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Referendum, plébiscite : non merci !

Deux consultations populaires ont eu lieu dimanche dernier, l’une en Colombie, l’autre en Hongrie. Et en France, de nombreux politiciens de droite ou d’extrême-droite nous promettent désormais le recours au referendum… comme si c’était le nec plus ultra de la démocratie ! Minute, papillon…

L’hypothèse est séduisante : c’est le « peuple » qui décide, comme dans la Rome antique, où le « plébiscite » permettait à la plèbe, sur la sollicitation des tribuns de la plèbe, d’imposer une loi. Il y aurait beaucoup à dire sur le prétendu idéal démocratique de Rome, mais ce n’est pas notre sujet ! En tout cas, tout au long de l’histoire, à quelques exceptions près, les referendums ou les plébiscites ont presque toujours trompé les électeurs à partir de malentendus : JAMAIS les électeurs ne répondent à la question posée, mais TOUJOURS aux sous-entendus inconsciemment (ou sciemment) cachés derrière !

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Campagne pour le NON en Colombie

Voyons d’abord ce qui s’est passé en Colombie : dimanche, les Colombiens ont refusé (50.28% de NON) l’accord de paix enfin signé entre le gouvernement du Président Juan-Manuel SANTOS et les FARC (guérilleros) de Timoléon JIMENEZ, dit « Timochenko ». Comment le « peuple », après plus de 50 ans de guérilla, d’enlèvements et de massacres commis tantôt par la guérilla, tantôt par l’armée colombienne ou par les « escadrons de la mort » qui lui servaient de supplétifs, a-t-il pu prendre une telle décision, quasiment suicidaire ? La réponse est évidente : les citoyens colombiens qui ne sont pas plus stupides que les Hongrois ou les Français, n’ont pas répondu à la question posée, mais à d’autres ! Les uns ont voulu voter contre le gouvernement du Président Santos : celui-ci a consacré tout son temps et son énergie aux négociations avec les FARC pour sortir de la guerre civile, et les problèmes sociaux du pays sont restés en plan… SANTOS est au plus bas dans les sondages, ce qui peut paraître paradoxal, quand l’ancien président, Alvaro URIBE, le leader de la droite extrême qui appelait à voter NON, et qui a soutenu inconditionnellement l’armée et la guerre à outrance, pavoise avec 2/3 d’opinions favorables… Ce monsieur trouve qu’on fait la part trop belle aux « rebelles » dans le compromis signé : les FARC vont devenir un parti politique comme les autres, et les rebelles ne seront jamais jugés ni condamnés, sauf s’ils ont commis des « crimes de guerre ». Mais les officiers de l’Armée régulière eux aussi, sans parler des tueurs des milices, n’ont pas tous les mains propres : peut-être ces braves gens ont-ils du souci à se faire puisqu’avec la paix, ils seraient eux aussi exposés aux enquêtes judiciaires « régulières »… Faut-il rappeler que, si les FARC ont commis des enlèvements et des séquestrations – on se rappelle l’affaire BETANCOURT – la plupart des assassinats commis par l’autre bord ont visé des syndicalistes, en particulier des ouvriers agricoles ? Vous croyez que la bourgeoisie latifundiaire va approuver un traité de paix qui promet une « réforme agraire » sans cesse remise aux calendes grecques ? Faut-il rappeler qu’URIBE, lorsqu’il était au pouvoir, a, en tant que chef des armées, avec le même SANTOS comme ministre de la défense, versé des primes aux officiers, pour chaque rebelle abattu : c’est ce qui a provoqué le scandale des « falsos positivos », les « faux positifs », c’est-à-dire des assassinats d’adversaires politiques ou de pauvres bougres maquillés en guérilleros.  L’armée annonçait des « bilans flatteurs » et les officiers empochaient le prix du sang. Vous croyez que les militaires colombiens, et la droite qui leur lèche les bottes, vont approuver un traité de paix qui risque de les traîner devant les tribunaux  (plus d’un millier d’enquêtes en cours, plus de deux milliers de disparitions ou d’assassinats inexpliqués) ?

Et voilà comment un « referendum » aboutit à un vote absurde : une majorité de citoyens colombiens ont voté CONTRE LA PAIX, sans même savoir de quoi sera fait demain !

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Viktor ORBAN, premier ministre hongrois

Voyons, d’autre part, ce qui s’est passé en Hongrie : « Voulez-vous que l’Union européenne décrète une relocalisation coercitive de citoyens non hongrois en Hongrie, sans l’approbation du Parlement hongrois ? », demandait benoîtement le gouvernement Fidesz (populiste et ultra-conservateur) de Victor ORBAN. L’objet du débat ne concernait qu’environ 1300 réfugiés prévus en Hongrie ; mais ORBAN, soutenu à grands cris par le parti fasciste Jobbik (15 à 20% de l’électorat quand même !) prétendait qu’il s’agissait de « musulmans, donc de terroristes en puissance ». Mieux : depuis le 16 septembre et la réunion des 27 pays européens à Bratislava, ce projet européen de répartir les réfugiés et les migrants dans les différents pays, a été effacé des tablettes… Mais il fallait maintenir ce plébiscite pour conforter une popularité en déclin : quel meilleur remède, à notre époque que de cogner sur l’Europe ? Résultat des courses : 99% de NON. Un triomphe césarien pour ORBAN ? Hélas, pour respecter la constitution hongroise il fallait plus de 50% de votants pour que le vote soit validé. Pas de pot : on n’a même pas atteint 40% ! Sans compter, à Budapest même, 11 % de bulletins nuls (un parti de « comiques » – le « parti du chien à 2 queues » – avait appelé à déposer de faux-bulletins dans l’urne). Malgré une propagande gouvernementale coûteuse (environ 50 millions d’€) la plupart des citoyens hongrois, dont une bonne partie des électeurs du Fidesz, qui n’ont JAMAIS vu un immigré, ne sont pas allés voter… Et l’opposition libérale ou de gauche avait appelé à boycotter ce plébiscite. Qu’à cela ne tienne : ORBAN, sans sourciller, annonce qu’il va changer la constitution ! Il ne lui reste plus qu’à prier pour que l’Europe accepte qu’on puisse adhérer à l’UE à la carte : telle décision me convient, je suis européen, telle autre ne me convient pas, je suis contre l’Europe ! En somme, ORBAN veut le beurre et l’argent du beurre. Ça devrait donner des idées à Mrs Theresa MAY et aux « Brexiters » anglais ! Conclusion : voilà un pseudo-referendum où on a posé une fausse question aux citoyens hongrois. Etre pour ou contre l’immigration, c’est comme être pour ou contre le réchauffement climatique : c’est juste bon pour faire causer les piliers de bistrot un jour où ils sont éméchés. Mais c’est le fond de commerce de la droite et de l’extrême-droite en France comme en Hongrie.

Et voilà comment un « referendum » aboutit à un vote absurde : une majorité de citoyens hongrois n’a PAS VOTE, malgré le bourrage de crâne, et personne ne sait de quoi sera fait demain !

Au cas où vous auriez des doutes, et que vous persistiez à penser que le summum de la démocratie, c’est de répondre à une simple question par OUI ou par NON, je vous invite à méditer les leçons du passé :

  • En 1934, HITLER obtient le cumul de la présidence et de la chancellerie allemande, tout en gardant le titre de « Führer » : 95% de OUI ! Est-ce à dire que 95% du peuple allemand était nazi ? Evidemment non. La peur qui régnait, après les exactions commises par les SS et les SA depuis 1933, avait dissuadé les opposants de se manifester…
  • En France, le plébiscite est une invention du Bonapartisme (1799, après le coup d’état du 18 Brumaire ; 1802, Consulat à vie ; 1804, Premier Empire ; 1851, après le coup d’état du 2 décembre ; 1852, Second Empire). Est-ce à dire que l’Empire était un modèle de démocratie ? Evidemment non. Mais les Républicains, pourchassés, n’avaient guère voix au chapitre…

Limitons-nous cependant à des exemples français récents (je vous fais donc grâce du récent referendum britannique dont on reparlera un autre jour) :

  • 1313396-charles_de_gaulleLe referendum de 1962 qui a décidé de l’élection au suffrage universel du Président de la République – sans passer par un vote préalable du parlement comme l’exigeait l’article 89 de la constitution – était-il la « voie la plus démocratique » pour modifier la Constitution, comme l’affirma de Gaulle ? 62% des électeurs l’approuvèrent et tous les partis – sauf les Gaullistes – furent laminés aux élections législatives qui suivirent. Si l’on songe aux conséquences d’un tel vote qui pèse aujourd’hui plus que jamais sur la vie démocratique de notre pays, on aurait sans doute bien fait d’y regarder à deux fois ! Mais les Français avaient autre chose en tête : de Gaulle venait d’échapper miraculeusement à l’attentat du Petit-Clamart, et la guerre d’Algérie de se clore par l’indépendance de ce pays, après des milliers de morts. De Gaulle menaçait de rentrer à Colombey-les-deux Eglises s’il était désavoué (ce qu’il fera d’ailleurs, après le referendum de 1969) : les Français n’ont alors pas voté pour ou contre la modification de la constitution, mais pour ou contre le maintien au pouvoir du Général. Il faut dire que le seul exemple d’élection d’un président de la République au suffrage universel avait laissé un souvenir amer : en 1848, Louis-Napoléon Bonaparte avait été élu, et s’était empressé de faire un coup d’état pour congédier ladite République !
  • Le referendum de 2005 qui a refusé la constitution européenne – autre exemple de trompe-couillon, si l’on me permet l’expression – est un plébiscite du même acabit. Je me souviens des cris horrifiés de mes amis quand je leur ai dit que j’avais voté OUI… « Comment ? toi ? un referendum convoqué par Chirac ? Tu veux vraiment garder RAFFARIN comme premier ministre ?… » Même à gauche, de bonnes âmes appelaient à voter NON, prétendant que c’était le meilleur moyen de « reconstruire » l’Europe sur des bases saines, qu’on allait ainsi signer de nouveaux traités, et blablabla… Vous n’avez pas oublié les discours de Mélenchon et de Fabius, curieusement alliés, comme l’aveugle et le paralytique ? Mais dans ce « cartel des NON », pour reprendre une formule du « grand Charles » à qui il ne déplaisait pas d’être seul contre tous, il y avait aussi, parmi les 55% de Français qui votèrent NON, toute la droite souverainiste et l’extrême-droite nationaliste, traditionnellement et viscéralement opposées à l’Union Européenne : un détail . Bref, moi, comme
    un enfant de chœur, j’avais voté en répondant à la question poséesarkozy ! J’étais convaincu qu’un refus paralyserait la construction européenne pour longtemps. C’est bien ce qui s’est passé ! C’est ce qui se passe encore, puisque « bouffer de l’Europe » est au menu de la plupart des partis conservateurs européens, et pas seulement des Tories anglais. Et je ne parle pas des partis dits « populistes », ou de ceux qui sont ouvertement fascistes, voire pis* ! Bref, j’étais bien le seul. Personne n’avait lu le projet de constitution, et tout le monde s’en foutait. A peine élu président, SARKOZY a réglé la question avec son cynisme habituel, en concoctant en 2008 le fameux
    traité de Lisbonne, qui s’asseyait sur le vote référendaire, « voie la plus démocratique » selon le catéchisme gaulliste !

Aujourd’hui, tous les candidats à la présidentielle à droite et à l’extrême-droite, c’est-à-dire ceux parmi lesquels – hélas ! – figure sans doute le prochain Président de la République, nous promettent dans leur programme des referendums à tout va… On n’a pas fini de jouer à trompe-couillon !

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*Il existe en Europe des partis qui se réclament ouvertement du Nazisme, comme « Aube Dorée » en Grèce ou le « Jobbik » en Hongrie : on n’est pas sorti de l’auberge !

il y a 50 ans, la fin de la “sale guerre”

algérie5Je ne suis pas sûr que la guerre d’Algérie se soit vraiment terminée le 19 mars 1962, date du “cessez-le-feu”1, si l’on en juge par les tentatives de la droite en France d’une part, du FLN en Algérie d’autre part, de réécrire l’histoire à partir d’a priori figaro62politiques opposés. Sans remonter au malheureux projet de loi de 2005, où les députés UMP, flattant l’électorat pied-noir, voulaient imposer aux professeurs d’histoire la “reconnaissance du caractère positif de la colonisation”, la récente diffusion sur “France2” du film de l’historien Benjamin STORA2, “Guerre d’Algérie, la déchirure” a provoqué dans les cercles gouvernementaux un tollé en Algérie. Le Secrétaire Général de l’Organisation nationale des Moudjahidine, Saïd Abadou, a affirmé que Benjamin Stora n’était pas neutre : « il veut servir les intérêts de son pays au détriment de l’histoire », ajoutant que, « si l’Algérie a tué les harkis, la France a aussi tué ceux qui l’ont trahie lors de la guerre contre l’Allemagne ! 3» A un autre journal, il a affirmé sans sourciller que « le FLN n’a jamais commis d’exactions ou de massacres à l’encontre des harkis » et prétendu que « tous ceux qui ont commis des actes répréhensibles contre leurs frères ont choisi de partir en France, le reste n’a nullement été inquiété ». Avec une argumentation pareille – si j’ose dire –, l’apaisement n’est pas pour demain. Et l’histoire n’est pas près de s’éclaircir en Algérie.

paixEn mars 1962, j’étais en classe de Seconde. Depuis 8 ans, toute mon enfance avait été baignée dans ce que la presse et le gouvernement appelaient les “événements” d’Algérie. Je me souviens, quand j’allais à l’école, des inscriptions à la peinture blanche sur les murs de l’usine TERROT : “PAIX EN ALGERIE”. Je n’ai pas oublié ce matin de 1957 où le pupitre d’un de mes copains de CM2 était resté vide : c’était le fils d’un notable de la ville. Son frère avait été tué pendant son service militaire. Ses obsèques avaient fait scandale dans cette ville bourgeoise de province : le curé, un original, un monsignore appartenant à l’une des plus vieilles familles aristocratiques de France, était monté en chaire pour dénoncer la guerre ! Tout l’Etat-Major de la région militaire avait quitté l’église en grand fracas. Quelques années après – je devais être en 5° – mon professeur de lettres qui avait été “rappelé” comme beaucoup d’officiers de réserve, avait été tué quand sa jeep avait sauté sur une mine. A l”enterrement, on avait dépêché une section pour présenter les armes. La guerre d’Algérie, comment aurait-on pu l’ignorer ?

Mon père lui aussi était un original. Il avait la foi chrétienne chevillée au corps, et il appliquait scrupuleusement dans sa vie quotidienne ce à quoi il croyait. A l’époque, les travailleurs immigrés s’appelaient “Nord-Africains”. Ils vivaient dans des baraquements quelque part sur un terrain vague, du côté du “Parc des Sports”. Et comme beaucoup étaient analphabètes, mon père avait entrepris, avec d’autres “cathos” de la paroisse, de leur apprendre à lire et à écrire en français. Il s’occupait aussi de la gestion du “foyer”. C’est comme ça que j’ai appris gamin ce qu’était la fête de l’Aïd el kébir : les “Nord-Africains” vivaient seuls, sans leur famille, et nous invitaient pour partager le méchoui. Mais ce qui me fascinait surtout au “foyer”, c’était la télévision. A la maison, c’était un luxe que nous n’avions pas. Et puis ils nous gâtaient de friandises, sans doute pour oublier leurs enfants restés au bled. Mon père, souvent, allait témoigner au tribunal à la suite des arrestations systématiques de ceux que la police accusait de faire partie du FLN. Un jour, il m’a dit : “ils étaient tous au FLN ! D’ailleurs, ils n’avaient pas le choix !” Je n’ai jamais compris comment il arrivait à rester neutre au milieu de la mêlée générale…

algérie4En 1959, l’un de mes frères est parti “faire son service”; il voulait faire du sport, ce con, il a demandé les parachutistes. Et il a été expédié en Algérie pendant deux ans et demi, comme un million et demi de jeunes appelés qui avaient à peine 20 ans ,  et qui ignoraient tout de ce qui se passait là-bas. Je me souviens seulement que lorsqu’il nous écrivait, mon père, qui occupait le bout de la table familiale, nous lisait solennellement sa lettre à haute voix. Il ne racontait rien, mais nous assurait du moins qu’il était toujours en vie. Quand il est revenu, il était cassé. Définitivement. En 1961, un autre de mes frères est parti. Il a eu la chance de tomber malade à la suite de la vaccination obligatoire (TABDT)4. Du coup, hospitalisé, il ne s’est jamais battu. Le cessez-le-feu est arrivé avant. Comme il était “Aspirant”, il a été chargé de déménager avant l’indépendance l’école des Officiers de Réserve de Cherchell . La plus grande partie du matériel a été détruite sur place. C’est à ce moment-là que les Pieds-Noirs ont commencé à fuir l’Algérie, à la suite des attentats et des assassinats commis par les deux bords. Certains venaient le trouver pour tenter de sauver une partie de leurs biens, en tentant de les embarquer sur les bateaux réquisitionnés par l’armée. “C’est la seule fois de ma vie où j’aurais pu faire fortune« , disait-il en rigolant. On lui avait même proposé de racheter une DS Citroën pour un simple billet de 10000 FF de l’époque. Il a refusé bien sûr. En somme, il a eu du pot… Ça n’a pas été le cas de tout le monde. Il y a toute une génération qui a été bousillée par cette putain de guerre, et qui, à près de 75 ans aujourd’hui, continue à faire des cauchemars et à pleurer comme des gosses dès qu’on parle de “ça”5

Marseille62Moi j’étais toujours en “métropole”. Et à l’été 62, sont arrivés les “rapatriés d’Algérie” par centaines de milliers. Certains avaient de l’argent. D’autres n’avaient plus rien. Mon père fut sollicité par le “Secours Catholique” pour héberger une famille : la maison était assez grande, mes frères aînés n’étaient plus là, j’étais en pension avec mon petit frère. C’est comme ça que la maison a accueilli pendant plusieurs années les trois filles d’un employé municipal de Mostaganem. Ça nous paraissait naturel : hier les “Nord-Africains, aujourd’hui les “rapatriés”. Ce n’était pas de la politique, c’était seulement de la charité chrétienne. C’est peu d’années après que j’ai commencé à me poser des questions. Je me souviens de l’aînée, celle qui est restée le plus longtemps chez nous parce qu’elle ne s’était pas mariée. Elle était d’une gentillesse extrême et d’une grande piété. J’étais encore un gamin. Et un jour, j’ai eu la mauvaise idée de lui dire que je lisais les “Mémoires” de De Gaulle. Elle a eu l’air scandalisée, comme si j’avais proféré une grossièreté : “ Lisez une vie de saint, au lieu de lire les mémoires d’un damné !” J’ai fait ma vie, je ne sais pas ce qu’elle est devenue, ni même si elle est toujours en vie. Je ne suis pas sûr que 50 ans après, la blessure soit cicatrisée. Pas davantage que celle des appelés qui avaient été envoyés faire le sale boulot, dont 30 000 ne sont pas revenus et dont les autres ont été marqués à vie. Sans parler des 400 000 Algériens qui ont été tués, des centaines de milliers qui ont été déportés (le gouvernement français disait : “déplacés” ). Tout ça pour RIEN !

“Oh Barbara
Quelle connerie la guerre
Qu’es-tu devenue maintenant” ?

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1 Je laisse de côté les polémiques partisanes sur la date elle-même que la FNACA (Fédération Nationale des Anciens Combattants en Algérie) est la seule organisation à reconnaître : beaucoup de Pieds-Noirs et l’extrême-droite considèrent que la politique de ”terre brûlée” développée par l’OAS pour empêcher l’indépendance, était une continuation de la guerre; et le FLN algérien, qui a évincé peu après tous les membres du GPRA (Gouvernement Provisoire de la République Algérienne) ayant négocié les accords d’Evian, ne reconnaît que la date de l’indépendance (5 juillet).

2 Benjamin STORA est lui-même né en Algérie. Son film est une tentative louable de montrer la guerre d’Algérie de façon objective; on y a vu pour la première fois à la télévision, à ma connaissance, des exécutions sommaires par l’armée française. L’autre jour, sur France3, a été diffusé un film de Caroline HUPPERT, inspiré de “l’affaire Djamila BOUPACHA” ; cette jeune fille  avait été arrêtée et torturée par l’armée française en 1960 ; c’est Me Gisèle HALIMI qui l’avait défendue. Il aura fallu 50 ans pour que la télévision française lève le voile sur les exactions commises par l’armée en Algérie.

3 Citation du journal algérien Wakt Al Djazair

3 Citation du journal algérien Le Jeune Indépendant

4 Ceux qui ont fait leur service militaire se souviennent sans doute de ces doses de cheval qui nous étaient administrées, le plus souvent par des types incompétents, et qui nous laissaient sur le flanc avec 40° de fièvre pendant au moins 48 heures ! Pour ma part, je me souviens que c’était un mécanicien qui m’avait piqué !

5 France2 a diffusé deux documentaires remarquables le 27 mars : l’un, “Troufions”, rapporte les témoignages de 5 appelés qui se sont tus pendant 50 ans ! L’autre, “Guerres secrètes du FLN en France” ceux de responsables du FLN qui racontent la lutte sanglante pour le pouvoir à l’intérieur du mouvement indépendantiste. Les historiens ont encore du pain sur la planche, tant en Algérie qu’en France !

MLADIC et ASSAD : des criminels de bonne compagnie ?

mladic_srebrenicaAlors qu’on vient d’arrêter l’ex-général Ratko MLADIC, l’exécuteur des basses œuvres du gouvernement MILOSEVIC, l’ordonnateur de “l’épuration ethnique” de l’état serbe fantoche de KARADZIC, l’homme qui bombarda SARAJEVO  pendant presque quatre ans et ordonna l’exécution sommaire de tous les hommes de SREBRENICA en 1995, il faut bien s’interroger sur l’étrange impunité dont a bénéficié cet assassin pendant seize ans. On oublie trop aisément que, après les massacres de SREBRENICA, fin 1995, il avait exigé et obtenu une rencontre avec le Chef d’Etat-Major de l’armée française, le général d’aviation Jean-Philippe DOUIN(1), auquel il avait ostensiblement serré la main sous les caméras de toutes les télévisions du monde. JUPPE, premier ministre, et CHIRAC,1600125483 président de la République à l’époque, ne peuvent l’avoir oublié : c’était le prix à payer pour obtenir la libération de deux pilotes français (2)de l’OTAN, dont le Mirage 2000 avait été abattu au-dessus de la Serbie. Après les accords de DAYTON qui consacraient l’indépendance de la BOSNIE, tout était bon pour assurer une pacification du pays, même de fermer les yeux sur l’un des pires criminels de guerre de l’histoire moderne.

En 2003, après la chute du régime de MILOSEVIC, le nouveau premier ministre serbe, Zoran DJINDJIC avait été assassiné après avoir déféré ledit MILOSEVIC au tribunal pénal international de La Haye. La leçon a porté. Son successeur, KOSTUNICA, s’est gardé d’en faire autant. Il avait  deux fers au feu : la justice serbe poursuivait officiellement KARADZIC, MLADIC et consorts, les services secrets les planquaient. Et que faisait l’OTAN chargée d’assurer l’application des accords de DAYTON ? Rien. Il ne fallait pas mettre en péril le fragile équilibre en contrariant les nationalistes serbes, aux yeux desquels MLADIC est toujours un héros national.

En 2008, KARADZIC, le cinglé qui avait présidé l’Etat bosno-serbe fantoche, est arrêté. Pour le nouveau président serbe Boris TADIC, du parti démocrate, lui-même né à SARAJEVO, c’est le prix à payer par la Serbie pour obtenir un rapprochement avec l’Union Européenne. Il vient de régler le solde en faisant arrêter MLADIC. On va traîner un vieillard semi-gâteux devant le Tribunal Pénal International. La Serbie va pouvoir négocier son adhésion à l’Europe. Les apparences sont sauves, les choses rentrent dans l’ordre(3).

assad2008Pourquoi ce parallèle saugrenu avec ASSAD, actuel dirigeant de la Syrie ? Tout simplement parce qu’on y retrouve les mêmes ingrédients rances de la cuisine politique, où le cynisme le plus sordide le dispute au moralisme le plus démagogique. Le parti BAAS, soi-disant socialiste et “panarabe”, est au pouvoir depuis 1970, à la suite d’un coup d’état. Le fils, Bachar EL-ASSAD a succédé au père, Hafez, en 2000, comme dans une vulgaire monarchie du Golfe persique. Toute opposition a été réprimée dans le sang depuis plus de quarante ans. Après avoir été mis à l’index pour son rôle dans l’occupation du Liban, et sans doute dans l’assassinat de Rafic HARIRI – un ancien premier ministre, ami et peut-être financier de CHIRAC – le régime syrien est revenu en odeur de sainteté auprès des Occidentaux, en particulier grâce à Nicolas SARKOZY qui a fait d’ASSAD un invité d’honneur du défilé du 14 juillet 2008 à PARIS. Depuis le 15 mars de cette année, début des manifestations, chaque jour ou presque, des dizaines de Syriens sont tués par l’armée, des centaines de citoyens sont arrêtés par la police. Rien n’y fait. Les Occidentaux demandent timidement à ASSAD “d’engager des réformes ou de se retirer”. Et le régime se hâte de promettre des réformes, ça ne mange pas de pain ! En attendant, son pouvoir reste inébranlable. C’est que la Syrie joue un rôle essentiel au Proche-Orient : son alliance avec l’Iran, son soutien sans faille au Hezbollah libanais, sa paix armée avec Israël sur le plateau du Golan, en font un des rares pôles de stabilité dans la région. Qui remplacerait Assad s’il était poussé vers la sortie ? Le réalisme politique commande donc de ne rien faire. On conviendra que KADHAFI, un assassin du même acabit, à peine plus fantasque que son ami syrien, n’a pas bénéficié de la même indulgence des Européens ni des Américains : les bombardements quotidiens de Tripoli sont là pour en témoigner. Mais on peut supposer que, le jour où Bachar EL-ASSAD sera traduit devant un tribunal pour répondre de ses crimes, nos dirigeants démocrates auront un alibi quelconque, et nos concitoyens auront perdu la mémoire. Le “réalisme politique” est à ce prix. Mais il a le goût du sang.

20080613Assad

(1) Il fut nommé Grand Chancelier de l’ordre de la Légion d’Honneur en récompense de ses services. La devise de l’ordre est “Honneur et Patrie”… Curieusement, sa notice dans Wikipédia, ne fait aucune allusion à cet épisode peu glorieux pour ce militaire décoré comme un arbre de Noël !

(2) Cette libération est encore obscure : Chirac, selon son habitude, avait envoyé négocier, en même temps que des militaires, une autre équipe de pieds nickelés conduite par l’étrange MARCHIANI, âme damnée de PASQUA. On en a encore parlé récemment lors du procès dit de “l’Angolagate”.

(3) « Nous continuerons de poursuivre tous ceux qui ont aidé Mladic et d’autres fugitifs à échapper à la justice », a déclaré à l’AFP le Procureur serbe pour les crimes de guerre, Vladimir Vukcevic. On en recausera…

Oh Barbara, quelle connerie la guerre !

Yasukuni_1Depuis une semaine, je ne peux plus écrire, tétanisé par le tremblement de terre au JAPON et le tsunami qui l’a suivi : quelques mauvais souvenirs me sont revenus en voyant à la télévision des images qui paraissaient préfigurer l’apocalypse. La vibration qui vous remonte dans le corps depuis le bas des jambes, et surtout le grondement qui l’accompagne, je ne les ai pas oubliés. C’était au FRANCOIS, en Martinique, un matin où je faisais passer l’oral du baccalauréat à une jeune fille qui s’est brusquement arrêtée de parler et m’a regardé fixement ; je lui ai seulement dit ce qui me passait par la tête : “si ça recommence, on sort dans la cour !” C’était idiot, mais je n’ai rien trouvé de mieux…

Quant au tsunami de décembre 2004, j’ai eu une chance insolente, à 48 heures près : j’étais à CEYLAN, en montagne, et je m’apprêtais à descendre sur la côte sud de l’île pour y flemmarder au bord des plages. Je n’ai rien vu, à part les cohortes d’éclopés qui tentaient comme nous de prendre un avion pour quitter COLOMBO. De toute façon, il ne restait rien des stations balnéaires, submergées par une vague géante. Connaissant le JAPON, ses petites maisons en bois et ses habitants placides, je n’ai pu m’empêcher de songer à l’horreur de cette mort qui vient vous saisir au collet et vous broyer dans l’instant.

Et puis voilà que le jour d’après, c’est la catastrophe nucléaire ! Et on n’en est toujours pas sorti. Je ne parle pas des retombées radioactives qui mettront bien sûr des dizaines d’années à se résorber et condamneront toute une région de ce merveilleux pays à être abandonnée, mais du risque encore actuel d’une déflagration incontrôlable. Les experts autorisés nous avaient pourtant juré qu’il y avait aussi peu de chances pour qu’une conjonction d’accidents naturels provoque la destruction d’une centrale nucléaire, que pour un joueur de gagner des millions d’euros au loto. Et pourtant, il arrive qu’il y ait des gagnants ! Une chance sur 14 millions, c’est une probabilité infime. Et pourtant il y a des gens qui achètent leur ticket de loterie chaque jour. 1979 Three Mile Island, 1986 Tchernobyl, 2011 Fukushima… A quand le prochain gros lot ? Les habitants de TOKYO vont-ils encore se recueillir au temple Yasukuni où on vénère les âmes des soldats morts pour la patrie – même les criminels de guerre – comme cet ancien combattant que j’avais photographié avec le drapeau fasciste de l’ancien Japon impérial ? Comment font-ils pour surmonter leur angoisse s’ils arrivent à la masquer, tradition culturelle oblige ?

Et pour finir, la guerre ! Je sais bien que Kadhafi est un fou furieux, qu’il faisait tirer sur ses concitoyens de Libye par ses mercenaires et sa soldatesque à coups d’obus et de mitrailleuses 12.7… Il n’empêche. Ces campagnes aériennes de bombardements ne me disent rien qui vaille. IRAK 1991, SERBIE 1999, AFGHANISTAN 2001, IRAK 2003, LIBYE 2011. A quand le prochain tirage du loto ?

Je ne peux m’empêcher de songer à ce qu’écrivait PREVERT :

Oh Barbara
Il pleut sans cesse sur Brest
Comme il pleuvait avant
Mais ce n’est plus pareil et tout est abîmé
C’est une pluie de deuil terrible et désolée
Ce n’est même plus l’orage
De fer d’acier de sang
Tout simplement des nuages
Qui crèvent comme des chiens
Des chiens qui disparaissent
Au fil de l’eau sur Brest
Et vont pourrir au loin
Au loin très loin de Brest
Dont il ne reste rien.

Apocalypse sismique, guerrière, ou nucléaire, qu’importe. Autant le dire franchement, je n’ai pas le moral.