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Le salopard et les charognards

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Cahuzac est donc passé aux aveux. Après la grand-messe qu’il a servie pendant des mois, il a préféré passer à confesse. En général, les enfants de chœur font l’inverse : confiteor, corpus christi, ite missa est. Lui, il a commencé par dévaliser la sacristie, puis il est allé communier, et finalement il a été mis en pénitence. Et en pleine repentance, il a « demandé pardon » au président de la République, au Premier Ministre, à ses ex-collègues ministres, ses électeurs, les citoyennes et les citoyens français, AMEN !

Il y a plus extravagant que ce show à la mode de chez nous pour faire pleurer Margot dans les chaumières. On découvre aujourd’hui, dans un article du « Monde« , que l’ex-ministre avait ouvert ses comptes suisses à l’instigation de copains d’extrême-droite, membres de la famille de son ex-femme ! Vous suivez toujours ? Bref CAHUZAC est un mythomane comme on en a rarement rencontré : il n’est pas très difficile de se faire passer pour un « socialiste » quand on est opportuniste. Mais quand on grenouille avec les fachos du GUD1 , ça devient une performance étonnante que de passer inaperçu, quand bien même les socialos seraient un peu miros ! Surtout quand le premier type qui vous a ouvert la porte de l’Union des Banques Suisses est le dénommé Philippe Péninque, conseiller personnel de Marine LE PEN. C’est peut-être pour ça que le Front National est d’une modération inhabituelle dans ses attaques contre « la gauche ».

Pour le reste, c’est la comédie habituelle : la droite pavoise. Elle a enfin trouvé un soi-disant homme de gauche qui planquait son fric à l’étranger. Ça lui fait chaud au cœur de ne plus être seule à devoir cacher les « maladies honteuses » de ses élus ou de ses copains du patronat. En revanche, les militants de gauche ont la désagréable impression d’avoir été cocufiés : pendant qu’ils se battaient pour la justice sociale, un ministre du budget leur expliquait qu’il fallait « faire des sacrifices », mais se payait des parties de jambe en l’air avec le pognon qui leur était refusé.

Je ne retire pourtant rien de ce que j’ai écrit, même si Mediapart et PLENEL sont fêtés sur les plateaux de télévision par des confrères envieux, pour avoir « abattu un ministre ». Ce journalisme-là, qui repose sur la délation d’indics peu recommandables, n’est pas un modèle. J’ai été journaliste dans mes années de jeunesse : jamais je n’ai rien écrit dont je n’aie apporté la preuve. Il n’y a aucune gloire à tirer des confidences ou de la dénonciation d’un adversaire politique battu ou d’une épouse délaissée. Quand j’étais gosse, mes instituteurs m’ont appris qu’il était méprisable de cafter. Arrivé à l’âge canonique, je n’ai pas retourné ma veste. La seule victoire de la démocratie aujourd’hui, ce n’est pas que la presse ait obtenu la tête d’un tricheur, doublé d’un menteur, et réclame désormais celle de son ministre de tutelle, voire celle du président Rantanplan ; c’est que cette « affaire » a démontré que la séparation des pouvoirs n’est pas un vain mot : l’exécutif n’a plus la haute main sur le judiciaire comme avant 2.

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[1] Groupe Union-Défense : c’est la milice de l’extrême-droite, toutes tendances confondues, à la Fac de Droit de la rue d’Assas à PARIS. Leur principale occupation est de casser la gueule de tout étudiant qui penche un tant soit peu à gauche. De vrais philanthropes !

[2] La droite qui braille haut et fort aujourd’hui devrait, avec un peu de pudeur, se rappeler la belle époque où elle était au pouvoir. L’épisode le plus cocasse a été sans conteste l’histoire de Jacques TOUBON, ancien ministre de la Justice du gouvernement Juppé en 1996. Il avait affrété… un hélicoptère dans l’Himalaya pour rapatrier d’urgence le procureur Laurent DAVENAS qui y faisait du trekking, afin d’annuler la mise en examen de Xavière TIBERI, pour un rapport bidon sur la francophonie payé rubis sur l’ongle 268 954 francs par son copain DUGOIN !

Règlement de comptes

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Il n’est pas impensable que CAHUZAC, ministre démissionnaire du budget, n’ait pas tout à fait la conscience tranquille, quoi qu’il en dise. Mais le problème est ailleurs : peut-on traîner dans la boue un homme politique sur la foi de simples soupçons, sous prétexte que l’attaque vient d’un organe de presse indépendant (Mediapart) ?

L’accusation est en effet bien légère : une bande sonore de très mauvaise qualité, datant d’une douzaine d’années, gardée paraît-il dans un coffre-fort comme le saint-sacrement dans son tabernacle, et subitement révélée par Me GONELLE, adversaire politique de J. CAHUZAC dans la charmante bourgade de Villeneuve-sur-Lot, selon laquelle le ministre aurait avoué (pendant quelques secondes) détenir un compte en Suisse à la banque UBS. Or tout le monde sait qu’aucune expertise, quoi qu’on en dise, n’est capable de démontrer qu’une voix appartient à tel ou tel locuteur : selon les circonstances, l’émotion, l’âge (il s’est écoulé 12 ans), le timbre et les intonations d’une voix peuvent être modifiés ; la plupart des juges ne retiennent donc pas les bandes sonores comme éléments de preuve. En outre, un enregistrement sonore peut facilement être trafiqué (j’ai moi-même maintes fois truqué des bandes magnétiques pour les besoins d’une mise en scène théâtrale, et je suis loin d’être un spécialiste !)

Qui a transmis cet enregistrement à Mediapart, où le journaliste Fabrice ARFI en a fait une affaire d’état ? Il est possible que ce soit le fameux juge BRUGUIERE, qui fut aussi adversaire UMP malheureux de CAHUZAC aux élections législatives, et dont les coups tordus ont défrayé la chronique judiciaire (avant sa retraite, il était juge « anti-terroriste ») : il en avait une copie. Ce n’est pas tout : l’ex-ministre est aussi poursuivi par la vindicte de son épouse avec laquelle il est en instance de divorce ; elle lui a collé aux basques un détective privé auquel il serait vain de réclamer l’impartialité.

C’est qu’il y a des sous dans la famille CAHUZAC ! Ancien chirurgien cardiaque, il a monté, avec sa femme dermatologue, une clinique de chirurgie esthétique, spécialisée dans les implants capillaires. Vu le nombre de chauves prêts à payer cher pour ne pas avoir la boule à zéro, les comptes en banque devaient être bien garnis. Mais, après avoir été conseiller technique du ministre de la santé Claude EVIN jusqu’en 1991, c’est probablement son job de consultant auprès de divers laboratoires pharmaceutiques, qui lui a rapporté le plus. A-t-il été payé de ses services sur un compte suisse qu’il n’aurait pas déclaré ? Ce n’est pas exclu. Mais pour lancer de telles accusations, il faut des preuves. Or, à moins que CAHUZAC ait été dénoncé par les patrons payeurs, Mediapart n’en a pas. Et si c’est le cas, est-ce donc une honte de dire que leur fameuse « enquête de plusieurs mois » se limite au racolage de la délation ? Epouse délaissée, rival politique battu, « patrons-pigeons » cocufiés par la taxe à 75%… C’est ça la caution de la morale publique dans laquelle se drape Mediapart ?

CAHUZAC a du pognon. C’est souvent suspect à gauche. Il est possible, comme l’en accuse un inspecteur des impôts un peu caractériel, qu’il ait « raboté » la valeur de son appartement de l’avenue de Breteuil dans sa déclaration d’ISF, et ce ne serait pas le premier : ça ne suffit pas à en faire le dernier des salopards. Quant à son compte suisse, ça ne paraît pas très crédible : alors que son propre frère était Directeur du département de Banque Privée de la HSBC, CAHUZAC aurait ouvert un compte à l’UBS par l’intermédiaire d’une société écran ? J’ai moi-même été client de la HSBC1 (Hong Kong and Shanghai Banking Corporation) pendant les années où j’ai vécu et travaillé à Hong Kong. C’était un jeu d’enfant d’y obtenir un virement ou un retrait dans n’importe quelle devise, Yuan compris. Rassurez-vous, mon modeste salaire ne m’a jamais permis d’être imposable à l’ISF. Hélas ! J’aimerais bien payer davantage d’impôts. Ça voudrait dire qu’il m’en reste encore plus à jeter par les fenêtres ! En tout cas, j’ai connu tout un tas de bons Français qui avaient des comptes bancaires à Hong Kong2, bien au chaud à l’abri du fisc. Pourquoi CAHUZAC aurait il été débile au point de planquer son fric en Suisse jusqu’en 2010 ?

Dans ces conditions, je ne suis pas certain qu’Edwy PLENEL ait raison de pavoiser, et de faire la leçon à ses confrères et… au reste du monde ! Après tout, il ne s’agit pour l’instant que d’une enquête diligentée par un Procureur Général, ancien directeur de cabinet de ce monument de vertu qu’était la ministre de la Justice ALLIOT-MARIE, nommé là par la faveur du Prince. Et cette instruction n’a pour base qu’une histoire rocambolesque de téléphone portable déclenché par inadvertance, sans même le commencement d’une preuve de la fraude fiscale dénoncée à grands cris3. Reconnaissons que la marche triomphale de « la Vérité », comme le prétend PLENEL dans une déclaration à l’AFP, est un peu claudicante, et assez éloignée du Droit qui, faut-il le rappeler, est la garantie de la Démocratie. Le seul bénéfice de cette démission de CAHUZAC est qu’elle met fin à un conflit d’intérêt manifeste : il n’était pas sain qu’une instruction sur un soupçon de fraude fiscale du Ministre du Budget fût diligentée par ses propres services.

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[1] Mon compte était évidemment déclaré au fisc français auquel je paie régulièrement mes impôts depuis toujours. Mais si je n’avais rien déclaré,  personne ne m’aurait rien demandé !

[2} Le secret bancaire est une religion à Hong Kong (sans commune mesure avec la Suisse qui vient de dénoncer les fraudeurs allemands et américains, et prélever des taxes forfaitaires sur… leurs comptes UBS !)

[3] Interviewé par iTélé, PLENEL lance aujourd’hui le chiffre de 15 millions d’euros. Comment fait-il pour le sortir de son chapeau ? Là non plus, pas la moindre preuve… A moins qu’il ait obtenu ce chiffre par délation (Cf. ci-dessus). C’est décidément une curieuse conception du journalisme !