. Voilà la morale de la droite. On comprend qu’elle fasse de la dépression nerveuse dès qu’elle se retrouve dans l’opposition ! Et ne me répliquez pas « tous pareils, tous pourris » : les socialos n’ont jamais été assez longtemps au pouvoir pour se payer le luxe d’embaucher à leur service des policiers corrompus ou des malfrats reconvertis ! On laissera de côté, pour l’instant, avec le problème grave du sexe des anges, la question de savoir si la gauche a une moralité supérieure à celle de la droite…

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1. On voit aussi apparaître Achille PERETTI, un des 3 fondateurs du SAC avec Pasqua et Foccart, ancien maire de Neuilly, et parrain politique de Nicolas Sarkozy qui lui succéda à la mairie. On connaît la suite…

2. La famille BOULIN a prétendu par la suite que les 40 000 FF provenaient d’un « don manuel » de la grand-mère BOULIN. Comme tout le monde est mort, personne ne les contredira…

3.  Si Boulin avait été assassiné, comment expliquer que ses archives soient restées 3 semaines sous clé dans sa permanence à LIBOURNE, jusqu’à ce qu’elles soient détruites par son assistant parlementaire, après qu’elles eurent été transportées à la déchèterie par des membres du SAC ? Il restait des lettres accusant le RPR dans ces archives… Comment peut-on croire que des assassins n’auraient pas fait le ménage avant, s’ils avaient pris soin de rédiger des faux pour faire croire à un suicide ? Lire l’interview de son assistant Bernard Fonfrède dans SUD-OUEST

Gay, Gay, marions-nous, la droite, on s’en fout !

“Gai, gai, marions nous” (Comptine de mariage.)

Et le désir s’accroît quand l’effet se recule”. (Corneille, Polyeucte)

Je ne sais si les socialistes vont finir par déposer, puis par voter le projet de loi qui autorise le mariage des couples homosexuels. Il faut croire que ça défrise encore un certain nombre de leurs électeurs, voire de leurs adhérents, si l’on en juge par leurs tergiversations.

DRÔLES DE CATHOS DE GAUCHE

poissonEn tout cas, c’est du courant “chrétien” du PS, les “poissons roses[1]” qu’est venue l’idée qui va permettre à la droite de mener la guerre contre ce projet de loi. Non contents de dénoncer toute forme “d’euthanasie” dans l’agonie des malades incurables, ils ont trouvé une hypocrisie digne de leurs maîtres, les Jésuites, pour refuser aux homosexuels les mêmes droits qu’aux autres citoyens : les enfants. La référence à la tribune libre de Paul THIBAUD, ancien directeur de la revue “ESPRIT”[2] est sans équivoque. Et pour ceux qui n’auraient pas compris, ils précisent : “il ne sert à rien de se presser sur les débats de société de type mariage gay ou euthanasie sous la pression de lobbies divers”

BIZARRE DEMOCRATIE CHRETIENNE

barbarinAprès le recul du gouvernement sur le droit de vote des étrangers, qui suppose une modification improbable de la constitution (majorité des 3/5 des députés et sénateurs), et prive la droite et l’extrême-droite de leur sujet de polémique préféré[3], on s’attendait à un déferlement de discours réactionnaires sur l’homosexualité. L’Eglise Catholique, par la voix du dénommé BARBARIN, cardinal et “primat des Gaules”, a ouvert la voie : “Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera ». On ne s’étonnera guère de ce genre d’invectives dans le sermon d’un prélat qui ne connaît rien de mieux, en matière sexuelle, que “l’immaculée conception ! Mais il y a plus grave, puisqu’il ajoute : « Pour nous, la première page de la Bible (qui dit que le mariage unit un homme et une femme) a un peu plus de force et de vérité qui traversera les cultures et les siècles que les décisions circonstancielles ou passagères d’un Parlement ». Voilà, tout est dit. On croirait entendre un frère musulman, toutes proportions gardées. Eux disent : “le Coran est la solution”; lui prétend que c’est “la Bible”. La constitution républicaine, la laïcité, la démocratie, tout ça à la trappe ! Si “la Bible est la solution”, ça promet de bien belles croisades pour demain… On comprend mieux les délires de la très démocrate-chrétienne Mme BOUTIN, qui avait déjà brandi la Bible à l’assemblée nationale pour conjurer “le Malin” lors du débat sur le PACS en 1998 : “Il est vraisemblable que si on accepte le mariage homosexuel, on serait amenés dans les années à venir à accepter la polygamie en France», a-t-elle assuré. Ne parlons pas du maire UMP du VIIIème arrondissement de PARIS (Champs-Elysées), un dénommé LEBEL qui prend à témoins dans le journal municipal ses électeurs  : Si le tabou (de l’homosexualité) tombe ”comment s’opposer demain à la polygamie en France, principe qui n’est tabou que dans la civilisation occidentale ? Pourquoi l’âge légal des mariés serait-il maintenu ? Et pourquoi interdire plus avant les mariages consanguins, la pédophilie, l’inceste qui sont encore monnaie courante dans le monde ? » Tout ça sent bon l’ordre moral et la xénophobie. On s’étonne que ce maire des beaux quartiers ait oublié de mettre en garde contre la zoophilie, vu le nombre de caniches au mètre carré dans le quartier !

LA DROITE PAS SI BÊTE

Mais la droite française n’est pas toujours “la plus bête du monde”, comme le prétendait Guy Mollet autrefois. Quand elle est incapable de rassembler ses divers courants[4], elle n’a qu’un mot d’ordre : l’opportunisme. Le député de la Drôme, Hervé MARITON qui dirige la propagande “contre le mariage homosexuel”, a vendu la mèche  “Les gens se disent : autoriser le mariage aux homosexuels ne me retire rien. En revanche, quand on regarde les conséquences sur l’adoption, quand on dit que les mots père et mère vont être retirés du code civil, ça remue plus de monde” (“Le Monde”, 23/10/2012) Tiens, comme c’est curieux, exactement les mêmes appâts que pour la pêche aux “poissons roses”. Pour ne pas passer aux yeux de leurs concitoyens pour d’indécrottables réactionnaires homophobes, on ne dira pas de mal des homosexuels. Ça n’empêchera pas leurs électeurs d’en penser pis que pendre. Mais du moins, les apparences seront sauves ! C’est d’ailleurs sur ce mot d’ordre “protégeons les enfants” qu’ont eu lieu hier les manifestations organisées par les associations proches des catholiques intégristes pour dénoncer le projet de loi sur le mariage gay. Même hypocrisie que pour l’avortement, leur autre cheval de bataille. Il ne sont pas contre, ils sont “pour la vie”. Bravo les Jésuites !bandeau

Non, décidément, TOUS sosbb-120CES GENS SONT A VOMIR.  La question est pourtant simple : êtes-vous prêt à accorder les mêmes droits à tous les citoyens ? Ou non ? Est-ce que ça vous défrise que des homosexuels aient les mêmes droits que vous qui ne l’êtes pas ? Et ne venez pas me saouler avec l’éducation des enfants : j’ai eu, pendant ma vie professionnelle, à m’occuper de tant d’enfants battus, abusés, voire mal aimés parce qu’ils n’avaient pas été désirés, qu’on ne me fera jamais croire que le mariage traditionnel, bien souvent religieux, soit préférable à l’union libre ou au mariage entre deux personnes de même sexe. Vous l’avez compris, je ne suis pas un partisan inconditionnel des liens conjugaux, même si j’ai fini par y céder “après avoir longtemps vécu dans le péché”. Mais quand les pisse-vinaigres voudraient imposer leur morale, et refuser des droits élémentaires à certains de mes concitoyens, qu’ils soient mes amis ou non, je me dis qu’il y a des coups de pied au cul qui se perdent !

P.S.  MUSIQUE, MAESTRO !

 Tire la langue Pour faire bisquer l’UMP, les cathos de gauche et les calotins de droite, je vous ai ajouté la partition de la comptine “Gai, Gai, marions-nous”. En polyphonie, siouplaît !

 

Gai, gai, mari-ons nous
Mettons nous donc en ménage


Gai, gai, mari-ons nous
Mettons nous la corde au cou !

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[1] Je suppose que le nom – ridicule en Français – de ce courant est une allusion au mot grec ἰχθύς, signe de reconnaissance des premiers chrétiens. Outre divers symboles, le mot est un acronyme pour “Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur”. Néanmoins, leur manifeste ne se réclame jamais ouvertement du christianisme, et prétend discuter avec tout le monde.

[2] la revue a été fondée dans les années 1932 par le philosophe Emmanuel MOUNIER, dont le “personnalisme” est une référence dans les courants catholiques progressistes. Paul THIBAUD a succédé à Jean-Marie DOMENACH entre 1977 et 1989 à la direction de cette revue, dont le rédacteur en chef est aujourd’hui Olivier MONGIN.

[3]  L’UMP a lancé mi-septembre une pétition contre le droit de vote des étrangers, qui totalise 186.778 signataires à ce jour. C’est, tout compte fait, assez peu…

[4] On sait que l’historien René REMOND distinguait  trois courants : “légitimiste, orléaniste et bonapartiste”. les dissensions actuelles à l’UMP donnent une nouvelle actualité à cette analyse (droite proche du FN avec Copé, droite libérale du nouveau parti centriste de Borloo, droite gaulliste – ou ce qu’il en reste – avec Fillon)

Les flics n’ont pas fini de rouler à droite !

Et ils n’ont pas fini de nous emmerder.

afp-bertrand-langlois-manifestation-de-policiers-le-25-avril-2012-sur-les-champs-elysees-a-paris

Depuis quelque temps, ils ne cessent de manifester1. En pleine campagne électorale, ils avaient remonté les Champs-Elysées avec leurs voitures de service, toutes sirènes hurlantes. Désormais, ils se rassemblent presque chaque jour devant les préfectures de plusieurs départements. Joli bilan pour SARKOZY, le premier flic de France ! On imagine sans peine ce que la droite, les ex-ministres Guéant et Hortefeux en tête, ne manquerait pas de brailler s’il y avait déjà un gouvernement de gauche !

On l’a peut-être oublié, mais en 1983 la mort de deux policiers avenue Trudaine à PARIS lors d’un contrôle d’identité – les meurtriers, membres d’Action Directe, sont toujours en prison, trente ans après – avait provoqué une manifestation contre le gouvernement de gauche : Gaston DEFERRE, aux obsèques, avait été conspué aux cris de “démission! démission !” La manifestation de flics s’était ensuite rassemblée sous les fenêtres du ministère de la justice où furent proférées les pires insultes contre BADINTER : “Rappelez-vous 6a00d8345525fa69e20154323442c7970ccette manifestation de policiers, en 1983. Des factieux devant la porte de l’Elysée, avec les CRS goguenards qui les laissaient passer ! Place Vendôme,  les gardes de la Chancellerie enlevaient leurs casquettes pour les saluer. C’était fou. J’ai dit à mes collaborateurs : tout ce qui nous reste c’est de nous défendre en leur jetant jusqu’à nos derniers Dalloz ! Quand Mitterrand l’a appris, je ne l’ai jamais vu dans une telle rage. A l’Assemblée aussi on était confronté à l’incroyable haine de la droite. Il m’arrive encore d’en rêver.” (Interview au Nouvel Observateur, mars 2011)

Que réclament donc aujourd’hui les syndicats de policiers, et en particulier “Alliance”, et “Synergie-Officiers” dont le dernier secrétaire général, Bruno BESCHIZZA, est devenu l’un des cadres de l’UMP, et a été bombardé d’un coup sous-préfet par SARKOZY, il y a moins de quinze jours2 ? L’application du programme politique du Front National, auquel s’est rallié SARKOZY entre les deux tours de l’élection présidentielle : “la présomption de légitime défense” pour tout policier qui fait usage de son arme. C’est la mise en examen d’un policier de NOISY-LE-SEC, qui a abattu d’une balle dans le dos – selon l’autopsie – un délinquant en fuite, qui a mis le feu aux poudres. « Ce n’est pas une revendication politique », a déclaré sans rire Jean-Claude DELAGE, le secrétaire du syndicat Alliance. Penses-tu, c’est pas de la politique, c’est de la pure poésie !

Que dit en effet le code pénal, dans son article 122-6, qui traite de la “légitime défense” :

Est présumé avoir agi en état de légitime défense celui qui accomplit l’acte :

    • 1° Pour repousser, de nuit, l’entrée par effraction, violence ou ruse dans un lieu habité ;
    • 2° Pour se défendre contre les auteurs de vols ou de pillages exécutés avec violence.

Que réclament les flics ? Qu’on ajoute un troisième alinéa ? “3° s’il s’agit d’un policier qui fait usage de son arme dans quelque circonstance que ce soit” ? Soyons sérieux. Les juges d’instruction connaissent parfaitement l’article 122-6 du code pénal. S’il y avait eu la moindre menace de la part du délinquant, la présomption de légitime défense aurait joué en faveur du policier de Noisy-le-sec, comme elle est accordée systématiquement en pareil cas aux policiers par les magistrats instructeurs. Si le policier a tiré sur un homme qui s’enfuyait, en droit ça s’appelle un “meurtre”. C’est comme ça, la justice, dans un état de droit. Peut-être pas chez Marine LE PEN, ni à l’UMP, mais dans un état de droit, si !

Et que les flics ne viennent pas nous dire que les gendarmes sont traités différemment, sous prétexte que leur statut militaire leur permet d’user de leur arme sans avoir à rendre de comptes,.au nom de l’article L-2338-3 du Code de la défense. La question a déjà été tranchée par la cour de cassation qui, en 2010, avait renvoyé un gendarme devant la cour d’assises dans des circonstances similaires. Le gendarme a d’ailleurs été acquitté. Mais le droit avait prévalu. Ce que demandent les flics police-partout-justice-nulle-partaujourd’hui, c’est d’être au-dessus des lois. Et les syndicats de policiers, infiltrés par la droite et l’extrême-droite annoncent la couleur : puisque SARKOZY n’a pas eu le temps de leur donner le “permis de tuer” – la formule est, paradoxalement, de Guéant soi-même –, ils tentent de l’imposer par leurs manifestations au futur gouvernement de gauche. HOLLANDE, là encore, va devoir entamer le “redressement” du pays : la démocratie, ce n’est pas le far west !

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1 Selon la loi du 11.01.84 article 66, “la participation à un acte collectif  d’indiscipline caractérisée, ou à un acte collectif contraire à l’ordre public” peut provoquer une sanction du ministre de l’Intérieur, qui va de l’avertissement à la révocation, sans même qu’il soit nécessaire de convoquer un conseil de discipline. A ma connaissance, le ministre GUEANT n’a même pas ouvert la bouche jusqu’à aujourd’hui. Ça lui a coupé le sifflet ?

2 Le décret est daté du 28 avril, entre les deux tours de l’élection présidentielle.