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Faut pas charrier…

imgadLa “Charia”. Depuis le triomphe d’Ennahda aux élections tunisiennes, et la chute de Kadhafi en Libye, pas un jour où on ne nous bassine avec ça! Les mouvements féministes, instruits par l’expérience iranienne ou afghane, craignent, avec quelque raison, que leurs libertés soient menacées.

Lybie : Qu’ Abd El Jalil (le président du CNT) annonce l’instauration de la Charia et le retour de la polygamie,  et c’est un concert de protestations indignées ! Mais que pouviez-vous attendre d’une pareille crapule ? Personne n’ignorait qui il était, puisque les dirigeants du CNT ne sont pas de valeureux révolutionnaires, mais d’anciens affidés de Kadhafi qui ont tourné leur veste. Abd El Jalil, ancien ministre de la justice, avait organisé le procès des infirmières bulgares et confirmé leur condamnation à mort. Sarkozy et Bernard-Henri Lévy ont les alliés qu’il méritent. Soit dit par ailleurs, Kadhafi a été salement lynché. En voilà toujours un qui ne parlera pas, et ce n’est pas Sarkozy qui s’en plaindra. Moi si ! Et ne m’en veuillez pas si j’ai encore la faiblesse de préférer un procès à une exécution sommaire…

Tunisie : le succès d’Ennahda, le parti islamiste, correspond à celui d’un « parti de l’ordre » après une révolution. Bref, les Tunisiens ont voté à droite ! De toute façon, il ne faut pas rêver. La laïcité est incompréhensible pour un musulman. Quand je vivais au Maroc, j’ai essayé d’expliquer ça à mes élèves et mes amis marocains pendant 6 ans. En vain. C’est trop loin de leur système de référence. Mais ce qui est sûr, c’est que les Islamistes auront fort à faire pour faire rentrer les filles et les femmes au foyer ! Et si les partis de gauche avaient été capables de présenter un front uni au lieu de défendre chacun sa chapelle (1500 listes au total !), l’effet produit aurait été différent : on aurait dit que la gauche faisait jeu égal avec les Islamistes. Mais je le répète : Ennhada, c’est d’abord un parti de droite conservateur. Les gens ont la trouille du désordre. Comme aux élections de 1968 en France. C’est, somme toute, moins grave qu’en Libye où les oppositions tribales et régionales sont encore prépondérantes.

arton1643-d8573Cela dit, je ne suis pas naïf au point de croire que les libertés ne sont pas menacées par un parti religieux. N’importe quelle religion ! Il suffit de voir comment les Salafistes ont mis à sac la chaîne de télévision qui avait programmé “Persépolis” de Marjane SATRAPI au prétexte d’une seule image (voir ci-dessus), considérée comme blasphématoire puisqu’elle est censée “représenter”… Allah ! Ennahda a condamné la méthode (violente), mais pas le fond (la proscription) ! 391806134A vrai dire, je n’ai pas entendu le gouvernement français protester plus vigoureusement quand les intégristes catholiques ont attaqué, à PARIS, presque en même temps, le Théâtre de la Ville et les spectateurs sur lesquels ils ont déversé de l’huile de vidange… Il paraît que la pièce de Roméo Castellucci intitulée « Sur le concept du visage du fils de Dieu », est blasphématoire. C’est devenu une manie chez tous les cagots ! Et la haine de la liberté d’expression est commune, comme on voit, à tous les calotins !

Mais regardons plus en détail le programme du parti islamiste Ennahda en Tunisie, lequel prétend être l’équivalent d’un parti “démocrate-chrétien” en Europe. Hamadi Jebali, le probable futur premier ministre, a donné une interview au “Monde” le 18 octobre. Proclamant sans hésitation :  »L’essentiel est de respecter les libertés » , il répond à la question “Un homosexuel peut-il adhérer à votre parti ? “ et illustre sa conception des libertés:

Oui, s’il respecte le règlement et les principes de Ennahda. Nous n’allons pas intervenir dans ses actes personnels, mais il doit respecter aussi nos principes, qui sont contre ses agissements. Homosexuels ou autres.

Autrement dit, ça va pas être triste pour les gays ! En Iran, on les pend. Là, on leur rappelle qu’ils ont intérêt à raser les murs. C’est déjà ça,  me direz-vous. D’ailleurs, pour les femmes, ce n’est pas mieux. Souad ABDERRAHIM, cette pharmacienne au brushing soigné et au tailleur-pantalon impeccable , tête de liste aux élections à TUNIS, bref, la meilleure preuve de l’ouverture d’esprit du parti islamiste, et peut-être la future présidente de l’assemblée constituante, déclare tout bonnement :

« La liberté totale de la femme n’est pas possible. Par exemple, une femme homosexuelle ne peut pas prétendre exactement aux mêmes droits. On peut être à la page, mais on doit préserver ses racines », explique Souad Abderrahim. » Et de poursuivre : « À Ennahda, on ne soutient pas le mariage avec les étrangers. On ne révisera pas non plus la question de l’héritage. Il est écrit dans le Coran que l’homme doit toucher deux fois plus que la femme, c’est très clair. » (Sud-Ouest dimanche, 30/10, reportage de Delphine Bauer/Youpress à Tunis)

Tu l’as dit : c’est très clair. Plus réactionnaire, on ne peut pas faire. Et la bonne dame conclut par :

« Nous sommes pour l’égalité dans les acquis et les devoirs, mais dans le respect des origines. »

Le respect des origines. L’identité arabo-musulmane. Bref le même discours que l’extrême-droite européenne, toutes proportions gardées. En France, les fachos de tout poil ne font-ils pas la chasse aux Musulmans au nom “de l’identité et des origines chrétiennes de l’Europe” ?

Rached Ghannouchi, le leader du parti, a dû leur donner des “éléments de langage”, comme on dit à l’UMP, si l’on en juge par deux interviews récentes. Sur Express FM, il a insisté pour mettre en avant l’identité arabo-musulmane de la Tunisie, « une affaire nationale qui concerne tout le monde, pas un seul parti ».

« Notre langue, c’est la langue arabe. On est devenu franco-arabe, c’est de la pollution linguistique », a-t-il déploré.

Là aussi, il ne prend personne en traître : l’arabe, la langue sacrée du Coran, va être généralisé dans l’enseignement. Bon courage aux futurs étudiants. Au pire, comme au Maroc, la bourgeoisie enverra ses enfants dans les lycées français, puis dans les universités étrangères. Pour le petit peuple, pas besoin de se polluer l’esprit en apprenant le Français et toutes ces salades laïques inventées par l’ancien colonisateur honni ! Mais soyons justes, dans “Le Monde” du 29/10, il affirme qu’il ne faut pas le confondre avec les extrémistes salafistes (les gugusses qui ont attaqué les mécréants à coups de battes de baseball) :

Nous avons quelques débats avec eux, afin qu’ils changent leur vision de l’Islam, comme le fait de dire que la démocratie est “haram” [interdite] ou kafir [mécréante]. […]Nous pensons qu’il n’y a aucune contradiction entre l’Islam et la démocratie…

Ouf ! On l’a échappé belle ! Un peu plus et on était bon pour la bastonnade ! Vous êtes trop aimable, M. GHANNOUCHI de donner votre onction à la démocratie. Vos concitoyens ont fait la révolution pour vous l’obtenir. Ils seront soulagés de savoir qu’ils ne sont pas des mécréants pour autant!

Le slogan d’Ennahda dit  : “Ecoutez-nous, et n’écoutez pas ceux qui parlent de nous.” Bien ! Voilà ! C’est ce que j’ai fait ! “Nos adversaires ont utilisé […] l’argument du double langage sans la moindre preuve”, affirme Ghannouchi au “Monde”. Je ne sais pas ce qu’il vous faut, cher Monsieur !

Feu sur les lampistes !

NJ002_antonioPuisque SARKOZY a dit qu’il y aurait des sanctions, il y en aura, bon sang de bois ! Il ne s’agirait pas que le Président de la République déroge à ses principes : “causer d’abord, réfléchir ensuite”. Les juges, montrés du doigt, ayant été blanchis, les policiers, mis dans le même sac – on mélange parfois les torchons et les serviettes – ayant été absous, le sieur MERCIER, centriste garde des sceaux  et triste sire, a été sommé de trouver le pauvre type à qui faire porter le chapeau : C’est le directeur des services pénitentiaires de Rennes, le patron des matons qui a gagné le pompon ! Il “n’est plus en mesure d’exercer son autorité dans des conditions compatibles avec l’intérêt du service”, précise un communiqué. Mais le plus marrant est l’exposé des griefs qui lui valent d’être viré comme un malpropre : «mauvaise utilisation des moyens informatiques», «choix inadaptés sur l’affectation des moyens», «charges de travail lourdes»… Ce n’est bien sûr pas le Gouvernement qui met la justice sur la paille, c’est le sous-fifre qui est chargé de déshabiller Pierre pour habiller Paul qui est accusé d’attentat à la pudeur, et se retrouve à poil ! Il y a quand même une justice, non ?

dites-degage-moubarak-et-pas-casse-toi-pauvre-con,M49197Puisqu’ALLIOT-MARIE, ministre d’Etat, ministre des Affaires Etrangères, s’accroche à son poste comme l’arapède sur le rocher breton, il fallait bien trouver une victime expiatoire de toutes les bévues de ce gouvernement dans la chute de “nos amis” de TUNISIE et d’EGYPTE. C’est le Quai d’Orsay, avec ce courage propre aux diplomates de carrière, qui a trouvé l’animal à sacrifier sur le champ : un malheureux prof de Lettres du Lycée français du CAIRE a été réexpédié à PARIS dès les premiers jours de février par le premier avion, immédiatement suspendu, et menacé de rétrogradation. Son crime (de lèse-majesté) ? Avoir rejoint les manifestants de la place Tahrir – sa femme est égyptienne – avec une pancarte pour dire à Moubarak de “dégager”. Mais ces Messieurs Dames de l’Ambassade se sont étranglés quand ils ont vu ladite pancarte sur BFM TV. Faut pas exagérer ! Une telle vulgarité donne une image déplorable de la France. Surtout pour un prof de français ! Aux dernières nouvelles, notre Ministre inoxydable a décidé d’être indulgente :  juste un simple blâme ! Mais à une condition : interdiction de causer à la presse – sans doute le fameux “devoir de réserve” dont on nous rebat les oreilles – sous peine d’être interdit de séjour en Egypte, et de ne pas pouvoir rejoindre sa femme et ses enfants avant l’âge de la retraite. Donnant-donnant. C’est ce qu’on appelle le langage diplomatique ?

TUNIS, ALGER, LE CAIRE : qui va tirer les ficelles ?

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A l’occasion de la “journée de la police” (sic), jour férié officiel dédié à la célébration du maintien de l’ordre, plusieurs milliers de manifestants se sont répandus dans les rues du CAIRE pour conspuer MOUBARAK, président de 82 ans, au pouvoir depuis 29 ans, une sorte de frère aîné de BEN ALI… D’ailleurs, certains opposants ne cachent pas d’où vient leur inspiration puisqu’ils vont jusqu’à brandir des pancartes en… français ! Pour l’instant, grenades lacrymogènes et canons à eau. La leçon tunisienne a porté : à tout prix éviter le grabuge !

Samedi dernier, une manifestation appelée à ALGER par le RCD, un parti laïque d’opposition (rien à voir avec le parti au pouvoir en Tunisie), a été interdite, l’avenue Didouch Mourad (l’équivalent des Champs-Elysées à Paris) était cernée par les blindés de l’armée, et les manifestants n’ont pas pu faire cinquante mètres avant d’être copieusement matraqués par la police, y compris les députés.

Aujourd’hui aussi, alors que les manifestations continuaient à TUNIS, le gouvernement dit “provisoire” semble avoir repris les bonnes vieilles méthodes. Il a tenté d’organiser une  timide contre-manifestation pour le soutenir. Et bizarrement, quelques jeunes s’en sont pris à Moncef MARZOUKI, ancien président de la Ligue des Droits de l’Homme, exilé en France jusqu’à la chute de Ben Ali; ils ont tenté de lui casser la figure en le traitant de “mécréant” – c’est un défenseur de la laïcité – et “d’agent des Français et des Américains”.

Si ça continue comme ça, la “révolution de jasmin “ risque fort d’être celle des marrons… Et pas seulement celle des marrons dans la gueule ! Je veux dire que les jeunes manifestants pourraient bien s’être brûlé les doigts à tirer les marrons du feu pour les barbus qui sont à l’affût : “Ennhada” en Tunisie, ou les “frères musulmans” en Egypte. Ce ne serait pas la première fois que les contempteurs de la démocratie auraient invoqué ses principes pour les renier, après avoir ramassé le pouvoir qui était à prendre.

Le croquemort avait tort

Contrairement à ce que j’avais écrit sur la foi des agences de presse, un 02532617communiqué de l’AFP vient d’annoncer qu’Imed TRABELSI, le neveu le plus célèbre de Tante Leila et membre illustre de la mafia familiale, parfois invité à la table de l’Ambassade de France selon “Le Monde” quand les opposants démocrates en étaient bannis, serait toujours en vie. Ce n’est pas plus mal : on ne souhaite pas la mort du pécheur, et à défaut de l’absoudre, on peut espérer qu’il ira à confesse :AFP2

Imed Trabelsi est vivant

Imed Trabelsi, neveu de l’épouse du président tunisien déchu Zine El-Abidine Ben Ali, donné pour mort au lendemain de la fuite de ce dernier, est vivant et interrogé par la police, a annoncé, vendredi 21 janvier, le ministre de l’intérieur Ahmed Friaa.

« Oui, il est vivant, on l’interroge et on enquête sur lui », a déclaré M. Friaa. Imed Trabelsi, neveu de Leila Trabelsi, était l’un des symboles de la corruption de l’ancien régime tunisien, après vingt-trois ans de dictature.

Un membre du personnel de l’hôpital militaire de Tunis avait indiqué, le 15 janvier, qu’il avait succombé la veille à une blessure par arme blanche. Les autorités tunisiennes ont annoncé, jeudi, que 33 membres de la famille de l’ex-président et de son épouse ont été arrêtés, mais sans dévoiler leurs identités. – (AFP.)

Cherchez la femme !

Je vais être vilipendé par mes amies féministes pour avoir repris ce fameux cliché misogyne qu’on attribue parfois à Alexandre Dumas…

Simone_GbagboMais il faut bien reconnaître que, dans les deux pays d’Afrique actuellement en crise, la Tunisie et la Côte d’Ivoire, les autocrates qui occupaient la présidence sont affublés tous deux d’une bien encombrante épouse. Simone EHIVET, épouse GBAGBO, a cependant le mérite d’avoir un passé d’opposante politique qui l’a menée en prison sous le régime Houphouët-Boigny, d’avoir été élue députée, et d’avoir co-dirigé le Front Populaire Ivoirien avant d’épouser son mari président. Le pouvoir lui est-il monté à la tête ? Elle est devenue mystique et tient des meetings avec des pasteurs évangélistes, où elle affirme sans rire que “Sarkozy, c’est le diable” et que “Dieu a donné la victoire à Laurent GBAGBO” ! Imparable, pas besoin de recompter les bulletins de vote. Elle avait déjà fait parler d’elle quand avait disparu un journaliste français, Guy-André KIEFFER, probablement assassiné, qui enquêtait sur la corruption dans le commerce du cacao, principale ressource du pays. Curieuse coïncidence, celui-ci avait été enlevé par des hommes de main lors d’un rendez-vous avec le beau-frère de Simone. Depuis, plus de nouvelles… Récemment, elle semblait avoir été évincée par la jeune seconde épouse du président, Nadiana Bamba, journaliste qui avait promis à GBAGBO un succès dès le premier tour, sur la foi de sondages bricolés par Euro-RSCG. On sait ce qu’il est advenu, et Simone a repris les rênes. Et celui qu’on surnomme “le boulanger” à cause de son talent pour rouler ses adversaires dans la farine, pourrait bien terminer cette pantalonnade de façon plus tragique que chez Pagnol, dans “la femme du boulanger”.

1801_LBenAli_insideQuant à Leila TRABELSI, seconde épouse elle aussi, on raconte que non contente d’avoir mis le pays en coupe réglée pour engraisser sa propre famille, elle aurait aussi protégé son neveu préféré, Imed, visé par un mandat d’arrêt international, pour avoir volé à Bonifacio, en Corse, le yacht de Bruno Roger, l’un des dirigeants de la Banque Lazard, proche de Jacques Chirac. Ben Ali aurait dû se méfier : on ne vole pas impunément les Corses !Le neveu ne l’a d’ailleurs pas emporté en paradis, il a été assassiné par un de ses associés en affaires, ces derniers jours. Leila avait pris la poudre d’escampette, non sans avoir vidé les coffres de la Banque de Tunisie de 1500 lingots d’or, selon “Le Monde”, (1,5 tonne, ça fait 49 millions d’euros quand même). De quoi assurer ses vieux jours, au cas où Ben Ali, le mari, se retrouverait au tapis.

A la place de Sarkozy, qui en est à son troisième mariage, je me méfierais.

LA MEMOIRE QUI FLANCHE

Je ne pensais pas en écrivant que “le régime pourrait tomber”, au milieu de Sarko Ben Allila semaine dernière, que les faits donneraient raison si vite aux démocrates qui attendaient ce jour depuis un quart de siècle. Il n’empêche : à lire les commentaires d’aujourd’hui dans une grande partie de la presse, on croit rêver. C’est à qui sera le plus sévère pour dénoncer les turpitudes du régime tunisien. Et tous les organes de presse français n’ont pas eu le sort du “Monde” qui avait été plusieurs fois saisi, et dont la journaliste Florence BEAUGE était interdite de séjour en Tunisie. Elle avait eu le mauvais goût d’écrire ce que tout le monde considère désormais comme une évidence .

Mais la palme revient à nos ministres. La France « a sous-estimé l’exaspération du peuple tunisien face à un régime policier et à une répression sévère », a déclaré Juppé, qui est resté si longtemps “droit dans ses bottes”, pour reprendre l’une de ses formules préférées. « Personne ne pouvait prévoir ce qui allait se passer », a ajouté Bernard ACCOYER, président de l’Assemblée Nationale. Depuis le temps, ils étaient myopes ou quoi ? Et il a fallu attendre samedi après-midi, et la fuite de Ben Ali pour que l’Elysée prononce pour la première fois le mot de “démocratie”: « Depuis plusieurs semaines, le peuple tunisien exprime sa volonté de démocratie.” Avant ces dernières semaines, ça ne comptait pas.

Ce n’est plus un gouvernement, c’est l’alliance des aveugles et des paralytiques !

P.S. Le nouveau gouvernement tunisien “d’union nationale” qui vient d’être annoncé ne présage rien de bon : 3 ministres “d’ouverture” dans des ministères mineurs, tout le reste pour le RCD, le parti de Ben Ali, dont le ministère de l’intérieur qui a constamment bourré les urnes depuis 25 ans. Les prochaines élections présidentielles et législatives promettent, si on en reste là. “Une mascarade”, a déclaré Moncef Marzouki, un opposant historique au régime déchu. On ne saurait mieux dire.

Langage diplomatique ?

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Dessin de HIC dans “El Watan” (l’Algérie se débat elle-même avec des problèmes semblables)

La Tunisie. Voici un régime qui répond aux manifestations des chômeurs et des jeunes par une répression féroce et qui n’hésite pas à tirer sur la foule (1). Un régime dirigé par un autocrate, BEN ALI, “réélu” – si l’on ose dire – avec plus de 90% des voix depuis 25 ans qu’il a poussé dehors le “président à vie”, BOURGUIBA, devenu sénile. Un régime clanique et corrompu qui partage les richesses du pays entre les membres de sa propre famille (11 frères et sœurs) et celle de sa femme, les TRABELSI. Un régime désormais aux abois, contraint de reculer sous la pression des émeutes, de limoger le ministre de l’Intérieur et d’instaurer le couvre-feu à Tunis. Un régime qui pourrait bien tomber.

Mais c’est un régime qui continue à bénéficier de l’indulgence de la France (et de l’Italie) parce qu’il est considéré comme le dernier rempart contre la montée de l’islamisme radical. Peu importe, dans ces conditions, que les journalistes, voire les simples blogueurs, soient censurés quand ils ne sont pas emprisonnés; que les avocats et les défenseurs des droits de l’homme soient harcelés constamment par la police politique.

Au milieu de ce silence assourdissant, notre ministre des Affaires Etrangères s’est distinguée par une brillante intervention à l’assemblée nationale française, pour proposer sa “coopération” grâce au “savoir-faire” français en matière de répression de manifestations. Cynisme ou stupidité ? Voici une politicienne chevronnée, ministre sans interruption depuis 8 ans, sous Chirac et Sarkozy, qui est censée faire preuve de diplomatie ! On a toujours tort de sous-estimer l’imbécillité de nos dirigeants. La preuve…

(1) Aujourd’hui encore, un Franco-tunisien, Hatem BETTAHAR, professeur à l’Université de Compiègne a été tué par la police, alors qu’il était en congé chez sa mère à DOUZ, dans le sud de la Tunisie.