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Les ligues fascistes, 80 ans après !

imageimage« Vive le roi, on se fout des lois ! », « Travail, Famille, Patrie ! », « Juifs hors de France ! », « journalistes collabos ! » Vous n’y êtes pas. Non, nous ne sommes pas en 1934 !

 

 

1797555_1419297488309604_1868373887_nTout ce que notre pays compte de sexistes, d’intégristes, de fascistes, de royalistes, de racistes, bref de crétins obscurantistes, s’était donné rendez-vous le dimanche 26 janvier à PARIS, après la messe, pour s’époumoner à gueuler des slogans, non seulement contre le gouvernement, mais aussi contre la République qu’ils vouent à l’enfer. Ces braves gens avaient d’ailleurs choisi le « DIES IRAE » (« jour de colère »), l’hymne catholique évoquant, dans les messes de Requiem, le « jugement dernier » comme mot d’ordre de ralliement. Ah ! Quel rêve ! Revenir 80 ans en arrière !

imageHuit jours avant, une partie de ces pieux concitoyens avaient manifesté, avec la bénédiction de François – le pape, pas le président – contre la loi autorisant l’IVG (17 janvier 1975) et pour le soutien du gouvernement… espagnol qui vient de retourner aux sources du Franquisme, en déposant un projet de loi qui supprime purement et simplement le droit à l’avortement. Ah ! Quel rêve ! Revenir 40 ans en arrière !

Huit jours après, ils remettent le couvert : comme la loi instaurant « le mariageimage pour tous » a été votée, et que, malgré leurs vociférations réclamant la « destitution de Hollande », ils ont peu de chances d’obtenir que les homosexuels soient brûlés sur les bûchers de la très sainte Inquisition, ils amusent la galerie avec leurs fantasmes sur « la théorie du genre », la « gestation pour autrui », la prétendue politique antifamiliale du gouvernement. Aujourd’hui ils triomphent : le projet de loi sur la famille vient d’être repoussé aux calendes grecques ! Ah ! Quel rêve ! Revenir un siècle en arrière ! Revenir enfin à l’époque où l’école laïque, « l’école du diable », n’enseignait pas l’esprit critique, et où l’éducation se faisait au catéchisme – pour nos chères petites têtes blondes –, et à la médersa – pour les basanés des colonies …

Depuis des semaines, avec l’aide du « buzz » sur Internet que tous les réactionnaires ont investi à défaut de pouvoir imposer leurs obsessions par un vote démocratique, avec le soutien de commentateurs incultes ou faux-culs dans la presse de droite et à la télévision, on nous a bassinés avec une prétendue « théorie du genre » qui n’existe pas, et n’a jamais existé ! Le terme a été utilisé par des universitaires américains (« gender studies ») pour désigner ce qui ne relève pas stricto sensu de la biologie – l’inné –, mais bien souvent de l’éducation – l’acquis. C’est pourquoi, plutôt que de différences « sexuelles », ils ont préféré parler de « genres », comme en grammaire (genre masculin, féminin, voire neutre pour certaines langues). Bref, tous ces agités du bocal, qui n’ont pas lu de livre depuis qu’ils ont quitté l’école, viennent tout juste de découvrir que jouer aux cowboys, pour les petits garçons, n’est pas une affaire de quéquette, ni un problème de clitoris pour les petites filles,   de jouer à la poupée ! On me pardonnera une fois encore, de jouer au vieux con : Elena GIANINI BELOTTI, l’une des animatrices de l’école Montessori en Italie, a écrit « du côté des petites filles » en 1973 ! Elle y démontrait que l’idéologie dominante confortait les préjugés sexistes existant dans l’éducation, et maintenait les filles dans une attitude de soumission à la tradition patriarcale. J’ai lu moi-même cet essai, publié en français aux « Editions des Femmes », il y a quarante ans ! Et je ne parle pas du « Deuxième Sexe » de Simone de Beauvoir, publié en 1949, que nous avions tous déjà lu : « On ne naît pas femme, on le devient », avait écrit celle-ci avec humour. Mais ces gens-là doivent supposer que l’humour est une invention diabolique des hérétiques anglo-saxons…

Car le fond du problème est bien là. Revenir sur plus d’un siècle d’émancipation des femmes, revenir à l’ordre patriarcal où la femme n’est pas l’égale de l’homme, mais ne lui est que « complémentaire »[1], pour la plus grande gloire de Dieu dans les siècles des siècles Amen ! Ainsi s’explique leur haine des homosexuels qui ne désirent pas reproduire le modèle familial avec « papa et maman », la propagande forcenée contre toute tentative d’ouvrir les yeux sur les stéréotypes sexistes à l’école ( ABCD de l’égalité). Et ces braves gens sont assez crédules pour avaler les pires âneries qui font même rire les Belges : n’a-t-on pas dit que les instituteurs – à l’école laïque, évidemment – allaient apprendre aux enfants de C.P. à se masturber ? D’ici peu de temps, si l’on en juge par l’alliance qui s’est nouée, à l’occasion de ces manifestations, entre intégristes catholiques et musulmans, l’école laïque ne sera plus menacée seulement par les barbus salafistes mais aussi par tous les calotins, qu’ils brandissent la croix ou le croissant, voire l’étoile de David. A ce moment-là l’éducation sexuelle sera proscrite, les cours de biologie passeront sous silence la contraception, les filles viendront suivre les cours d’éducation physique avec des survêtements à capuche, on rétablira les blouses roses les semaines A et bleues les semaines B, on reviendra au mur séparant l’école des filles et l’école des garçons… Tout comme quand j’étais gosse ! Et les curés ensoutanés monteront en chaire le dimanche pour vous dire pour qui il faut voter. Tout comme quand j’étais gosse !

Vous pourrez dire ce que vous voudrez, mais quand la droite, prétendument « républicaine », colle au cul de tous ces énergumènes qui ne rêvent que d’abattre « la gueuse »[2], et que ses députés défilent avec eux, ceints de l’écharpe tricolore,  c’est qu’il y a quelque chose de pourri dans notre pays. Mais que des jeunes filles de 20 ans descendent dans la rue, déguisées en Marianne, pour revendiquer le retour à la soumission et à l’ordre patriarcal, ça me dépasse. Ôtez-moi d’un doute : serais-je devenu un vieux con ?


[1] Même la nouvelle constitution tunisienne votée par des députés en grande majorité islamistes (Ennhahda) a consacré le principe absolu de l’égalité entre hommes et femmes. C’est dire si la « manif pour tous » est progressiste !

[2] « la gueuse » est le terme méprisant qui désigne la République dans la prose de l’Action Française, journal créé par des antidreyfusards antisémites,  et devenu depuis l’organe de presse des royalistes, sous l’influence de Charles Maurras. « L’Action Française » existe toujours et a eu une influence déterminante dans les manifestations récentes.

La République est le gouvernement des Juifs […] La République est le gouvernement des pédagogues protestants […] La République est le gouvernement des Francs-maçons […] La République est le gouvernement de ces étrangers plus ou moins naturalisés ou métèques […] Charles MAURRAS, L’Action Française n°3, 23 mars 1908.

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Règlement de comptes

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Il n’est pas impensable que CAHUZAC, ministre démissionnaire du budget, n’ait pas tout à fait la conscience tranquille, quoi qu’il en dise. Mais le problème est ailleurs : peut-on traîner dans la boue un homme politique sur la foi de simples soupçons, sous prétexte que l’attaque vient d’un organe de presse indépendant (Mediapart) ?

L’accusation est en effet bien légère : une bande sonore de très mauvaise qualité, datant d’une douzaine d’années, gardée paraît-il dans un coffre-fort comme le saint-sacrement dans son tabernacle, et subitement révélée par Me GONELLE, adversaire politique de J. CAHUZAC dans la charmante bourgade de Villeneuve-sur-Lot, selon laquelle le ministre aurait avoué (pendant quelques secondes) détenir un compte en Suisse à la banque UBS. Or tout le monde sait qu’aucune expertise, quoi qu’on en dise, n’est capable de démontrer qu’une voix appartient à tel ou tel locuteur : selon les circonstances, l’émotion, l’âge (il s’est écoulé 12 ans), le timbre et les intonations d’une voix peuvent être modifiés ; la plupart des juges ne retiennent donc pas les bandes sonores comme éléments de preuve. En outre, un enregistrement sonore peut facilement être trafiqué (j’ai moi-même maintes fois truqué des bandes magnétiques pour les besoins d’une mise en scène théâtrale, et je suis loin d’être un spécialiste !)

Qui a transmis cet enregistrement à Mediapart, où le journaliste Fabrice ARFI en a fait une affaire d’état ? Il est possible que ce soit le fameux juge BRUGUIERE, qui fut aussi adversaire UMP malheureux de CAHUZAC aux élections législatives, et dont les coups tordus ont défrayé la chronique judiciaire (avant sa retraite, il était juge « anti-terroriste ») : il en avait une copie. Ce n’est pas tout : l’ex-ministre est aussi poursuivi par la vindicte de son épouse avec laquelle il est en instance de divorce ; elle lui a collé aux basques un détective privé auquel il serait vain de réclamer l’impartialité.

C’est qu’il y a des sous dans la famille CAHUZAC ! Ancien chirurgien cardiaque, il a monté, avec sa femme dermatologue, une clinique de chirurgie esthétique, spécialisée dans les implants capillaires. Vu le nombre de chauves prêts à payer cher pour ne pas avoir la boule à zéro, les comptes en banque devaient être bien garnis. Mais, après avoir été conseiller technique du ministre de la santé Claude EVIN jusqu’en 1991, c’est probablement son job de consultant auprès de divers laboratoires pharmaceutiques, qui lui a rapporté le plus. A-t-il été payé de ses services sur un compte suisse qu’il n’aurait pas déclaré ? Ce n’est pas exclu. Mais pour lancer de telles accusations, il faut des preuves. Or, à moins que CAHUZAC ait été dénoncé par les patrons payeurs, Mediapart n’en a pas. Et si c’est le cas, est-ce donc une honte de dire que leur fameuse « enquête de plusieurs mois » se limite au racolage de la délation ? Epouse délaissée, rival politique battu, « patrons-pigeons » cocufiés par la taxe à 75%… C’est ça la caution de la morale publique dans laquelle se drape Mediapart ?

CAHUZAC a du pognon. C’est souvent suspect à gauche. Il est possible, comme l’en accuse un inspecteur des impôts un peu caractériel, qu’il ait « raboté » la valeur de son appartement de l’avenue de Breteuil dans sa déclaration d’ISF, et ce ne serait pas le premier : ça ne suffit pas à en faire le dernier des salopards. Quant à son compte suisse, ça ne paraît pas très crédible : alors que son propre frère était Directeur du département de Banque Privée de la HSBC, CAHUZAC aurait ouvert un compte à l’UBS par l’intermédiaire d’une société écran ? J’ai moi-même été client de la HSBC1 (Hong Kong and Shanghai Banking Corporation) pendant les années où j’ai vécu et travaillé à Hong Kong. C’était un jeu d’enfant d’y obtenir un virement ou un retrait dans n’importe quelle devise, Yuan compris. Rassurez-vous, mon modeste salaire ne m’a jamais permis d’être imposable à l’ISF. Hélas ! J’aimerais bien payer davantage d’impôts. Ça voudrait dire qu’il m’en reste encore plus à jeter par les fenêtres ! En tout cas, j’ai connu tout un tas de bons Français qui avaient des comptes bancaires à Hong Kong2, bien au chaud à l’abri du fisc. Pourquoi CAHUZAC aurait il été débile au point de planquer son fric en Suisse jusqu’en 2010 ?

Dans ces conditions, je ne suis pas certain qu’Edwy PLENEL ait raison de pavoiser, et de faire la leçon à ses confrères et… au reste du monde ! Après tout, il ne s’agit pour l’instant que d’une enquête diligentée par un Procureur Général, ancien directeur de cabinet de ce monument de vertu qu’était la ministre de la Justice ALLIOT-MARIE, nommé là par la faveur du Prince. Et cette instruction n’a pour base qu’une histoire rocambolesque de téléphone portable déclenché par inadvertance, sans même le commencement d’une preuve de la fraude fiscale dénoncée à grands cris3. Reconnaissons que la marche triomphale de « la Vérité », comme le prétend PLENEL dans une déclaration à l’AFP, est un peu claudicante, et assez éloignée du Droit qui, faut-il le rappeler, est la garantie de la Démocratie. Le seul bénéfice de cette démission de CAHUZAC est qu’elle met fin à un conflit d’intérêt manifeste : il n’était pas sain qu’une instruction sur un soupçon de fraude fiscale du Ministre du Budget fût diligentée par ses propres services.

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[1] Mon compte était évidemment déclaré au fisc français auquel je paie régulièrement mes impôts depuis toujours. Mais si je n’avais rien déclaré,  personne ne m’aurait rien demandé !

[2} Le secret bancaire est une religion à Hong Kong (sans commune mesure avec la Suisse qui vient de dénoncer les fraudeurs allemands et américains, et prélever des taxes forfaitaires sur… leurs comptes UBS !)

[3] Interviewé par iTélé, PLENEL lance aujourd’hui le chiffre de 15 millions d’euros. Comment fait-il pour le sortir de son chapeau ? Là non plus, pas la moindre preuve… A moins qu’il ait obtenu ce chiffre par délation (Cf. ci-dessus). C’est décidément une curieuse conception du journalisme !