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Gay, Gay, marions-nous, la droite, on s’en fout !

“Gai, gai, marions nous” (Comptine de mariage.)

Et le désir s’accroît quand l’effet se recule”. (Corneille, Polyeucte)

Je ne sais si les socialistes vont finir par déposer, puis par voter le projet de loi qui autorise le mariage des couples homosexuels. Il faut croire que ça défrise encore un certain nombre de leurs électeurs, voire de leurs adhérents, si l’on en juge par leurs tergiversations.

DRÔLES DE CATHOS DE GAUCHE

poissonEn tout cas, c’est du courant “chrétien” du PS, les “poissons roses[1]” qu’est venue l’idée qui va permettre à la droite de mener la guerre contre ce projet de loi. Non contents de dénoncer toute forme “d’euthanasie” dans l’agonie des malades incurables, ils ont trouvé une hypocrisie digne de leurs maîtres, les Jésuites, pour refuser aux homosexuels les mêmes droits qu’aux autres citoyens : les enfants. La référence à la tribune libre de Paul THIBAUD, ancien directeur de la revue “ESPRIT”[2] est sans équivoque. Et pour ceux qui n’auraient pas compris, ils précisent : “il ne sert à rien de se presser sur les débats de société de type mariage gay ou euthanasie sous la pression de lobbies divers”

BIZARRE DEMOCRATIE CHRETIENNE

barbarinAprès le recul du gouvernement sur le droit de vote des étrangers, qui suppose une modification improbable de la constitution (majorité des 3/5 des députés et sénateurs), et prive la droite et l’extrême-droite de leur sujet de polémique préféré[3], on s’attendait à un déferlement de discours réactionnaires sur l’homosexualité. L’Eglise Catholique, par la voix du dénommé BARBARIN, cardinal et “primat des Gaules”, a ouvert la voie : “Après, ils vont vouloir faire des couples à trois ou à quatre. Après, un jour peut-être, l’interdiction de l’inceste tombera ». On ne s’étonnera guère de ce genre d’invectives dans le sermon d’un prélat qui ne connaît rien de mieux, en matière sexuelle, que “l’immaculée conception ! Mais il y a plus grave, puisqu’il ajoute : « Pour nous, la première page de la Bible (qui dit que le mariage unit un homme et une femme) a un peu plus de force et de vérité qui traversera les cultures et les siècles que les décisions circonstancielles ou passagères d’un Parlement ». Voilà, tout est dit. On croirait entendre un frère musulman, toutes proportions gardées. Eux disent : “le Coran est la solution”; lui prétend que c’est “la Bible”. La constitution républicaine, la laïcité, la démocratie, tout ça à la trappe ! Si “la Bible est la solution”, ça promet de bien belles croisades pour demain… On comprend mieux les délires de la très démocrate-chrétienne Mme BOUTIN, qui avait déjà brandi la Bible à l’assemblée nationale pour conjurer “le Malin” lors du débat sur le PACS en 1998 : “Il est vraisemblable que si on accepte le mariage homosexuel, on serait amenés dans les années à venir à accepter la polygamie en France», a-t-elle assuré. Ne parlons pas du maire UMP du VIIIème arrondissement de PARIS (Champs-Elysées), un dénommé LEBEL qui prend à témoins dans le journal municipal ses électeurs  : Si le tabou (de l’homosexualité) tombe ”comment s’opposer demain à la polygamie en France, principe qui n’est tabou que dans la civilisation occidentale ? Pourquoi l’âge légal des mariés serait-il maintenu ? Et pourquoi interdire plus avant les mariages consanguins, la pédophilie, l’inceste qui sont encore monnaie courante dans le monde ? » Tout ça sent bon l’ordre moral et la xénophobie. On s’étonne que ce maire des beaux quartiers ait oublié de mettre en garde contre la zoophilie, vu le nombre de caniches au mètre carré dans le quartier !

LA DROITE PAS SI BÊTE

Mais la droite française n’est pas toujours “la plus bête du monde”, comme le prétendait Guy Mollet autrefois. Quand elle est incapable de rassembler ses divers courants[4], elle n’a qu’un mot d’ordre : l’opportunisme. Le député de la Drôme, Hervé MARITON qui dirige la propagande “contre le mariage homosexuel”, a vendu la mèche  “Les gens se disent : autoriser le mariage aux homosexuels ne me retire rien. En revanche, quand on regarde les conséquences sur l’adoption, quand on dit que les mots père et mère vont être retirés du code civil, ça remue plus de monde” (“Le Monde”, 23/10/2012) Tiens, comme c’est curieux, exactement les mêmes appâts que pour la pêche aux “poissons roses”. Pour ne pas passer aux yeux de leurs concitoyens pour d’indécrottables réactionnaires homophobes, on ne dira pas de mal des homosexuels. Ça n’empêchera pas leurs électeurs d’en penser pis que pendre. Mais du moins, les apparences seront sauves ! C’est d’ailleurs sur ce mot d’ordre “protégeons les enfants” qu’ont eu lieu hier les manifestations organisées par les associations proches des catholiques intégristes pour dénoncer le projet de loi sur le mariage gay. Même hypocrisie que pour l’avortement, leur autre cheval de bataille. Il ne sont pas contre, ils sont “pour la vie”. Bravo les Jésuites !bandeau

Non, décidément, TOUS sosbb-120CES GENS SONT A VOMIR.  La question est pourtant simple : êtes-vous prêt à accorder les mêmes droits à tous les citoyens ? Ou non ? Est-ce que ça vous défrise que des homosexuels aient les mêmes droits que vous qui ne l’êtes pas ? Et ne venez pas me saouler avec l’éducation des enfants : j’ai eu, pendant ma vie professionnelle, à m’occuper de tant d’enfants battus, abusés, voire mal aimés parce qu’ils n’avaient pas été désirés, qu’on ne me fera jamais croire que le mariage traditionnel, bien souvent religieux, soit préférable à l’union libre ou au mariage entre deux personnes de même sexe. Vous l’avez compris, je ne suis pas un partisan inconditionnel des liens conjugaux, même si j’ai fini par y céder “après avoir longtemps vécu dans le péché”. Mais quand les pisse-vinaigres voudraient imposer leur morale, et refuser des droits élémentaires à certains de mes concitoyens, qu’ils soient mes amis ou non, je me dis qu’il y a des coups de pied au cul qui se perdent !

P.S.  MUSIQUE, MAESTRO !

 Tire la langue Pour faire bisquer l’UMP, les cathos de gauche et les calotins de droite, je vous ai ajouté la partition de la comptine “Gai, Gai, marions-nous”. En polyphonie, siouplaît !

 

Gai, gai, mari-ons nous
Mettons nous donc en ménage


Gai, gai, mari-ons nous
Mettons nous la corde au cou !

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[1] Je suppose que le nom – ridicule en Français – de ce courant est une allusion au mot grec ἰχθύς, signe de reconnaissance des premiers chrétiens. Outre divers symboles, le mot est un acronyme pour “Jésus Christ Fils de Dieu Sauveur”. Néanmoins, leur manifeste ne se réclame jamais ouvertement du christianisme, et prétend discuter avec tout le monde.

[2] la revue a été fondée dans les années 1932 par le philosophe Emmanuel MOUNIER, dont le “personnalisme” est une référence dans les courants catholiques progressistes. Paul THIBAUD a succédé à Jean-Marie DOMENACH entre 1977 et 1989 à la direction de cette revue, dont le rédacteur en chef est aujourd’hui Olivier MONGIN.

[3]  L’UMP a lancé mi-septembre une pétition contre le droit de vote des étrangers, qui totalise 186.778 signataires à ce jour. C’est, tout compte fait, assez peu…

[4] On sait que l’historien René REMOND distinguait  trois courants : “légitimiste, orléaniste et bonapartiste”. les dissensions actuelles à l’UMP donnent une nouvelle actualité à cette analyse (droite proche du FN avec Copé, droite libérale du nouveau parti centriste de Borloo, droite gaulliste – ou ce qu’il en reste – avec Fillon)

Les libres penseurs ont du souci à se faire

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20111211_0259-ec438Le délire qui a accompagné la semaine passée les manifestations des soi-disant défenseurs du prophète Mahomet m’a laissé perplexe… Ainsi la parution d’une simple bande-annonce d’un film d’amateurs sur You Tube aurait déclenché des émeutes dans la plupart des pays musulmans ? Vous ne trouvez pas que ça ressemble à s’y méprendre à une manipulation politique ? Il semble probable aujourd’hui que le pseudo-film n’existe pas, puisque personne ne l’a JAMAIS vu, malgré ce qui a été prétendu, à part le petit quart-d’heure, diffusé sur Internet, digne d’un spectacle de patronage. Et pourtant tout le monde s’en mêle…

La mère LE PEN, en invoquant la loi de séparation de l’Eglise et de l’Etat de 1905 dont elle ignore manifestement le contenu, propose d’interdire  le “voile” et la “kippa” sur la voie publique. Ça ne peut pas nuire, le fond de commerce du racisme et de l’antisémitisme est toujours florissant. Mais dans les rangs des catholiques intégristes membres du FN, j’imagine que ça doit être la panique : va-t-il falloir interdire la présence des bonnes sœurs à cornettes et des curés en soutane, sans parler des processions avec ornements sacerdotaux, bannières et crucifix ? Mais où va-t-on ma bonne dame si on n’est même plus chez soi ?

Et c’est “Charlie-Hebdo” qui flaire le bon coup : si on refaisait une tournée de caricatures du prophète, les gars, histoire de bouffer du mahométan, à défaut de bouffer du curé ? Accessoirement, Charlie vend tout son tirage hebdomadaire en moins de 24 heures, c’est toujours ça de pris. Charb, le rédacteur en chef se fait photographier tout sourire avec la une du journal, le poing levé comme un combattant des brigades internationales en 1936. Gaminerie politique. C’est à pleurer !

Car devant les protestations et les menaces contre le journal – il a quand même été incendié déjà une fois – on entend des discours renversants (au sens propre) : FILLON, ex premier ministre de SARKOZY et futur président de l’UMP déclare sans rire : “ »Je défends Charlie Hebdo, je défends la liberté d’expression et je pense qu’on ne doit pas céder un pouce de terrain dans ce domaine-là ». A graver dans vos mémoires, mes chers concitoyens, si l’honorable parlementaire revient au pouvoir ! Quant à Dany Cohn-Bendit, il a trouvé comme souvent, le mot juste ; “ce sont des cons!” “”La provocation, c’est taper sur ceux qui ont le pouvoir”. Ce n’est heureusement pas encore le cas des abrutis qui braillent qu’il faut une loi pour punir le “blasphème” (1) – il n’y a d’ailleurs pas que les musulmans qui en rêvent, les cathos intégristes aussi -, ou qui attaquent à l’arme lourde l’ambassade des Etats-Unis en Libye et assassinent quatre diplomates dont l’ambassadeur lui-même.

Bref les caricaturistes de Charlie ont autant de sens politique que des piliers de bistrot après une douzaine de pastis. Il n’est pourtant pas difficile de se rendre compte que, planquée derrière la prétendue défense de la liberté, l’extrême-droite française (2) casse du musulman parce qu’elle ne peut décemment pas casser de l’arabe ! Ça ferait mauvais genre. Mais de là à les confondre avec des défenseurs de la laïcité, il y a une marge. Et c’est là qu’est le problème…

Auriez-vous oublié Salman Rushdie, romancier auteur des “Versets Sataniques” que personne n’avait lu, ni parmi les manifestants, ni parmi les mollahs iraniens(3) ? Depuis 1989, depuis 23 ans, cet écrivain se cache pour échapper aux tueurs, depuis que sa tête a été mise à prix par Khomeiny (le tarif vient juste d’être réévalué : 3 300 000$, excusez du peu…) Il vient de publier une autobiographie particulièrement amère (4) : il s’étonne que ce soit la victime (lui-même) qui ait à se justifier, et ne croit plus qu’une “société musulmane soit capable de créer une démocratie ouverte”. Ma seule divergence avec son point de vue, c’est qu’on peut en dire autant de n’importe quelle société, pour peu qu’elle reconnaisse une religion d’état, qu’elle soit chrétienne, juive, hindouiste, voire bouddhiste… même sous l’apparence bonhomme du Dalaï-Lama ! En dehors des libres penseurs, qui peut aujourd’hui défendre la laïcité sans arrière-pensée, et préserver la démocratie ?

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Caricature de Dilem, parue dans le journal algérien “Liberté”.

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(1) L’OCI (Organisation de Coopération Islamique منظمة التعاون الإسلامي) qui regroupe une cinquantaine d’Etats, vient de demander l’adoption générale d’une telle loi ! L’un de ses buts est de “créer l’atmosphère propre à promouvoir la coopération et la compréhension entre les États membres et les autres pays”. Comprenne qui pourra !

(2) Peut-être devrait-on dire aussi la “droite”, si j’en juge par le Manifeste pour une droite décomplexée du secrétaire général de l’UMP, J.F. Copé qui reprend les thèmes et les termes de l’extrême-droite, en dénonçant le “racisme anti-blanc” des jeunes de banlieue. Merde, c’est vrai, un peu de respect, les métèques !

(3) On lira avec profit l’article de Tahar Benjelloun dans “Le Monde” du 20 septembre. “Salman Rushdie est musulman de naissance ; il est donc perçu comme un traître qu’il faut punir pour avoir « ouvert la voix au blasphème ».

(4) Salman RUSHDIE “Joseph Anton. Une autobiographie”, traduit de l’anglais par Gérard Meudal, PLON, 734 pages, 24€.

Les barbus marocains sont de vieilles connaissances

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Selon la nouvelle constitution, le roi du Maroc devrait choisir dans le parti majoritaire, le Parti Justice et Développement (PJD), son futur premier ministre. Ce sera probablement le secrétaire général du parti, Abdelillah BENKIRANE. Encore une fois, comme en Tunisie hier, comme en Egypte demain, les islamistes ont été élus par lassitude devant la corruption, ou du moins les compromissions, des partis politiques traditionnels. En se donnant une apparence modérée et légaliste, ils ont fini par faire croire qu’ils formaient un parti comme les autres : ils pourraient bien demain diriger un gouvernement de coalition avec des partis de gauche, au Maroc comme en Tunisie. L’union nationale, la tambouille où mijotent droite et gauche,  est la recette à la mode; pourquoi ne pas y ajouter un fond de sauce islamiste ?

Mais cet empressement à effacer l’ardoise ne suffit pas à inventer une nouvelle cuisine !

Qui est BENKIRANE[1] ? Un islamiste qui a fait ses classes dans les années 70 à la « Chabiba islamiya » (jeunesse islamique), une organisation clandestine qui cassait du gauchiste dans les universités, et dont le principal coup d’éclat a été l’assassinat en décembre 1975, à l’arme blanche, d’Omar BENJELLOUN dirigeant de l’USFP (parti socialiste), et successeur de Mehdi BEN BARKA assassiné en France dix ans plus tôt dans les circonstances que tout le monde connaît. Les circonstances troubles du crime, la fuite de son chef Abdelkrim Moutiî à l’étranger, la condamnation à mort, commuée en réclusion à perpétuité, en 1994, puis la grâce des deux tueurs en 2004, laissent à penser que l’assassinat avait été commandité par les services secrets du roi Hassan II[2].

Mais BENKIRANE avait du nez. Il a senti le vent tourner, et fini par rompre avec le mystérieux Moutiî[3] qui dirigeait l’organisation clandestine depuis l’étranger. Cette rupture lui vaudra d’être considéré comme un « traître vendu au Makhzen[4] » par de « jeunes islamistes » plus radicaux. BENKIRANE va en effet se faire l’apôtre du compromis – certains islamistes disent des « compromissions » – avec le régime. Dirigeant d’une association intitulée « Al Jamaâ Al Islamiya », il la saborde pour créer, avec d’autres associations islamistes, le MUR (Mouvement Unité et Réforme). Et c’est sur les conseils et avec l’approbation de Driss BASRI, ministre de l’intérieur et âme damnée de Hassan II, qu’il finira par faire de l’entrisme, comme un vulgaire trotskyste, dans un parti quasiment en déshérence, fondé par l’un des pionniers de l’indépendance marocaine Abdelkrim KHATIB, le Mouvement populaire démocratique constitutionnel (MPDC). Nous sommes en 1996. Un an plus tard, il est élu député avec huit autres coucous. Deux ans plus tard, le parti change de nom et devient le PJD. La manœuvre est un plein succès. En 2007, le Makhzen est obligé de bourrer les urnes, suivant une tradition bien établie, pour limiter le succès du parti islamiste (47 députés élus). BENKIRANE avale la couleuvre, et proteste mollement. Mais cette fois, on dépasse la barre des cent députés (plus du quart du parlement) : il faut bien montrer que la nouvelle constitution sert à quelque chose !

Quelle est la ligne politique de BENKIRANE ? D’abord une fidélité sans faille au roi du Maroc : « Allah, El Watan, El Malik » ; « Dieu, la Patrie, le Roi ». Les islamistes du PJD sont les plus ardents défenseurs du fameux triptyque marocain. Benkirane, est un puriste puisque son allégeance va jusqu’à s’opposer à toute monarchie constitutionnelle, «totalement inadaptée au royaume». C’est sans doute pourquoi les islamistes se sont opposés, dès le début, au « mouvement du 20 février » dont les manifestations leur ont pourtant ouvert les portes du pouvoir, et qui a appelé, en vain, au boycott des dernières élections législatives.

Comme partout au Maghreb, les démocrates ont fait le lit des partis islamistes. C’est triste à dire, mais c’est un fait. L’idéologie de BENKIRANE et de ses acolytes est pourtant manifeste dans ses prêches (meeting de la jeunesse du PJD, juin 2011) : «Les laïques veulent répandre le vice parmi ceux qui ont la foi. Ils veulent que dorénavant, les citoyens puissent proclamer le péché ! Ils veulent que la déviation sexuelle [l’homosexualité dans le jargon islamiste] devienne répandue !» […] «Que celui qui porte de tels immondices se cache, car s’il nous montre sa face, nous lui appliquerons les châtiments de Dieu!». En arabe, les «châtiments de Dieu» font référence à la peine de mort pour l’apostat et la lapidation pour les fornicateurs. On peut évidemment souhaiter que ses paroles aient dépassé sa pensée ! Mais quand on voit avec quelle énergie le PJD a pris la tête des dénonciateurs du Mouvement alternatif des libertés individuelles (MALI) qui revendique la liberté de culte, pourtant inscrite dans la Constitution, et la dépénalisation des interdits religieux comme l’obligation de respecter publiquement le jeûne du ramadan, on peut s’attendre au pire… En 2009, devant une simple velléité de manifester, à l’initiative de deux jeunes femmes – 100 policiers avaient été dépêchés pour arrêter 10 porteurs de sandwich au fond de leur sac – RAMID, le compère de BENKIRANE, avait fulminé : « Nous ne pouvons accepter que des musulmans dé-jeûnent publiquement. Le législateur ne peut négliger les sentiments de 99,99% des Marocains en faveur de 0,01% de personnes qui souhaitent pouvoir manger ouvertement.» Et il ajoutait que ça «ouvrirait grand la porte à la discussion sur la liberté de disposer de son corps, et ainsi à la dépénalisation de la pédérastie […] A ce rythme, demain, ils voudront sortir nus dans la rue!». On mesure tout de suite la profondeur de pensée des islamistes qui n’a rien à envier aux diatribes les plus réactionnaires de l’extrême-droite française. A l’exception de la révérence due au ramadan, ça va de soi…

Mais ils n’en ont pas seulement contre les homosexuels, ou les laïques ! L’autre cible prioritaire, ce sont les Berbères. Or la nouvelle constitution reconnaît la langue amazighe[5]. BENKIRANE n’a pas hésité à dauber sur les idéogrammes (le Tifinagh) en prétendant que c’était du « chinois » ! Ça promet ! Autres phobies des islamistes, les festivals de musique, considérés comme des lieux de débauche de la jeunesse[6], le cinéma qu’Attajdid [7], le journal officieux du parti, dénonce régulièrement comme immoral ou blasphématoire ! N’en jetez plus…

Bref, les barbus du PJD ne sont qu’un parti réactionnaire, pudibond, et légitimiste de surcroît. Il est le rejeton monstrueux de l’alliance du trône alaouite et de l’islamisme clandestin, qui, dans ma jeunesse, faisait la chasse à mes camarades de l’UNEM (Union Nationale des Etudiants Marocains) parce qu’ils étaient de gauche. Bonne chance aux derniers survivants des socialistes marocains : ils vont peut-être gouverner demain avec les fils spirituels des assassins d’Omar BENJELLOUN. Il faut qu’ils ne soient pas rancuniers, ou bien qu’ils soient suicidaires !

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[1] On peut dire à peu près la même chose de son compère El Mostafa Ramid, chef du groupe parlementaire du PJD

[2] On ne prête qu’aux riches : on a dit aussi qu’ils étaient responsables de l’assassinat de Abderrahim Menioui, membre du secrétariat politique du Parti du progrès et du socialisme (PPS, le parti communiste marocain)

[3] Aux dernières nouvelles, il était réfugié en Libye, après avoir été accueilli – bizarrement – en Arabie Séoudite.

[4] Makhzen, nom donné en arabe au système d’administration du royaume, avec le roi à sa tête

[5] Il est toujours interdit à un Berbère – jusqu’à preuve du contraire – de donner à l’un de ses enfants, un prénom qui ne soit pas « arabo-musulman ».

[6] Le PJD avait d’ailleurs accusé les stars invitées à Rabat au festival Mawazine «d’homosexualiser le Maroc» (Elton John) ou de «favoriser les mœurs légères» (Shakira)

[7] Le journal avait d’ailleurs affirmé que le tsunami qui avait dévasté l’Asie du Sud-Est, en 2005, était un « châtiment divin ».

Faut pas charrier…

imgadLa “Charia”. Depuis le triomphe d’Ennahda aux élections tunisiennes, et la chute de Kadhafi en Libye, pas un jour où on ne nous bassine avec ça! Les mouvements féministes, instruits par l’expérience iranienne ou afghane, craignent, avec quelque raison, que leurs libertés soient menacées.

Lybie : Qu’ Abd El Jalil (le président du CNT) annonce l’instauration de la Charia et le retour de la polygamie,  et c’est un concert de protestations indignées ! Mais que pouviez-vous attendre d’une pareille crapule ? Personne n’ignorait qui il était, puisque les dirigeants du CNT ne sont pas de valeureux révolutionnaires, mais d’anciens affidés de Kadhafi qui ont tourné leur veste. Abd El Jalil, ancien ministre de la justice, avait organisé le procès des infirmières bulgares et confirmé leur condamnation à mort. Sarkozy et Bernard-Henri Lévy ont les alliés qu’il méritent. Soit dit par ailleurs, Kadhafi a été salement lynché. En voilà toujours un qui ne parlera pas, et ce n’est pas Sarkozy qui s’en plaindra. Moi si ! Et ne m’en veuillez pas si j’ai encore la faiblesse de préférer un procès à une exécution sommaire…

Tunisie : le succès d’Ennahda, le parti islamiste, correspond à celui d’un « parti de l’ordre » après une révolution. Bref, les Tunisiens ont voté à droite ! De toute façon, il ne faut pas rêver. La laïcité est incompréhensible pour un musulman. Quand je vivais au Maroc, j’ai essayé d’expliquer ça à mes élèves et mes amis marocains pendant 6 ans. En vain. C’est trop loin de leur système de référence. Mais ce qui est sûr, c’est que les Islamistes auront fort à faire pour faire rentrer les filles et les femmes au foyer ! Et si les partis de gauche avaient été capables de présenter un front uni au lieu de défendre chacun sa chapelle (1500 listes au total !), l’effet produit aurait été différent : on aurait dit que la gauche faisait jeu égal avec les Islamistes. Mais je le répète : Ennhada, c’est d’abord un parti de droite conservateur. Les gens ont la trouille du désordre. Comme aux élections de 1968 en France. C’est, somme toute, moins grave qu’en Libye où les oppositions tribales et régionales sont encore prépondérantes.

arton1643-d8573Cela dit, je ne suis pas naïf au point de croire que les libertés ne sont pas menacées par un parti religieux. N’importe quelle religion ! Il suffit de voir comment les Salafistes ont mis à sac la chaîne de télévision qui avait programmé “Persépolis” de Marjane SATRAPI au prétexte d’une seule image (voir ci-dessus), considérée comme blasphématoire puisqu’elle est censée “représenter”… Allah ! Ennahda a condamné la méthode (violente), mais pas le fond (la proscription) ! 391806134A vrai dire, je n’ai pas entendu le gouvernement français protester plus vigoureusement quand les intégristes catholiques ont attaqué, à PARIS, presque en même temps, le Théâtre de la Ville et les spectateurs sur lesquels ils ont déversé de l’huile de vidange… Il paraît que la pièce de Roméo Castellucci intitulée « Sur le concept du visage du fils de Dieu », est blasphématoire. C’est devenu une manie chez tous les cagots ! Et la haine de la liberté d’expression est commune, comme on voit, à tous les calotins !

Mais regardons plus en détail le programme du parti islamiste Ennahda en Tunisie, lequel prétend être l’équivalent d’un parti “démocrate-chrétien” en Europe. Hamadi Jebali, le probable futur premier ministre, a donné une interview au “Monde” le 18 octobre. Proclamant sans hésitation :  »L’essentiel est de respecter les libertés » , il répond à la question “Un homosexuel peut-il adhérer à votre parti ? “ et illustre sa conception des libertés:

Oui, s’il respecte le règlement et les principes de Ennahda. Nous n’allons pas intervenir dans ses actes personnels, mais il doit respecter aussi nos principes, qui sont contre ses agissements. Homosexuels ou autres.

Autrement dit, ça va pas être triste pour les gays ! En Iran, on les pend. Là, on leur rappelle qu’ils ont intérêt à raser les murs. C’est déjà ça,  me direz-vous. D’ailleurs, pour les femmes, ce n’est pas mieux. Souad ABDERRAHIM, cette pharmacienne au brushing soigné et au tailleur-pantalon impeccable , tête de liste aux élections à TUNIS, bref, la meilleure preuve de l’ouverture d’esprit du parti islamiste, et peut-être la future présidente de l’assemblée constituante, déclare tout bonnement :

« La liberté totale de la femme n’est pas possible. Par exemple, une femme homosexuelle ne peut pas prétendre exactement aux mêmes droits. On peut être à la page, mais on doit préserver ses racines », explique Souad Abderrahim. » Et de poursuivre : « À Ennahda, on ne soutient pas le mariage avec les étrangers. On ne révisera pas non plus la question de l’héritage. Il est écrit dans le Coran que l’homme doit toucher deux fois plus que la femme, c’est très clair. » (Sud-Ouest dimanche, 30/10, reportage de Delphine Bauer/Youpress à Tunis)

Tu l’as dit : c’est très clair. Plus réactionnaire, on ne peut pas faire. Et la bonne dame conclut par :

« Nous sommes pour l’égalité dans les acquis et les devoirs, mais dans le respect des origines. »

Le respect des origines. L’identité arabo-musulmane. Bref le même discours que l’extrême-droite européenne, toutes proportions gardées. En France, les fachos de tout poil ne font-ils pas la chasse aux Musulmans au nom “de l’identité et des origines chrétiennes de l’Europe” ?

Rached Ghannouchi, le leader du parti, a dû leur donner des “éléments de langage”, comme on dit à l’UMP, si l’on en juge par deux interviews récentes. Sur Express FM, il a insisté pour mettre en avant l’identité arabo-musulmane de la Tunisie, « une affaire nationale qui concerne tout le monde, pas un seul parti ».

« Notre langue, c’est la langue arabe. On est devenu franco-arabe, c’est de la pollution linguistique », a-t-il déploré.

Là aussi, il ne prend personne en traître : l’arabe, la langue sacrée du Coran, va être généralisé dans l’enseignement. Bon courage aux futurs étudiants. Au pire, comme au Maroc, la bourgeoisie enverra ses enfants dans les lycées français, puis dans les universités étrangères. Pour le petit peuple, pas besoin de se polluer l’esprit en apprenant le Français et toutes ces salades laïques inventées par l’ancien colonisateur honni ! Mais soyons justes, dans “Le Monde” du 29/10, il affirme qu’il ne faut pas le confondre avec les extrémistes salafistes (les gugusses qui ont attaqué les mécréants à coups de battes de baseball) :

Nous avons quelques débats avec eux, afin qu’ils changent leur vision de l’Islam, comme le fait de dire que la démocratie est “haram” [interdite] ou kafir [mécréante]. […]Nous pensons qu’il n’y a aucune contradiction entre l’Islam et la démocratie…

Ouf ! On l’a échappé belle ! Un peu plus et on était bon pour la bastonnade ! Vous êtes trop aimable, M. GHANNOUCHI de donner votre onction à la démocratie. Vos concitoyens ont fait la révolution pour vous l’obtenir. Ils seront soulagés de savoir qu’ils ne sont pas des mécréants pour autant!

Le slogan d’Ennahda dit  : “Ecoutez-nous, et n’écoutez pas ceux qui parlent de nous.” Bien ! Voilà ! C’est ce que j’ai fait ! “Nos adversaires ont utilisé […] l’argument du double langage sans la moindre preuve”, affirme Ghannouchi au “Monde”. Je ne sais pas ce qu’il vous faut, cher Monsieur !

Un coup de goupillon derrière les oreilles

manifestationLes intégristes catholiques sont sortis du bois : en France, à Avignon précisément, les disciples de Mgr Lefebvre – il ne s’agit pas du ministre de Zadig et Voltaire, mais du fondateur de la “Fraternité St Pie X” –  ont organisé une manifestation pour protester contre l’exposition de “l’oeuvre blasphématoire” d’un certain SERRANO, un prétendu artiste américain qui a photographié – en 1987 – un crucifix en plastique, plongé dans un verre d’urine. Bref, une débilité d’agité du bocal, sujet de polémiques aux USA depuis près de 25 ans ! Le jour suivant, une demi-douzaine d’autres agités ont joué du marteau – tout un symbole – pour détruire “l’oeuvre” et venger “l’honneur du Christ”.

On n’ose imaginer les cris d’orfraie que les mêmes eussent poussés, si les protestataires eussent été musulmans et qu’ils eussent manifesté, horresco referens, contre l’autodafé d’un Coran par un pasteur américain illuminé !

Loin de s’excuser, le secrétaire général (1) de “l’Institut Civitas”, une des nombreuses coteries d’extrême-droite, initiateur de la manifestation, prétend qu’il n’a appris l’incident que par la presse, et accuse l’exposition d’avoir monté une provocation : “Je ne connais pas le véritable contexte de ce fait divers mais je m’étonne que ceux qui l’ont commis aient pu agir avec une telle facilité. Quelques jours au préalable, les organisateurs de l’exposition avaient fait savoir notamment par voie de presse que des mesures de sécurité avaient été prises pour protéger ce qu’ils considèrent comme une œuvre d’art. Il est donc surprenant qu’au lendemain de notre manifestation, l’exposition ait ouvert ses portes dans une certaine désinvolture et sans que la sécurité annoncée ne permette ni d’empêcher la dégradation de la photo litigieuse ni de retenir les auteurs de ce fait.” Ce n’est pas bien de mentir, mon fils, vous me direz deux pater et trois ave pour votre pénitence, allez en paix !

Tous ces gens rêvent du “rétablissement d’un ordre chrétien” et de “l’instauration de la Royauté sociale du Christ sur les nations et les peuples en général, sur la France et les Français en particulier”. Ce sont les mêmes qui veulent bouter les musulmans hors de France, et qui foutent la trouille aux petits vieux en annonçant, comme Miss Le Pen, que l’Europe sera bientôt régie par la Charia, les femmes fagotées dans des niqabs, et le saucisson et le pinard prohibés…

On pourrait penser que ce sont juste des énergumènes qui se trompent de siècle et qui voudraient rétablir le concordat avec la papauté. Détrompez-vous. Aujourd’hui même, en Hongrie, le parlement vient de voter une nouvelle constitution par 262 voix pour, 44 contre et 1 abstention (2). Elle entrera en vigueur le 1er janvier prochain. Le préambule fait référence à Dieu et au Christianisme, garants de l’unité de la nation. Cette constitution accorde la citoyenneté à tous ceux qui ont du sang hongrois dans les veines quel que soit leur pays(3), remet en cause le droit à l’avortement, efface l’indépendance de la justice, confisque la nomination de tous les hauts fonctionnaires au profit du parti au pouvoir, et donne au Conseil de la Banque Centrale (sic) le pouvoir de dissoudre le parlement ! Imparable : s’il perdait les élections en 2014, le parti Fidesz pourrait annuler la victoire de ses adversaires mécréants. En hongrois comme en Français, ça porte le même nom : “un putsch constitutionnel” !

orbanC’est ce même gouvernement hongrois, dirigé par Victor ORBAN, qui exerce actuellement la présidence de l’Europe. Deo Gratias. Le règne du Christ-Roi est en bonne voie, comme diraient les braves gens de “l’Institut Civitas”!

  1. Alain ESCADA est un militant d’extrême-droite… belge ! Sans blagues…
  2. Le parti de droite Fidesz occupe les 2/3 des sièges de députés. La Gauche et les Verts ont boycotté le scrutin. Seul le parti Jobbik d’extrême-droite a voté contre : il trouvait qu’on n’allait pas assez loin. La prochaine fois, ils rétabliront peut-être la Très Sainte Inquisition !
  3. Un qui va être content, c’est le petit Nicolas : il saura où s’installer s’il est viré de l’Elysée en 2012…