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Un coup de goupillon derrière les oreilles

manifestationLes intégristes catholiques sont sortis du bois : en France, à Avignon précisément, les disciples de Mgr Lefebvre – il ne s’agit pas du ministre de Zadig et Voltaire, mais du fondateur de la “Fraternité St Pie X” –  ont organisé une manifestation pour protester contre l’exposition de “l’oeuvre blasphématoire” d’un certain SERRANO, un prétendu artiste américain qui a photographié – en 1987 – un crucifix en plastique, plongé dans un verre d’urine. Bref, une débilité d’agité du bocal, sujet de polémiques aux USA depuis près de 25 ans ! Le jour suivant, une demi-douzaine d’autres agités ont joué du marteau – tout un symbole – pour détruire “l’oeuvre” et venger “l’honneur du Christ”.

On n’ose imaginer les cris d’orfraie que les mêmes eussent poussés, si les protestataires eussent été musulmans et qu’ils eussent manifesté, horresco referens, contre l’autodafé d’un Coran par un pasteur américain illuminé !

Loin de s’excuser, le secrétaire général (1) de “l’Institut Civitas”, une des nombreuses coteries d’extrême-droite, initiateur de la manifestation, prétend qu’il n’a appris l’incident que par la presse, et accuse l’exposition d’avoir monté une provocation : “Je ne connais pas le véritable contexte de ce fait divers mais je m’étonne que ceux qui l’ont commis aient pu agir avec une telle facilité. Quelques jours au préalable, les organisateurs de l’exposition avaient fait savoir notamment par voie de presse que des mesures de sécurité avaient été prises pour protéger ce qu’ils considèrent comme une œuvre d’art. Il est donc surprenant qu’au lendemain de notre manifestation, l’exposition ait ouvert ses portes dans une certaine désinvolture et sans que la sécurité annoncée ne permette ni d’empêcher la dégradation de la photo litigieuse ni de retenir les auteurs de ce fait.” Ce n’est pas bien de mentir, mon fils, vous me direz deux pater et trois ave pour votre pénitence, allez en paix !

Tous ces gens rêvent du “rétablissement d’un ordre chrétien” et de “l’instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier”. Ce sont les mêmes qui veulent bouter les musulmans hors de France, et qui foutent la trouille aux petits vieux en annonçant, comme Miss Le Pen, que l’Europe sera bientôt régie par la Charia, les femmes fagotées dans des niqabs, et le saucisson et le pinard prohibés…

On pourrait penser que ce sont juste des énergumènes qui se trompent de siècle et qui voudraient rétablir le concordat avec la papauté. Détrompez-vous. Aujourd’hui même, en Hongrie, le parlement vient de voter une nouvelle constitution par 262 voix pour, 44 contre et 1 abstention (2). Elle entrera en vigueur le 1er janvier prochain. Le préambule fait référence à Dieu et au Christianisme, garants de l’unité de la nation. Cette constitution accorde la citoyenneté à tous ceux qui ont du sang hongrois dans les veines quel que soit leur pays(3), remet en cause le droit à l’avortement, efface l’indépendance de la justice, confisque la nomination de tous les hauts fonctionnaires au profit du parti au pouvoir, et donne au Conseil de la Banque Centrale (sic) le pouvoir de dissoudre le parlement ! Imparable : s’il perdait les élections en 2014, le parti Fidesz pourrait annuler la victoire de ses adversaires mécréants. En hongrois comme en Français, ça porte le même nom : “un putsch constitutionnel” !

orbanC’est ce même gouvernement hongrois, dirigé par Victor ORBAN, qui exerce actuellement la présidence de l’Europe. Deo Gratias. Le règne du Christ-Roi est en bonne voie, comme diraient les braves gens de “l’Institut Civitas”!

  1. Alain ESCADA est un militant d’extrême-droite… belge ! Sans blagues…
  2. Le parti de droite Fidesz occupe les 2/3 des sièges de députés. La Gauche et les Verts ont boycotté le scrutin. Seul le parti Jobbik d’extrême-droite a voté contre : il trouvait qu’on n’allait pas assez loin. La prochaine fois, ils rétabliront peut-être la Très Sainte Inquisition !
  3. Un qui va être content, c’est le petit Nicolas : il saura où s’installer s’il est viré de l’Elysée en 2012…
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L’extrême-droite a un bel avenir…

HUNGARY EXTREME RIGHT GUARD

Members of the controversial new extreme-right « Magyar Garda » or Hungarian guard are seen during their swearing-in ceremony in Budapest, Hungary; Saturday, Aug: 25, 2007. Magyar Garda members wear uniforms bearing a variation on the red-and-white Arpad Stripes associated with Hungary’s Nazi-aligned Arrow Cross party in power during WWII. The creation of the guard by extreme-right party Jobbik had raised fears among the Jewish community both in Hungary and internationally. Prior to the establishment of the Magyar Garda, Hungarian Jews had been warning that anti-Semitism was on the rise. (AP Photo/Bela Szandelszky)

 

La Garde Hongroise, milice du parti d’extrême-droite liée au parti Jobbik, parade à BUDAPEST

On a tort de ne pas regarder ce qui se passe dans les autres pays d’Europe. Sans doute avait-on entendu parler des progrès du Vlaams Blok (alias Vlaams Belang) en Belgique, chez les Flamands, dont le succès explique en partie le blocage constitutionnel actuel; ou encore du FPÖ de feu Jörg Haider, qui participa jusqu’en 2008 au gouvernement de coalition avec les conservateurs en Autriche… Mais depuis ces dernières années, les résultats électoraux de l’extrême-droite ne font que croitre et embellir en Europe, au point qu’on peut s’étonner que le Front National, qui fut un précurseur, n’ait pas encore phagocyté la droite française…

Démonstration : la Hongrie montre à tous les sceptiques ce qui nous attend bientôt. Je vous entends bien : “Quoi ? La Hongrie ? Un pays d’arriérés politiques, à peine sortis du stalinisme, qui ne s’enorgueillit guère que d’être le berceau de la famille Sarkozy ?” Détrompez-vous : le gouvernement Hongrois a, depuis le 1er janvier, la charge de diriger l’Europe. Le gouvernement de droite (Fidesz) qui a remporté les 2/3 des sièges aux dernières élections, et qui est soutenu, comme la corde soutient le pendu, par le parti Jobbik (16,68% des voix ! ), héritier sans complexe du parti des “croix fléchées” de l’époque fasciste, et créateur de la milice de la “garde hongroise”, ce gouvernement donc, a viré de la fonction publique tous ceux qui n’étaient pas de son bord, et a voté une loi sur la presse qui confie le “contrôle des médias” à un organisme maison : seuls y siègent des membres du parti au pouvoir. En cas « d’atteinte à l’intérêt public, l’ordre public et la morale  » ou encore d’« informations partiales », les amendes prévues peuvent aller jusqu’à 750 000  euros. Une paille ! Cette loi est entrée en vigueur depuis le 1er janvier. Fâcheuse coïncidence.

Mais il y a mieux. L’un des fondateurs du Fidesz, avec le premier ministre de droite, Viktor ORBAN, un obscur polémiste du nom de Zsolt BAYER, vient de publier un article dans un quotidien proche du parti au pouvoir. Il y dénonce “un excrément puant nommé Cohen “ (un journaliste britannique de l’Observer) qui avait estimé qu’il “flottait sur la Hongrie une odeur nauséabonde”… Dans le même sac à merde, BAYER a collé “les Cohen, Cohn-Bendit et Schiff” qui ont le mauvais goût d’avoir critiqué la nouvelle loi hongroise sur la presse, et accessoirement, d’être juifs . Dany au parlement européen et le pianiste hongrois Shiff dans une lettre au Washington Post, en faisant allusion à la “poutinisation de la Hongrie”. Fustigeant ces “mensonges venus de l’étranger”, BAYER compare les susnommés aux survivants du massacre d’Orgovany commis par les miliciens d’extrême-droite entre 1919 et 1921, après l’échec de la République des Conseils de Bela KUN, lequel avait le tort, aux yeux de la droite hongroise, d’être juif lui aussi. “Malheureusement, écrit BAYER, ils n’ont pas tous été enterrés jusqu’au cou dans la forêt d’Orgovany.”

On attend avec curiosité de savoir si le tout neuf “Conseil des médias” va considérer cet article comme attentatoire à l’impartialité des informations ou à la morale. Le petit parti de la “Gauche Verte” a en effet saisi ledit conseil du cas du dénommé BAYER, l’un des piliers du parti au pouvoir. On prend les paris ?